Allocution présidentielle aux armées : il faut sauver le soldat Macron

Dépenser plus pour la défense, fort bien. Mais on attend avec impatience le soldat Bayrou...
Capture d'écran Présidence de la République
Capture d'écran Présidence de la République

À la veille de la fête nationale, selon une tradition qui perdure au moins depuis la présidence de Jacques Chirac, Emmanuel Macron s’est adressé aux armées dans les jardins de l’hôtel de Brienne. Une allocution qui a fait l’objet d’un pilonnage médiatique préalable sans précédent, il faut bien l’avouer, avant la grande offensive du président de la République à l’occasion du 14 Juillet. La conférence de presse, tout à fait inédite, le vendredi 11 juillet, du général Burkhard, chef d’état-major des armées, procédait de cette préparation d’artillerie. Faire intervenir le CEMA, « technicien de la chose militaire » et non responsable politique, était plutôt habile : le crédit des militaires, dans l’opinion publique, est incontestablement plus grand que celui des politiques, passablement démonétisés, notamment ceux qui sont au pouvoir depuis des années.

Préparation du terrain par le CEMA

Et qu’a dit le CEMA ? Schématiquement, que ce monde est dangereux, que la guerre n’est pas aux portes de l’Europe mais qu’elle « est déjà là en Europe ». Que la menace principale en Europe, si elle n’est pas exclusive, c’est la Russie, « puissance nucléaire et conventionnelle », qu’elle représente « une menace durable, proche et dimensionnante », à l’horizon 2030. Toujours selon le général Burkhard, notre pays doit donc faire preuve de « lucidité » et éviter le « déni ». On en vient alors aux moyens : « Même si elle dispose d’une armée complète, les moyens de la France sont limités », a reconnu le général cinq étoiles. En clair, les armées ont besoin de plus de moyens et donc d’un budget encore plus important. On ne refera pas ici l’histoire des vingt dernières années durant lesquelles le budget de la défense a été bien souvent la variable d’ajustement du budget de la nation. Il est vrai que les militaires ne défilent que le 14 juillet, et pas pour revendiquer… La « prise de conscience généralisée » à laquelle le CEMA fait appel s’adresse d’ailleurs autant aux Français qu’aux responsables politiques. Souvenez-vous d’une autre adresse de Macron aux armées en 2017, sa première (« Je suis votre chef ! ») alors que le général de Villiers, justement, avait tiré le signal d’alarme sur la question des moyens alloués à nos armées. Aujourd’hui, compte tenu du retard pris, il faut donc mettre les bouchées doubles.

Et donc, voici la cavalerie Macron...

Une fois que l'artillerie a pilonné le terrain. Macron, sinon va-t-en-guerre, tout du moins use, abuse, diront certains, de la dramatisation. Macron pour annoncer, in fine, pas encore du sang et des larmes, mais des efforts supplémentaires pour notre défense. Dans son discours, ce dimanche soir, veille de fête nationale, il a enfoncé le clou sur la menace russe « durable » et sur le fait que le monde, aujourd’hui, est à « un moment de bascule » : « Jamais depuis 1945 notre liberté n’avait été aussi menacée. » « Liberté de notre Europe » : évidemment, tout le discours de Macron est marqué, sans surprise, par ce primat européen dont il ne se départit jamais. Alors, face aux menaces, Macron actualise le vieil adage « si vis pacem, para bellum » : « Pour être libre, il faut être craint, et pour être craint, il faut être puissant. » Qui n’adhérerait pas à ce slogan ? Et, donc ? Il faut de nouveaux efforts budgétaires. Par rapport à 2017, « nous allons doubler le budget de la défense d’ici 2027 au lieu de 2030 ». On accélère. Il était de 32,7 milliards d’euros, au début du premier mandat de Macron ; il va passer à plus de 60 milliards, à la fin de son second mandat. Ce qui implique 3,5 milliards supplémentaires sur le budget de 2026 et 3 milliards en plus sur le budget de 2027. À condition que…

À condition que chacun prenne « ses responsabilités pour l’an prochain », lance le Président. Et d'insister lourdement : « J’en appelle à la responsabilité nationale. » Si vous voyez ce que je veux dire…

Ceux qui ne voteront pas le budget seront des traîtres

En clair, que l’Assemblée nationale vote le projet de loi de finances (PLF) à l’automne. Macron, d’ailleurs, n’a pas manqué de tacler au passage les oppositions qui, l’an passé, ont voté la censure, responsable, selon lui, du retard dans l’exécution de la loi de programmation militaire (LPM). Et c’est là qu’on comprend toute la stratégie de Macron avec cette allocution aux armées, médiatisée comme jamais. Au-delà de l'hommage bien mérité aux armées et aux militaires, au-delà du constat évident sur les menaces qui pèsent sur notre pays comme sur le continent, sur la nécessité de muscler notre défense, il s’agit, accessoirement (ou pas...), de sauver le soldat Macron. En effet, si l'avant-poste Bayrou saute, le réduit Macron est fichu. Bayrou menacé de censure à la fin de l’automne sur le PLF (voir les déclarations du Rassemblement national et de la gauche, jusqu’aux socialistes qui se sont fait balader avec le conclave sur les retraites), Macron aura beau jeu d’en appeler au sens des responsabilités en rappelant la nécessité de renforcer notre défense. Censurer Bayrou s'apparenterait à un acte de trahison alors que « le salut de la patrie demande que l’on dépense plus pour la défense ». Au passage, comment ne pas être épaté par cette manière qu'a Macron d'en appeler au salut de la patrie, lui qui ne jure que par « notre Europe »...

Dépenser plus pour la défense, fort bien. Mais on attend avec impatience le soldat Bayrou qui doit nous dire, le 15 juillet, comment il va faire pour économiser 40 milliards, l’an prochain. Pardon, 43,5 milliards, si l’on a bien suivi Macron.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

180 commentaires

  1. « La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires » Georges Clemenceau, 1887 ·
    Mais de nos jours, il semble qu’il ne faille pas la confier non plus aux politiques.
    Mais à qui alors?
    Au peuple….. qui malheureusement aussi se fait facilement endoctriner.

  2. Macron a mis 8 ans à assimiler et à faire sien ce que lui a dit le général de Villiers sur l’armée. Combien de temps encore avant qu’il comprenne qu’il faut arrêter tout de suite cette immigration de masse? On le dit intelligent, je ne partage pas. Cultivé certainement mais un peu lent à voir et comprendre les choses…

  3. On commence en avoir plutôt marre de la petite musique élyséenne de faire des efforts de la guerre avec la Russie qui lui a fait gagner les élections présidentielles de 2022 quoiqu’il nous en coûte après la guerre contre le COVID-19. Résistons contre ce climat anxiogène du soldat Macron qui se veut patriote avec une Europe oligarchique progressiste et socialiste qui s’assoit sur nos votes.

  4. C’est Macron qu’il faut sauver ? Ce n’est pas l’autre qui s’est coupé l’oreille et qui a eu d’ailleurs beaucoup de chance grâce au tableau noir du président qu’il regardait à ce moment-là ?

  5. macron se moque de l’armée Française qu’a t’il fait contre le Général De Villiers qui lui a dit la vérité et qu’il a lâchement limogé, et maintenant il ose dire qu’une armée forte donne un pays fort et respecté mais il a tout fait pour détruire ce qui faisait notre fierté et maintenant il veut encore taxer les Français pour renflouer les caisses pour redorer le blason de notre armée , il est incapable de gérer le budget de notre pays et il continue de dépenser notre argent en donnant constamment nos biens , notre argent à des pays qui nous détestent et il continue de détruire notre industrie, avant de ponctionner les Français qu’il commence par diminuer les dépenses faramineuse de son gouvernement, il est temps qu’il soit lui- même limogé, nous n’en pouvons plus de ses stupides idées , il n’a pas la majorité et il veut toujours nous imposer ses directives et celles de l’UE mais nous le peuple nus disons STOP.

Commentaires fermés.

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