[CINEMA] Plus fort que moi, le talent comique à des fins pédagogiques
Cela faisait longtemps que les Britanniques ne nous avaient pas proposé une comédie dramatique réussie dans la veine de The Full Monty, Billy Elliot ou Les Virtuoses.
Inspiré de l’histoire vraie de l’activiste écossais John Davidson, Plus fort que moi («I Swear », en version originale) nous raconte le parcours atypique d’un homme atteint, depuis ses quatorze ans, du syndrome de Gilles de la Tourette.
Un récit d’entraide
Pétri de tics moteurs, qui vont des mouvements de tête ou de visage aux gestes incontrôlés, John fait partie des cinq à quinze pourcents de concernés qui souffrent, en plus, de coprolalie, à savoir la propension à proférer des jurons à tout bout de champ, quel que soit le contexte et quelle que soit la personne en face. Une manne scénaristique inépuisable de situations cocasses qui feront rire aux éclats les spectateurs en salle mais ne traduisent pas moins un enfer quotidien pour le personnage principal. Lequel est rapidement pris en grippe par ses camarades d’école, fait fuir son père du foyer familial, épuise sa mère et provoque malgré lui des incidents qui lui valent de se faire casser la figure ou de se retrouver en jugement au tribunal…
Heureusement, le soutien indéfectible de Dottie, la mère d’un ami d’enfance atteinte d’un cancer, et de Tommy, son nouvel employeur (l’excellent Peter Mullan) qui croit en lui, va lui permettre de garder la tête hors de l’eau et de reprendre chaque fois du poil de la bête. Finalement, nous dit le film, c’est en prenant soin des gens de sa condition et en faisant connaître le syndrome de Gilles de la Tourette dans les écoles et autres institutions publiques que John trouvera sa voie et donnera un sens à sa vie.
Notons que son parcours fit l’objet de deux documentaires (« John’s Not Mad », de Valerie Kaye, et « The Boy Can’t Help It », de Min Clough) et valut au militant d’être décoré de l’ordre de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II en 2019. Une cérémonie au cours de laquelle l’intéressé ne manqua pas de crier publiquement un nerveux « Fuck the Queen! » Récemment, encore, lors des BAFTA Awards, John Davidson, présent dans la salle pour le film, lâcha le mot « Nigger! » lorsque les acteurs noirs Michael B. Jordan et Delroy Lindo remirent sur scène le prix des meilleurs effets visuels à l’équipe d’Avatar 3. De quoi jeter un froid.
Une prestation remarquable pour un film d’utilité
Porté intégralement par le jeune comédien Robert Aramayo, encore méconnu, qui a fait l’effort de vivre trois mois à Galashiels en compagnie de l’homme qu’il incarne, afin de mieux s’imprégner de sa façon d’être, Plus fort que moi risque bien de lui ouvrir des portes pour la suite de sa carrière.
Cherchant constamment l’équilibre entre le drame et la comédie, le film de Kirk Jones ne fait certes pas l’économie des bons sentiments. Cependant, le cinéaste peut se targuer d’un réel talent d’écriture dans les dialogues et d’une pédagogie distanciée qui évite soigneusement la pleurniche et poursuit intelligemment l’œuvre de John Davidson en familiarisant le public au syndrome dont il souffre. Une maladie neurologique partiellement héréditaire qui, en France, touche tout de même une personne sur deux cents.
4 étoiles sur 5
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3 commentaires
Merci pour cet article.
J’avais envie de voir le film mais je redoutais la leçon de morale altruiste et droitdelhommiste.
Vous m’avez convaincue.
Dur pour les concernés… les malades bien sûr mais tout leur entourage aussi !
Un excellent film .Allez y