[TRIBUNE] La France n’est pas condamnée à la faillite. Encore faut-il le vouloir
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la tribune de Jean Tirole publiée dans La Tribune, le 30 septembre dernier. Notre prix Nobel d’économie y dresse un constat sévère mais lucide : si la France a vu sa dette publique passer de 15 % du PIB, en 1975, à plus de 114 %, aujourd’hui, ce n’est pas seulement à cause des crises successives ou de la générosité de l’État-providence. C’est aussi, et surtout, parce que notre pays n’a pas su maintenir une trajectoire de croissance, d’innovation et de réforme. Autrement dit : le problème de la dette est d’abord celui de la stagnation.
Tirole met le doigt sur ce qu’il appelle la « pensée à somme nulle ». C’est cette vision étriquée selon laquelle l’économie serait un gâteau fixe à partager plutôt qu’une pâte vivante à faire lever. On se querelle sur les parts, on s’invective sur la répartition, mais on oublie de faire grandir la pâte, faute de levure. Cette pensée à somme nulle est à la fois la cause et la conséquence de notre immobilisme : elle naît de la stagnation et, en retour, l’aggrave.
Il y a pourtant des marges de manœuvre
Notre pays dispose d’atouts considérables : une épargne abondante, un tissu de chercheurs et d’ingénieurs, des infrastructures solides, une jeunesse qui n’attend qu’une perspective. Mais encore faut-il que cette épargne se dirige vers l’innovation plutôt que vers l’immobilier spéculatif ou les obligations d’État ; que l’État lui-même concentre ses moyens sur les secteurs d’avenir plutôt que de s’éparpiller dans des dépenses de fonctionnement toujours croissantes ; que l’on cesse d’ajouter des taxes, des normes et des formulaires comme d’autres ajoutent des couches de peinture sur des murs fissurés.
Le choix est devant nous, et Tirole le dit clairement : soit nous nous résignons au déclin, jusqu’à la crise souveraine et aux ajustements imposés de l’extérieur, soit nous retrouvons le sens du compromis et de la responsabilité. Autrement dit : ou bien la faillite de fait, ou bien la réforme par nous-mêmes.
Dire la vérité
À ceux qui croient qu’il est trop tard, rappelons que l’Histoire économique est pleine de retournements spectaculaires. L’Irlande, au bord de la banqueroute dans les années 1980, est devenue en une génération le « tigre celtique ». L’Allemagne, après la réunification, a traversé un moment de doute avant de rebondir grâce aux réformes Schröder. La France elle-même a connu, en 1958, une situation budgétaire si critique que le général de Gaulle et Jacques Rueff durent imposer un plan de redressement brutal ; il porta ses fruits.
Nous ne sommes donc pas condamnés. Mais il faut dire la vérité : nous ne pourrons pas sauver l’État sans le réformer ni relancer la croissance sans retrouver le goût du risque, de l’effort, de la liberté. Comme l’écrivait Jean Bodin, « il n’est de richesse que d’homme ». Or, l’homme libre et responsable vaut toujours plus que l’homme assisté et infantilisé.
La dette n’est pas une fatalité, elle est le reflet de notre manque de volonté collective. Si nous voulons éviter la faillite, il ne suffira pas d’un ajustement comptable : il faudra une ambition nationale, celle de refaire grandir le gâteau.
C’est l’ambition de notre projet politique avec David Lisnard et Nouvelle Énergie.
Où en est la France ?
Dette publique : 114,7 % du PIB au premier trimestre 2025, contre 66 % en Allemagne et 106 % en zone euro (source : Eurostat, INSEE).
Dépenses publiques : 57,3 % du PIB en France (2023), record de l’OCDE, contre 50,5 % en moyenne pour la zone euro et 44,5 % en Allemagne (source : OCDE).
Investissement public : 3,8 % du PIB en France, mais avec un biais marqué vers le fonctionnement courant des administrations plutôt que l’innovation (source : Cour des comptes, rapport 2024).
Croissance : 0,7 % prévu en 2025, contre 1,2 % pour la zone euro et 2,3 % pour les États-Unis (source : FMI, World Economic Outlook, avril 2025).
Épargne financière des ménages : 6.000 milliards d’euros, dont près de 70 % placés en produits peu risqués (assurance-vie en fonds euros, livrets, dépôts), loin du financement de l’innovation (source : Banque de France, 2024).
Productivité horaire : 74 dollars/heure en France (2024), encore supérieure à la moyenne de l’OCDE, mais la progression est quasi nulle depuis dix ans (source : OCDE).
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































51 commentaires
Et la désindustrialisation qui a comme corolaire une balance des paiements totalement déséquilibrée et la destruction d’emplois qui l’accompagne, on n’en parle pas ? Tant que la France restera dans l’euro, elle ne pourra s’en sortir.
Puisque l’auteur se réfère au général de Gaulle, il faut se souvenir qu’après les hausses de salaires consécutives à mai 68, celui-ci dévalua le Franc, ce qui permit de rétablir la compétitivité du pays.
Moralité, sans Frexit, le pays est foutu.
Ajoutons que les récentes négociations avec Trump ont montré combien la France a été désavantagée par son appartenance à l’UE, puisque notre commerce avec les USA est déficitaire et que nous n’avions, dès lors, aucune raison de nous voir imposer des droits de douane de 15%.
Permettez deux précisions :
– le PIB de la France tient compte de « l’économie souterraine », dont le trafic de drogue. Ce qui est une supercherie car elle est de fait très difficile à estimer, et parce qu’elle ne rapporte ni TVA ni investissement. Quand au CA du trafic de drogue, un bon 25/30% part pour payer les fournisseurs, et les bénéfices eux, partent à l’étranger (immobilier à Dubaï, Ibiza, Maroc).
– Entre 2008 et 2014 l’épargne des français représentait 14.000 Mds d’€. Il est à constater que 50% de cette épargne s’est volatiliser. Où ? En quoi ? En investissement ? Certainement pas, je crois qu’il faudrait plutôt envisager que ces (plus ou moins 7.000 Mds d’€) ont été sortis de l’épargne par les français pour le seul maintien du niveau de vie.
Ça donne une autre perspective du délabrement de l’économie française en l’espace d’une quinzaine d’année.
Si vous voulez des solutions pour relever la France, visionner la video du 3 octobre dernier sur Cnews, intervenant Phillipe Devillier, vers les 3/4 de la video, il lui est demandé quelles solutions il proposerait pour redresser la France s’il était President,, exactement ce qu’il faudrait faire, attention ces propositions ont été faites au pied levé mais ce serait un bon début.
La jeunesse « qui en veut »? Elle monte ses entreprises sous des cieux plus cléments. L’épargne? Elle sert à financer le « social » plus qu’à l’investissement. Les travailleurs entre deux âges? On les décourage quand ils montent leur affaire (je sais de quoi je parle, j’ai monté deux « boîtes » et j’ai passé plus de temps à me battre avec le mammouth soviétique appelé Administration qu’à pratiquer mes activités). Tant que le corps professoral sera gangréné par le marxisme et l’Etat obèse, rien ne changera.
Comment faire avec cette Europe qui utilise notre électricité a vil prix (loi nome) sachant qu’il nous faudrait quitter ce bazar signé par sarkozy pour récréer certaines industries. en découlerais des emplois pour soutenir notre modèle sociale lui aussi bien abimé et refaire une France tel qu on l a connu avant 1981
Plaidoyer marqué au coin du bon sens.
Chiffres interessants.
L’Union des Droites devrait se faire sur ce diagnostic et les solutions qui en découlent.
Vu les barrages, le vote d’une partie du peuple, le clientélisme politique, la lâcheté du gouvernement…j’ai pas d’espoir pour sauver le bateau France!
Les références au PIB nous trompent :
Si la production privée est comptée pour sa vraie valeur dans le PIB, ce n’est pas le cas pour ce qui relève de la sphère publique, dont la valeur de la production est nettement inférieure à son coût, qui entre dans la constitution du PIB. Ceci correspond à tout ce qui ne sert à rien ou nuit à l’activité.
Le PIB est donc surévalué et de ce fait, le déficit ramené en % du PIB est largement sous-évalué.
Ce triste constat est néanmoins une bonne nouvelle : les perspectives d’économies sur les dépenses publiques inutiles, inefficaces ou nuisibles sont énormes.
A condition de vouloir s’y attaquer !…
Après 8 ans de macronie stérile, les mêmes, ou leurs jumeaux) qui nous ont mené vers la catastrophe sont encore en place ! Qui peut croire un seul instant que ces gens-là sont aptes à redresser le Pays ?
cet article ne fait que poser la différence « d’idées » entre la gauche et la droite
pour la gauche on réparti le gâteau qu’on a et pour la vraie droite, on change le moule du gâteau pour un plus grand…..
Notre Occupant élyséen a détruit la France matériellement , mais celle-ci a gardé son esprit créatif de conquête industriel , qui en a fait une puissance mondiale malgré sa taille réduite . Que des représentants du seul parti incarnant le courage de la vérité arrivent au pouvoir et mettent en place leurs projets , présentés avec justesse et simplicité dans les médias depuis quelques mois , par une personnalité à l’argumentaire capable d’atomiser toute velléité de les discréditer et les français retrouveront l’espoir de lendemains heureux .