Claire de Gatellier est présidente de l'association Famille et Liberté. À l'occasion de la réforme des retraites, elle s'exprime au micro de Boulevard Voltaire sur la nécessité de mener une véritable politique familiale pour que la France retrouve un taux de fécondité suffisant si elle veut sauver les retraites.

Emmanuel Macron s‘était étonné qu’on puisse avoir huit ou neuf enfants et être en même temps éduqués. Une formule qui revient, en ce moment, puisque le gouvernement étudie la prochaine réforme des retraites. C’est un bon moyen de rappeler que,pour avoir un système de retraite équilibré, il faut avoir une génération derrière.

Il faut remettre les choses dans leur contexte. Emmanuel Macron parlait aux femmes africaines. Ce qui fait d’ailleurs que du coup on l’a accusé de racisme ! Il n’en reste pas moins que l'air du temps est à ne plus avoir d’enfants. Les enfants polluent et coûtent cher...

On ne se rend pas compte que c’est une vue à très court terme. Demain, les retraites seront, en effet, payées par les cotisants de demain, c’est-à-dire les enfants que nous avons aujourd’hui.

De manière générale, on a une Europe vieillissante qui ne fait plus assez d’enfants. On imagine les problèmes à moyen terme que cela peut provoquer…

Tout le monde l’admet maintenant. La Repubblica, cet équivalent du Monde en Italie, disait que la baisse de la fécondité conduit l’Europe dans le mur. Il précise qu’elle n’est pourtant pas inéluctable. Certains pays font de la politique familiale avec succès, ce qui leur permet de remonter – un peu - la pente. Ce phénomène a été annoncé depuis très longtemps par des démographes comme Alfred Sauvy. À l’époque, on ne le croyait pas. Maintenant, tout le monde le reconnaît, mais on n’en tire pas les conséquences.

Faudrait-il que l’État adopte une politique nataliste ?

Je dirais plus une politique familiale que nataliste. C’est bien de faire des enfants, mais faut-il pouvoir les élever. Une politique nataliste renvoie à une notion d’avant-guerre. Ce n’est pas suffisant. Il faut les élever et en faire des adultes capables, à leur tour, de s’insérer dans la société, de travailler et de s’épanouir. À ce moment-là, ils pourront cotiser et payer la retraite de leurs parents d’aujourd’hui.
Selon le COR, une diminution de l’indice de fécondité de 0,2 point, ce qui est le cas, depuis 3 ou 4 ans, c’est 29 milliards d’euros en moins dans le budget de l’assurance vieillesse.
En revanche, une fécondité de 2,1 enfants par femme (c’était le cas pour nous en 2013) réduirait le déficit des retraites de 40 %. Maintenant, où on s’ingénie à trouver une réforme des retraites, la première des choses est de penser à mettre au monde des enfants.

À quoi attribuez-vous cette perte de la natalité dans les pays d’Europe occidentale, et plus particulièrement la France ? Qu’est-ce qui a fait que, du jour au lendemain, on ne fasse plus d’enfants ?

Certainement une crise de confiance en soi. L’homme ne sait plus qui il est et pourquoi il est sur Terre. Il n’a plus de projet et de sens. Plus concrètement, c’est la politique familiale qui a décliné lentement, mais sûrement avec de petits rebonds. Il est évident qu’un enfant coûte cher. Même si on n’a pas un enfant pour les allocations, les jeunes ménages réfléchissent à deux fois avant de se lancer. Il n’y a aucune vision à long terme, ça change sans arrêt. Quand on élève un enfant, on en a pour vingt ans. Il faut absolument redonner ses lettres de noblesse aux familles nombreuses qui sont très mal vues.

Considère-t-on qu’un enfant va contre notre développement personnel et notre liberté individuelle ?

Oui, c’est le souci de jouir de l’immédiat. On ne pense pas au lendemain. On n’a plus la notion du temps et de la continuité. Un exemple très précis : le refus de la transmission. Actuellement, on ne veut plus transmettre, notamment à l’école. La notion de transmission n’existe plus parce qu’on ne se prolonge plus au-delà de soi-même. On profite de la vie au jour le jour et "après moi, le déluge".

27 mars 2019

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