Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 22 octobre 2019

Bruno Gollnisch : « Au Japon, l’empereur est le symbole de l’État et de l’unité du peuple »

Les Japonais ont un nouvel empereur, Naruhito, qui était intronisé mardi. Quels sont ses pouvoirs, que représente-t-il pour les japonais au XXIe siècle ?

Réponse de Bruno Gollnisch au micro de Boulevard Voltaire. L’occasion, pour lui, de commenter la venue au Japon de Nicolas Sarkozy désigné pour représenter Emmanuel Macron aux cérémonies.


Après que le Japon a un nouvel empereur, pouvez-vous nous expliquer rapidement quels sont ses pouvoirs ?

Ses pouvoirs politiques sont aujourd’hui à peu près inexistants. La première constitution moderne du Japon en date du 11 février 1889 lui donnait alors des pouvoirs considérables, en théorie du moins. Son article premier disait que le grand Japon était un empire héréditaire par la lignée unique de toute éternité. La lignée se perd en effet dans la nuit des temps. Le reste de la constitution déclinait les pouvoirs importants de l’empereur.
La constitution entrée en vigueur en 1946, après la défaire, est d’inspiration américaine, ou en tout cas a été revue par eux et publiée avec leur approbation. L’empereur est alors devenu le symbole de l’État et de l’unité du peuple. Il ne peut faire aucun acte en matière publique de quelque ordre que ce soit, législatif, la remise de décorations, l’octroi d’une grâce ou la nomination d’un ambassadeur, sans aval et contreseing du cabinet ministériel, d’essence parlementaire. Cela fait penser un peu au gouvernement britannique.


L’empereur actuel est le petit-fils de Hirohito, l’allié des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi cet empereur n’avait-il pas été déposé après la défaite ?

Les Anglo-saxons ont la détestable manie de pendre les dirigeants des pays qu’ils ont vaincus. Il est cependant vrai que l’empereur Hirohito a été épargné. Cela a pu se faire grâce à l’influence déterminante du Général Mc Arthur. Proconsul américain au Japon, après avoir été le commandant en chef des forces alliées en Extrême-Orient, il avait compris que l’Empereur avait une autorité morale considérable. Il savait que le fait que l’occupation se passait si bien, sans incident ni résistance de la population, était directement liée au fait à la volonté de l’empereur qu’il en fût ainsi. Mc Arthur avait compris que s’en prendre à ce symbole, que les Japonais révéraient comme un personnage sacré, serait l’occasion de graves perturbations dans la société japonaise et peut être aussi pour les forces d’occupations.
N’oublions pas qu’il était extrêmement tributaire de son entourage, comme l’ont toujours été les empereurs du Japon. Ce sont des personnages sacrés extrêmement respectés, mais dont les décisions politiques prises sous leur couvert, depuis très longtemps, depuis le haut Moyen-âge, le sont par leur entourage davantage que par eux-mêmes.

La France a envoyé Nicolas Sarkozy pour la représenter. Emmanuel Macron est en Outre-mer et Édouard Philippe reste en France. S’agit-il, selon vous, d’une bonne décision ?

Je crois que Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron s’entendent assez bien. Je ne crois pas que Sarkozy, contrairement à Chirac, soit tout à fait en mesure d’apprécier les subtilités de la civilisation japonaise. Aussi bien sur la ville de Kyoto que d’autres aspects de la civilisation japonaise, il a eu des appréciations un peu méprisantes et ironiques.
Les Japonais reçoivent à cette occasion une brochette considérable de chefs d’État et de hauts dignitaires de tous les pays du monde, à commencer par le prince Charles. Je ne crois donc pas qu’ils y prêtent beaucoup d’attention.

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