Crise pétrolière : hier, Suez. Demain, Ormuz ?

Au lieu de planifier une révolution énergétique, la France devrait éviter de revenir au rationnement d'essence !
@Wikimedia commons
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Le monde consomme, aujourd'hui, plus d'hydrocarbures qu'il n'en produit. En effet, ce sont 20 millions de barils par jour qui transitent par le détroit d'Ormuz et qui manquent à l'appel, sans compter les gisements endommagés qui exportaient leur production par voie terrestre. Soit, globalement, 20 % de la consommation mondiale, principalement celle des pays asiatiques. Mais ces derniers ont commencé à reporter leurs achats vers d'autres zones de production. Donc, si la situation perdurait ou s'aggravait, les pays développés ne pourraient pas durablement puiser dans leurs réserves stratégiques. C'est ce déséquilibre entre la demande et l'offre qui explique l'envolée des cours.

Si le blocage devait persister, les gouvernements des nations les plus développées se trouveraient bien face à un choix cornélien : soit ils instaurent le rationnement des hydrocarbures, soit ils laissent les prix de l'essence et du fioul ronger le portefeuille des entreprises et des ménages. Or, le déséquilibre persistant de notre balance commerciale ne laisse à la France qu'une faible marge de manœuvre. Certains Français l'ont sans doute oublié, mais la France a déjà décidé le rationnement des hydrocarbures.

Les rationnements de 1939 et 1956

L'essence a été rationnée une première fois lors de la déclaration de guerre en 1939. Ce rationnement ressortait de la compétence des autorités municipales et les quantités allouées aux automobilistes variaient d'une ville à l'autre. À partir de l'été 1940, les pompes sont tombées à sec et l'essence a été réservée aux véhicules prioritaires (services publics, médecins, véhicules de secours ou de transport professionnel).

Le dernier exemple en date est donc le rationnement instauré en France de novembre 1956 à juillet 1957. En juillet 1956, l’Égypte a nationalisé le canal de Suez et provoqué le parachutage de militaires français et britanniques à Port-Saïd. Aussitôt, Nasser a obstrué le canal en coulant des navires, ce qui a paralysé l'approvisionnement de l'Europe en hydrocarbures. En effet, à cette époque, les tankers n'étaient pas équipés pour passer par le cap de Bonne-Espérance.

Bon voyage, Monsieur Guy Mollet !

L’arrêté instaurant le rationnement fut publié au Journal officiel du 28 novembre 1956 par le gouvernement Guy Mollet, sous la signature d'un secrétaire d’État RPF, M. Maurice Lemaire, peu connu en dehors du massif vosgien.
Ce texte décrit à peu près ce qui nous attend en cas de rationnement des hydrocarbures. Le contingent mensuel, représenté par des tickets, n'était pas très généreux : 4 litres par mois pour les mobylettes, 10 litres pour les motos, 20 à 30 litres pour les voitures en fonction de leur cylindrée et, enfin, 50 litres par mois pour les cars et les camions ! Des tickets supplémentaires pouvaient être attribués aux véhicules prioritaires ainsi qu'aux médecins et pharmaciens.
En bon polytechnicien, M. Lemaire avait pensé aux touristes immatriculés à l'étranger : ces derniers devaient aller chercher leurs tickets de rationnement à la préfecture de leur lieu de villégiature. En clair, les touristes venant de Rostock ou d'Amsterdam et désireux de séjourner dans le sud de la France devaient se présenter dans les préfectures de Nice, Toulon, Marseille, Perpignan ou Montpellier… pour y recevoir leur ticket de rationnement de 20 ou 30 litres ! Inutile de préciser qu'une telle hypothèse serait dévastatrice pour notre industrie touristique. Mais si les touristes ne sont pas astreints au rationnement, certains de nos concitoyens siphonneront allègrement la camionnette de leur plombier polonais…

Froid dans le dos…

Froid dans le dos... et froid aux pieds, si l'on en croit la presse de l'époque. En effet, le fioul domestique était également rationné en fonction de la consommation de l'année précédente, aux environs de la moitié pour ceux qui arrivaient à se faire livrer. Par contre, le coke, le gaz et le charbon de bois n'étaient pas contingentés, et beaucoup de foyers ont été intoxiqués durant l'hiver 1956-1957 par des appareils de chauffage improvisés. En conclusion, il ne suffit pas de planifier une révolution énergétique à dix ans. C'est maintenant que nos concitoyens doivent être informés des mesures qui seraient réellement envisagées, demain ou après demain, en cas de difficultés. Nos compatriotes sont las des bonimenteurs qui veulent nous faire « préférer le train », tandis que les TGV affichent complet, ou qui nous orientent vers les voitures électriques, alors que certaines ont fait la queue, le week-end dernier, sur nos aires d'autoroutes, faute de bornes de recharge en nombre suffisant.

Picture of Pr Jean-Richard Sulzer
Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

45 commentaires

    • Bonjour. Inutile de creuser un canal qui poserait d’énormes problèmes techniques de creusement et coûterait une somme pharaonique.
      La meilleure solution pour contourner le détroit d’Ormuz est celle des Emirats Arabes Unis qui ont fait construire, en 2008-2011 par des entreprises chinoises, un pipeline terrestre de diamètre 1m20, d’une longueur de 360 km, reliant le champ pétrolier terrestre d’Habshan (émirat d’Abou Dabi) mais en bordure du Golfe Arabo-Persique, remontant vers le Nord-Est, et desservant la raffinerie de Pak-Arab et, de là, le terminal portuaire pétrolier de Fujairah (EAU), sur le Golfe d’Oman, d’où les hydrocarbures sont transportés par la mer jusqu’à leur destination. Cet oléoduc d’Abou Dabi a une capacité de 1,5 million barils par jour.
      Pour pallier les difficultés du goulet d’étranglement d’Ormuz (partagé entre l’Iran et le sultanat d’Oman), on pourrait imaginer d’augmenter les capacités de transport en doublant ou triplant le pipeline sur le même parcours que celui de l’actuel oléoduc. Ce serait une solution sécurisée et d’un prix abordable en utilisant les installations existantes.

      • Vous semblez bien connaitre le sujet, et vous avez sans doute raison. Cela dit, la vraie solution, c’est de passer à un autre carburant pour les voitures. L’électrique n’est en aucune manière une solution (les chinois maitrisent toute la chaine, et malgré ça, l’autonomie des voitures électriques de petite et moyenne taille n’est pas satisfaisante, et ne le sera pas avant très longtemps ; et la durée de recharge est encore beaucoup trop longue, et ne diminuera pas avant longtemps). La vraie solution, c’est le carburant végétal non-alimentaire, qui marche déjà. Il reste juste à trouver la solution technique permettant de densifier l’efficacité énergétique « du brin d’herbe » afin qu’un seul plein ne nécessite pas l’utilisation de grandes quantités de végétal, mais ça doit pouvoir se faire assez rapidement si on y met les moyens.

      • @ La Vraie France: avant de tenter d’utiliser le brin d’herbe, il faudrait se libérer d’un certain nombre de « blocages »: l’huile de friture, filtrée alimente les moteurs diesels. Seul « hic », ça ne rapporte pas de taxes à l’état! Donc c’est interdit!

  1. « Planifier » ? Il y a longtemps que ce mot est sorti du vocabulaire des têtes molles qui sont en (dé)charge du pays…

    • Vous plaisantez. Il y a longtemps que des édiles ne raisonnent qu’en termes de plans quinquénaux, aussi efficaces que sous Staline.

  2. Et ne parlons pas des idées lumineuse de l’impératrice de l’UERSS, évidemment largement suivie par les petits chiens euromachin, de ne plus se fournir auprès de la Russie. Si la c.nnerie était une maladie, il y aurait un espoir de guérison, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

  3. La France a du petrole et du gaz, en Guyane, dans le detroit de Mozambique aux iles Eparses, en Méditerranée, et du gaz de schiste dans le sud est ‘Drome Ardèche +les anciens bassins miniers ou l on peut extraire du gaz de houille
    On n’a pas de honte à faire venir du gaz et du pétrole des USA et du Canada, c’est hélas la France et son irresponsabilité …

  4. En France on a pas de pétrole mais on a des idées, la réalité c’est que ceux qui nous gouvernent n’ont pas non plus d’idées, demain on vas voter pour renouveler les budgétivores, c’est une occasion de dire a tout ce beau monde Stop.
    Le plus beau d’avoir fermer quinze réacteurs nucléaires et une centrale rénové a grand frais, un grand moment de faire payer cette erreur au grand jours de l’actualité a ceux qui ont pris la décision et en plus arrêter super phénix, centre d’avenir rejetant peut de déchets radio actif et qui nous a couté déjà un bras, ces gens là comptent ils sur les éoliennes trop souvent à l’arrêt par manque de vent surement pas capable d’alimenter les voitures électrique dont les prévisions encore une fois sont sur réalistes.?

  5. L’Iran veut privatiser les eaux internationales. Le monde entier devrait intervenir. Mais aider Trump passe difficilement pour les couards

    • Où voyez-vous des « couards » ? La guerre d’agression contre l’Iran a été déclenchée par la coalition Etats-Unis-Israël. Trump a pris la décision de bloquer militairement depuis et vers les ports et côtes iraniennes via le détroit d’Ormuz. C’est donc à lui à régler ce problème.
      De leur côté, la France et le Royaume-Uni organisent ces jours-ci une conférence pour rétablir la liberté de navigation dans le Golfe Arabo-Persique passant par un premier temps par le déminage, puis par la protection des navires dans le cadre d’une mission « purement pacifique » et « quand la situation le permettra ». Mais pas question de se retrouver entraînés dans ce conflit. Une quinzaine de pays seraient d’accord, des contacts sont en cours avec une trentaine d’autres. Voyons ce qu’il en sortira.

    • Vous devriez apprendre la géographie et les lois maritimes avant de poster des inepties, dans le détroit d’Ormuz entre Iran et Oman la distance est de 21 milles marins il ne peut y avoir d’eaux internationales puisque les lois maritimes donnent a chaque pays 12 milles marins d’eaux nationales et qu’en l’occurrence ici il n’y a que 21 milles .
      Ceci pour votre info.

      • Pour détendre l’atmosphère ; il parait, selon radio U.E, que de petits génies du genre Rèmy Bricoltout sont à pied d’œuvre pour ressusciter les fameux gazogènes des années noires du siècle cle dernier…

      • Pour détendre l’atmosphère ; il parait, selon radio U.E, que de petits génies du genre Rèmy Bricoltout sont à pied d’œuvre pour ressusciter les fameux gazogènes des années noires du siècle cle dernier…

    • allez regarder une « map monde » ! …
      Un autre canal dans le coin ? … Ou un trou traversant la planète vers la Chine ? ! …
      « On » essaye bien d’aller sur Mars ! … Hi Hi Hi

      • Je crois savoir que nous sommes un des rares pays à ne pas avoir levé les sanctions contre la Russie!… Il serait peut-être temps d’y penser. Il n’est jamais trop tard. Mais Trump ne serait pas content. Mais pas con-tent du tout!…

    • L’alternative est d’exploiter les ressources pétrolières du plateau Guyanais, ainsi que les gisements de gaz. Pour ne plus être dépendant des pays producteurs de pétrole.

  6. Le sous titre est mal écrit.
    « Éviter » ne convient pas après « au lieu de ».
    « Se préparer » serait plus logique.
    Il est évident que si on ne passe pas à une autre énergie, il faudra tôt ou tard rationner le pétrole.

    • si vous pensez a l’électrique vous pensez comme un pigeon ils ne renonceront jamais a cette manne avec de l’eau ils taxeront l’eau quand au pétrole nous en avons mais ‘est comme l’électricité nous en avons mais au prix fort

  7. De toute façon, notre gouv. obnubilé par l’écolo-dinguerie, a fait fort peu pour développer des énergies et équipements qui limitent les dépendances et améliore la souplesse de fonctionnement.

    Au niveau des renouvelables éoliens et solaires, manque d’aménagement des barrages pour lisser les pointes et le creux électriques (systèmes de recharge des barrage, efficacité à mieux que 80%). Nos capacités de lissage sont inférieures à celles de l’Allemagne et de l’Italie.

    Développer les biocarburants, huiles et alcools, le gaz de méthanisation.

    Autre aspect, en veillant à ce que les équipements soient français et ne participent pas au déficit de notre balance commerciale, comme c’est le cas avec le solaire et l’éolien.

    • s’il n’ont plus la rentré des taxes du carburant ils vont le prendre ailleurs quitte a vous taxer l’air que vous respirer le pétrole devais dis paraitre dans les années 80 le trou de la couche d’ozone évaporer et vous les croyez pourquoi écoutent il les escrolos qu’il en profitent

  8. Et après… la mer rouge sera contrôlée par les houtis, promis de l’Iran !
    Il est temps de remettre de l’ordre dans cette région… toutes ces bandes côtières à hauts risques devraient être sous contrôle de l’ONU… mais encore faudrait-il que l’ONU représente autre chose que la négation de l’occident…

    • Si vous croyez en l’ONU vous êtes bien le seul, elle est d’une incompétence notoire. Tous les militaires lucides ayant travaillé pour elle le savent.

      • Membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU : 1/ USA, 1er producteur mondial d’armes. 2/ Russie, 2ème producteur. 3/ Chine, 3ème producteur. 4/ France, 4ème. 5/ Royaume Uni, 5ème.

  9. Personne se pose la question pourquoi les omanais ne se bougent pas .
    Le détroit leur appartient aussi .
    Et la circulation marine est aussi possible dans les eaux territoriales omanaises même si la navigation y est plus restreinte en terme de trafic a cause de récifs balisés .
    L’oleoduc saoudien arrivant en mer rouge a été remis en service .
    Reste le terminal gazier
    emirati au port de Fujera a remettre en service . Celui qui contourne le détroit d’ormuz.
    Mais cela prendra plus de temps

  10. C’est exactement ce qui nous attend. Le RN nous a prévenus que les stocks de carburant avaient été très mal gérés Cela me fait penser aux masques pendant la pandémie Les pays européens encore une fois, vont jouer perso pour alimenter leur stock. Cela nous démontrera que l’U.E. est une chimère toxique pour les peuples. Ce sera le seul point positif de cette guerre

      • Bref, la période hivernale prochaine dans l’hémisphère nord va à n’en point douter étre redoutable, faute d’énergies suffisantes.

    • Et au sujet des « flèches » de la FRANCE, ils veulent imposer le « TOUT électrique » en termes d’énergie ! …
      c’est dire s’ils sont « au courant » de ce que c’est l’Energie électrique ! …
      Petite précision : l’éolien est surtout une « énergie aléatoire » et non une « énergie renouvelable » et en même temps une énergie destructrice ! …

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