Editoriaux - People - 24 mars 2019

Barbra Streisand : Michael Jackson était pédophile, et alors ?

Outre ses incomparables qualités artistiques, le succès planétaire de Michael Jackson tenait sans doute aussi à son incarnation prophétique de l’humain métissé-indifférencié annoncé pour le XXIe siècle. Ni tout à fait blanc ni tout à fait noir ; un peu mâle, un peu femelle ; un peu hétéro, un peu homo… comme aurait pu chanter Johnny, “on a tous en nous quelque chose de” cette star. Mais il ne fallait pas être agrégé de psychologie pour supputer que ce profil pour le moins atypique et ce goût avéré pour l’enfance allaient de pair avec une sexualité peu conventionnelle. La mère de ses enfants révéla, d’ailleurs, qu’elle n’avait jamais eu de relations sexuelles avec celui qu’on surnommait Bambi.

C’est pourquoi la diffusion, par M6, du documentaire Leaving Neverland, avérant la franche pédophilie du personnage, n’étonna probablement pas beaucoup de Français, ce que confirme la faible audience de l’émission : moins de 9 % du public.

Plus choqué – peut-être parce que plus naïf, puritain ou hypocrite -, le monde anglophone avait réagi beaucoup plus violemment, certains médias refusant désormais de diffuser la moindre œuvre du King of the Pop. Fâcheux pour les héritiers, qui commencent déjà à voir les picaillons s’esbigner… Est-ce pour cela que certains, dans le monde du show-biz, tentent maladroitement de relativiser les reproches posthumes ?

Dans ce registre, Barbra Streisand s’est retroussé les manches dans une interview au Times de Londres. Sans remettre en cause les témoignages des accusateurs, elle enfile les excuses classiques des mauvais avocats commis d’office. “Ses besoins sexuels étaient ce qu’ils étaient, que ce soit à cause de son enfance ou de son ADN.” Ben oui, ceux des violeurs de parking aussi, mais tout ceux qui ont eu une enfance difficile ne cèdent pas aux pires pulsions. “Vous pouvez utiliser le terme d’“agression sexuelle”, mais ces enfants, comme ils le disent dans le documentaire, étaient ravis d’être avec lui.” N’est-ce pas, précisément, le summum de la perversité des “séducteurs” d’enfants, chère Barbra ? Le violeur de parking a au moins la décence de ne pas demander à sa victime de l’aimer…

Et puis, cette perle : “Aujourd’hui, ils [les deux accusateurs] sont tous les deux mariés et ont des enfants, donc ça ne les a pas tués.” Bon sang, mais c’est bien sûr ! D’ailleurs, plein de filles violées se sont mariées et ont eu des enfants… Peut-être, même, que pendant l’acte, allez savoir, le souvenir de la violence subie les aide à atteindre l’orgasme ? Barbra Streisand ne l’affirme pas, mais au point où elle en est, on ne peut pas totalement exclure qu’elle le pense…

À lire aussi

Violences et loi Avia : aucun rapport ?

On sait que la pauvreté langagière génère la violence, car lorsqu'au volant on est traité …