« Chasse à l’enfant de couleur » : la fake news sur laquelle la gauche se rue

Des témoignages avaient été cités par Le Progrès avant que le parquet du Puy-en-Velay ne rectifie certains éléments.
Montage coupures de presse

Précédés de dizaines d’articles de presse, Antoine Léaument, Manon Aubry, Manuel Bompard ou encore François Ruffin, tous ont apporté leur soutien aux jeunes victimes d’une attaque raciste qui se serait déroulée le 19 avril en Haute-Loire, dénonçant tantôt les discours de haine qui mènent à de tels actes, tantôt l’inaction des pouvoirs publics.

Un emballement politique et médiatique...

Le problème, c’est que jusqu’ici, aucune trace de cette supposée agression à caractère raciste. Si un plomb a bien été tiré par un sexagénaire à proximité d’un groupe d’enfants ce jour-là, rien n’indique, selon le procureur de la République du Puy-en-Velay, que l’un d’eux ait été blessé ou que des insultes aient été proférées à l’égard du jeune groupe.

C’est pourtant ce qu’avait relayé Le Progrès, en s’appuyant sur le témoignage anonyme de la tante d’un enfant qui, l’affirmait-elle, aurait été touché au mollet par un tir volontaire de cet homme. Selon le quotidien régional, ce dernier, connu dans le quartier pour son racisme envers ses voisins, aurait poursuivi des enfants âgés de 6 à 11 ans en criant « Dehors les Noirs et les Arabes ». La femme, citée comme témoin, affirmait également que son neveu avait été hospitalisé, avant qu’il ne lui soit prescrit trois jours d’ITT.

Le parquet dément

Mais c’est une tout autre version qu’a livrée le parquet du tribunal judiciaire du Puy-en-Velay qui, le 21 avril, a affirmé que « des informations inexactes circulent » sur l’incident, rapporte BFM TV. Aucun tir en direction de l’un des enfants, aucun témoin ou victime entendu n’ayant évoqué d’insultes racistes, et un certificat médical présenté par le jeune plaignant de dix ans mentionnant « 0 jour d’ITT » sans aucune lésion, selon une source proche de l’enquête citée par BFM. Ce dernier a toutefois affirmé aux forces de l’ordre que l’arme du sexagénaire a été pointée vers lui et qu’il aurait senti le plomb passer à proximité de sa jambe.

L’homme de 65 ans – qui avait toutefois été filmé auparavant disant qu’il était « raciste et fier de l’être » – a déclaré en garde à vue avoir voulu impressionner les enfants, excédé par le bruit, les jets d’eau lancés sur sa vitre et une insulte – « sale Français ». Selon une source policière appuyée par le parquet, il aurait sorti sa carabine par la fenêtre, avec laquelle il s’entraînait au tir dans son garage, et un coup serait parti vers le ciel sans qu’il ne le veuille.

Malgré ces rectifications judiciaires, c’en était assez pour que l’ensemble de la presse et une grande partie des personnalités de gauche s’emballent autour de l’affaire. L’information, reprise par La Charente libre, La Dépêche du Midi, 20 Minutes ou encore Midi libre, a suscité une indignation qui aurait été de rigueur… si elle avait été avérée. Les réactions sont même allées jusqu’à appeler à un système judiciaire plus ferme, notamment sur la page Instagram du média qatari AJ+, où des internautes craignaient une récidive du mis en cause, relâché le soir même de sa garde à vue avec une convocation pour un procès en juillet devant le tribunal du Puy-en-Velay pour « violences avec arme ».

 

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Une publication partagée par AJ+ français (@ajplusfrancais)

L’occasion était trop belle pour ne pas incriminer, avec cet homme, « l’extrême droite », CNews et le Rassemblement national. L’éditorialiste à L’Humanité Maurice Ulrich a même poussé l’analyse jusqu’à dire que maintenant que Marine Le Pen et Jordan Bardella « dînent à la table des grands patrons », il est désormais possible qu’« un dimanche ordinaire, un homme tire sur des enfants qui jouent ».

Des « fake news » à sens unique

Où sont donc passés les services « anti-fake news » de ces médias d’habitude si prompts à rétablir leur vérité ? Ils n’étaient pas non plus au rendez-vous lorsque des accusations de « chasse au nègre » avaient mis le feu aux poudres dans un village de la Creuse, en 2025. Des dizaines d’articles avaient relayé cette fausse information que la Justice avait tranchée, trois mois plus tard, en affirmant que les témoignages partagés dans la presse ne reflétaient pas la réalité.

Le « Checknews » de Libération, l’« Info ou Intox ? » de France 24 ne seraient-ils de rigueur que lorsqu’il faut s’attaquer à la droite et ce qui s’en approche ? Sans doute la lutte contre les fausses informations dépend-elle, elle aussi, du sens dans lequel elles circulent.

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