« Il ne suffit pas d'être heureux : il faut encore que les autres ne le soient pas. » semble avoir fait sien cet axiome de Jules Renard. Celle qui reçoit, ce 10 décembre, son prix Nobel de littérature - convenons que celui de la paix lui irait fort mal - a confié tout son plaisir… de ne pas le voir attribué à « Mieux vaut que ce soit moi ! », a-t-elle déclaré tout de go à nos confrères du Parisien :

« Il a des idées totalement réactionnaires, antiféministes, c’est rien de le dire ! » Et, donc, de conclure : « Quitte à avoir une audience avec ce prix, étant donné ses idées délétères, franchement, mieux vaut que ce soit moi ! » On sait les haines d’écrivains farouches : deux normaliens, Anne Boquel et Étienne Kern, en ont même fait un bouquin.

« Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde », disait Baudelaire de George Sand, en un temps où il était encore possible de critiquer une femme, et Victor Hugo appelait Sainte-Beuve « Sainte-Bave ».

Un écrivain « construit sa légende en se posant en rival des gloires de son temps », expliquent finement Anne Boquel et Étienne Kern.

Notre époque ne déroge pas à la règle. Mais il n’est pas très honnête de déguiser sa vanité dans les jolis habits de la moraline.

« J’ai lu son Goncourt, La Carte et le Territoire, mais l’écriture… il n’y en a pas. Alors, il est traduit, parce que c’est extrêmement facile à traduire. » Pardon, mais c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité : n’a-t-elle pas revendiqué elle-même - ne se revendique-t-elle pas encore, dans ce discours prononcé à Stockholm et que Le Monde s'est procuré - « rompre avec le bien-écrire, la belle phrase » ? Bref, l’écriture plate qu’elle reproche à Houellebecq, elle la pratique aussi. Il est vrai qu’il est des tournures de phrase, brutales, qu’elle seule peut s’autoriser : « J'écrirai pour venger ma race » (sic). Quelle race ? Le sexe en serait une ? L’extraction sociale aussi ? On ne sait. Mais gageons que si l’auteur de Soumission, étiqueté aujourd’hui réac jusqu’au trognon, s’essayait à ce genre de fantaisie littéraire, il finirait dans la géhenne de feu médiatique.

Puisque c’est Noël, l’heure de toutes les réconciliations, cherchons ce qui les rapproche plutôt que ce qui les sépare : ils sont tous les deux trash, triviaux et obscènes. Il y a dans leurs œuvres le romantisme d’une passe infligée à une accro du crack par temps de pluie sous une tente Décathlon oubliée par Utopia 56 porte de la Chapelle. C’est d’ailleurs ce qui a permis à Houellebecq de percer dans l’intelligentsia de gauche : un écrivain aussi vulgaire et glauque ne pouvait être tout à fait mal-pensant. Ce n’est qu’après avoir donné des gages de bonne moralité que le filou fait son coming out droitard.

Plus inattendu et jamais relevé… ils ont tous deux décrit à leur façon les apports de notre civilisation. Mais si ! est l’exacte contradiction de ce qu’elle entend dénoncer. La France n’est pas le pays de la lutte des classes mais celui de l’ascenseur social, permis par l’éducation, notamment des écoles catholiques. La petite fille modeste sortie de nulle part qu'elle était a découvert chez les bonnes sœurs, certes, le mépris détestable des pimbêches bourgeoises qui étaient en classe avec elle - ce mépris qui a tenu lieu de carburant revanchard à son engagement politique -, mais surtout la littérature française et tous les savoirs. Ils lui ont permis, joints à ses talents propres, d’arriver ce 10 décembre au faîte d’une gloire que les snobinardes d’autrefois ci-dessus citées n'atteindront jamais.

Et quand, dans son livre La Place, elle décrit ses parents pauvres, on y trouve la constatation que « comme la propreté, la religion leur donnait la dignité » : « Le signe de la croix sur le pain, la messe, les Pâques. […] Ils s’habillaient en dimanche, chantaient le credo en même temps que les gros fermiers, mettaient des sous dans le plat. Mon père était enfant de chœur, il aimait accompagner le curé porter le viatique. Tous les hommes se découvraient sur leur passage. » Elle ajoute, plus loin, que le latin était la seule matière dans laquelle ses parents pouvaient l’aider. Car ils le pratiquaient à l’église.

Michel Houellebecq, dans son dernier livre Anéantir, étrillé par la critique de gauche, a-t-il dit autre chose de la dignité - dans la maladie, lui, plutôt que dans la pauvreté - propre au catholicisme ?

Allez. Même vos prénoms fleurant bon la France pompidolienne sont encore un point commun. Faites-vous un gros bisou et n’en parlons plus. Si la désormais riche Annie était grande dame, elle partagerait avec ce pauvre Michel, comme le lui ont appris les religieuses, jadis, ce beau cadeau de Noël, ce prix Nobel de littérature qu’il aurait bien aimé lui aussi décrocher.

Car les écrivains de droite sont tous des gueux dépenaillés droit sortis d’un conte de Charles Dickens : ils n’ont le droit de regarder les prix que dans la vitrine du libraire. Houellebecq a eu raison de bien profiter de son Goncourt tant qu’on le croyait encore du bon côté de la barricade.

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9 décembre 2022

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35 commentaires

  1. Elle devrait lire « Le portarit de Dorian Gray » d’Oscar WILDE (et oui, un homme !). Un chef d’oeuvre en tous points, tant sur l’élégance de l’écriture que sur la moralité de l’histoire…A méditer !

  2. Bof, encore une gauchiste frustrée.
    Ses livres sont tellement bons que si ils n’étaient pas imposés au programme des lycéens, elle devrait se concentrer sur l’écriture de son CV pour trouver un véritable travail.
    Comment peut on donner le Nobel à quelqu’un d’aussi boudé par le public ?
    Frederic Dart avait cette phrase pour les académiciens qu’on pourrait également appliquer au Nobel : Pour l’avoir, il faut si possible ne pas avoir écrit, si on a écrit, ne pas avoir été édité et si on a été édité, ne pas avoir été lu.

  3. Les bourgeois(e)s, (y compris parvenues), c’est comme les cochon(ne)s, plus ca devient vieux, plus ca devient c…
    Brel éternel!

  4. bougrement bien médité, avec charité en ce temps de Noël… Effectivement, un Chrétien ne juge pas les gens sur le style de leurs propos, leur façon de se faire connaître, ou leurs penchants politiques, mais – et ici il s’agit d’écrivains – sur les sentiments qu’ils éveillent ou entretiennent en moi. Or l’assassinat n’est pas ma façon de régler son compte à un adversaire… fût-il sans qualité.

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