[LIVRE] Lettre à Clara : une ode à l’amour paternel

« Un fils qui est aimé par sa mère sera un conquistador », disait Freud. Cela vaut aussi pour les filles aimées de leur père.
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On connaissait la Lettre à Élise, un peu triste. Voici la Lettre à Clara, nostalgique aussi. C’est la lettre d’un père aimant à sa petite (grande) fille qui s’éloigne de lui. On pensait que celui qui serait capable de faire taire ce bretteur hors pair, entre saint Jean bouche d’or et Cyrano de Bergerac, n’était pas près de naître. Eh bien, si. Il - ou plutôt elle - a vu le jour il y a 24 ans. C’est sa benjamine, sa seule fille, née de son union avec son épouse Emmanuelle Duverger. « Tes silences me déchirent », écrit-il, « je veux t’écrire, te dire ce que j’ai tant de mal à formuler quand je suis en face de toi. » C’est bien la première fois que Robert Ménard cherche ses mots, les pèse jusqu’à préférer les coucher par écrit plutôt que de les prononcer.

Il y a les enfants qui veulent plaire à leurs pères et ceux qui veulent plaire à leur pairs, explique, dans Mémoire vive, Alain de Benoist, confessant avoir fait partie, pour lui, de la deuxième catégorie. Robert Ménard aussi. Parce que ses parents pieds-noirs vivaient confits dans le regret, éternels orphelins de l’autre côté de la Méditerranée, il leur a tourné idéologiquement le dos : lui qui n’aimait rien tant qu’aller de l’avant - un winner, comme on dit en bon français -, il est devenu trotskiste. Reporters sans frontières a été porté sur les fonts baptismaux par François Mitterrand, rappelle-t-il dans ce livre. Avant que son inextinguible soif de vérité, sa détestation des compromis, le conduise vers d’autres cieux.

Sa fille Clara tient finalement de lui : elle préfère plaire à ses pairs qu’à son père. Sans doute parce qu’avec ce dernier, elle ne craint rien, ni jugement, ni rupture. Il fera tout, au contraire, pour garder le lien, pardonnera toujours, voire lui demandera lui-même pardon. Pardon d’avoir été courageux, indépendant, visionnaire, honnête ? Maladroit, peut-être, de temps en temps, mais quel parent ne l’est pas ?

L’immense amour d’un père pour sa fille

Il ne doit pas être simple, pour une enfant puis une adolescente, d’être la fille de Robert Ménard. Un peu, mutatis mutandis, comme il ne devait pas être simple d’être la fille de Jean-Marie Le Pen.

Marine Le Pen a été isolée en son temps par son institutrice qui avait interdit à quiconque de s’asseoir à côté de la fillette. Marion Maréchal a été exfiltrée de son école publique où elle était harcelée, trouvant refuge dans une école de dominicaines. Mais Jean-Marie Le Pen, d’une autre génération que Robert Ménard, avait l’oreille moins compréhensive : « Tu pourrais être pieds nus dans la neige en Sibérie », leur répondait-il. Et Si tu te sens Le Pen, relève le gant !

Il y a plusieurs façons de prendre ce livre. La première, la plus facile et la plus superficielle, celle de la presse de gauche (qui explique sans doute, pour une part, les multiples invitations récentes de Robert Ménard sur le service public et ailleurs), consiste à en faire l’allégorie d’une vieille droite allant à Canossa pour s’incliner devant la jeune gauche.

L’autre, plus profonde et universelle, est d’y voir l’immense amour d’un père pour sa fille. Il y a dans cette lettre du Goriot de Balzac au Salomonshon de Zweig. Et quiconque a connu Robert Ménard quand sa fille était enfant sait qu’il aurait pu écrire la même chanson émue et émerveillée, au prénom près, que Nougaro : Clara, ma fille. Il est prêt, pour elle, à toutes les humilités, voire les humiliations : il raconte, meurtri, avoir assisté, à ses côtés et à ceux de ses demi-frères, à une pièce de théâtre contemporain raillant le bon sens… sa vertu cardinale, celle qu’il aime mettre en avant comme son moteur et son guide. Il n’a pas bronché, se laissant crucifier intérieurement en silence.

Cette lettre n’est pas une capitulation mais une oblation. Comme le pélican de Musset qui « se frappe le cœur, et répandant sa vie, nourrit ses enfants de son sang généreux », Robert Ménard met ses tripes sur la table : tout ce qui l’anime depuis tout ce temps, il est prêt à le sacrifier à sa fille. Ce livre est une ode au père. Ce père que la gauche honnit tant.

« Un fils qui est aimé par sa mère sera un conquistador », disait Freud. Cela vaut aussi pour les filles aimées de leur père. Clara Ménard n’a pas vaincu l’empire aztèque mais un monument politique et médiatique français.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

15 commentaires

  1. Merci pour cet article, Gabrielle.
    Je crois en votre seconde façon de prendre ce livre. « L’immense amour d’un père pour sa fille »
    Ecrire vaut bien mieux que parler. Les choses écrites son réfléchies. Quelle fille ne serait-elle pas convaincue par ce père-là ?
    Plus je fréquente Robert Ménard, plus je l’estime. Clara a de la chance.

  2. Les enfants sont parfois en réaction contre les parents et souvent sur des sujets politiques… ou religieux. Mais les enfants grandissent et se rendent parfois compte qu’ils étaient en opposition par provocation pure, pour s’affirmer, pour « devenir grand ». L’éternelle guerre des modernes contre les anciens. Mais parfois aussi, les enfants restent fidèles à leurs idées et il est plus sage d’éviter certains sujets et de les aimer comme ils sont. La vie est courte et il vaut mieux profiter de ce qui nous rapproche.

  3. A Freud on préférera – comme le plus souvent – Jung : »Le père représente les qualités patriarcales du personnage . Parmi ces qualités figurent la force, la colère, la protection, le soutien et la sagesse. L’archétype paternel se manifeste sous diverses formes : rois, chefs et père biologique. »

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