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Coronavirus - Culture - Editoriaux - 3 juin 2020

BHL, ou les effets secondaires du confinement

a beaucoup souffert. Rescapé de la fermeture des frontières et des aéroports, miraculé du confinement, il ressort de son appartement, hirsute, harassé, mais tenant à la main un terrible pamphlet de 112 pages traitant des affres de la pandémie. Prem’s sur la ligne d’arrivée de la course aux ouvrages à paraître sur le sujet. Le Lucky Luke de la plume réagit plus vite que son ombre et dégaine Ce virus qui rend fou, aux Éditions Grasset.

Au Point qui propose une interview du gagnant de cette folle équipée vers les rayons des libraires, l’écrivain en chemise confie ses douleurs diverses et contradictoires face aux mesures iniques qui furent instaurées par Emmanuel Macron, qui a bien géré la crise. Dénoncer des décisions dont on chérit l’auteur tendrait à prouver que l’homme ne nous revient pas indemne de son tournage en rond sur le plancher de son appartement.

Au premier rang de son mal-être durant cette épreuve : le face-à-face avec lui-même. « L’enfer, contrairement au lieu commun, ce n’est pas les autres. C’est soi. C’est la clôture de soi sur soi. » Une promiscuité insoutenable qui le voyait se disputer les tours de vaisselle avec lui-même. Et c’est à qui, de passer l’aspirateur ? À moi ou à celui que je vois dans la glace ? Questions existentielles qui amènent tout naturellement le philosophe à sa rengaine mondialiste : « Le moi est haïssable. Les aéroports, face à ça, ce sont, en effet, des antichambres, des portes de liberté, des sas vers autrui. » Dans son désir de fuite effrénée du « soi-même », BHL omet l’efficacité de cap Kennedy et ses vols à des millions de kilomètres de la France, pays où « autrui » ne présente aucun intérêt.

L’aéroport est l’église de BHL, la porte ouverte vers un ailleurs où l’herbe est forcément plus verte et l’Autre obligatoirement plus beau… Le virus est persistant.

Alors qu’il paraît déjà en apesanteur dans la perspective de son prochain voyage intersidéral, BHL effectue un bref retour sur la terre ferme avec cette réflexion à propos de la distanciation sociale : « Imaginez que […] l’habitude de se serrer la main ne revienne plus jamais. Eh bien ce serait un beau signe de solidarité entre les hommes qui disparaîtrait. Ce serait un grand bond en arrière dans l’histoire de la fraternité humaine. » Étant entendu que toute fraternité humaine ne semble commencer que dès la frontière passée.

Aux libraires, demander « Ce BHL qui rend fou ». Ils comprendront.

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