[POINT DE VUE] Les obsèques d’Ardisson seront-elles « tradi » ?
Depuis la mort de Thierry Ardisson, les hommages se multiplient. Tout ce qu’il fallait dire de la carrière de l’animateur le plus intéressant des quarante dernières années a déjà été dit par Marc Baudriller, dans les colonnes de BV. Provocant, excessif, agaçant, narcissique, mais aussi généreux, attachant, brillant, complexe, Thierry Ardisson n’était pas fait pour survivre des décennies dans notre époque qui ne comprenait plus les gens comme lui. L’homme en noir était resté un homme des années 80, à n’en pas douter, les années des soirées parisiennes, des abus de toutes sortes, du cynisme et de la provoc… mais aussi un homme du XVIIIe siècle, qui aurait pu vivre au temps de Louis XV, dans ce règne décadent, élégant et nonchalant sous lequel la plus célèbre des influenceuses s’appelait Jeanne du Barry. C’est ce qu’indiquaient ses choix politiques (il était légitimiste et le duc d’Anjou était le parrain de son fils), son goût pour les dîners mondains télévisés (« une pute, un évêque », disait-il des invités de ses émissions)… mais aussi, apparemment, ses dernières volontés.
« Je veux l’encens, les enfants de chœur, la totale! »
Le Figaro a en effet révélé, quelques heures après sa mort, que Thierry Ardisson avait réglé, au détail près, la cérémonie de ses obsèques. Pour l’instant, évidemment, rien n’a filtré. Tout ce que l’on sait, c’est ce qu’il en avait dit avant de mourir : « Je veux l’encens, les enfants de chœur, la totale! »
Une telle phrase n’est pas anodine. Elle révèle une autre facette de l’animateur, pas tellement inattendue d’ailleurs. Perfectionniste dans la préparation de ses émissions, très attaché aux détails, Ardisson avait ritualisé ses apparitions. Il avait son uniforme (costume et tee-shirt noirs), ses dialogues avec l’assemblée de ses fidèles (V/ « Tout le monde en parle, alors Tout le monde en parle… » R/ « …en parle ! »), ses schismes sans gravité (du temps de Tout le monde en parle, le mouvement « baffiste », mené par son vieux copain Laurent Baffie, qui mettait un point d’honneur à lui désobéir en « bougeant pendant le jingle »). En quelque sorte, il avait fait de la télévision ce qu’elle essayait d’être depuis toujours : une liturgie de substitution dans une France déchristianisée. Il avait aussi minutieusement choisi, avec son ex-épouse Béatrice (illustratrice sonore), la bande-son de Paris Dernière (remarquable d’inventivité) ou encore le générique chic et planant de 93, Faubourg Saint-Honoré (Fun City de John Barry, bande originale de Midnight Cowboy). Bref, cet homme qui aimait les formes a peut-être choisi des obsèques traditionnelles – peut-être même, horresco referens, des obsèques traditionalistes.
Imaginons qu’il ait demandé du lourd, façon Institut du Christ-Roi
Les obsèques d’aujourd’hui ne sont pas de la même facture qu’avant. Une boîte en pin Ikea, des poignées en laiton, une cheftaine de chœur qui braille Un grand champ à moissonner, un prêtre en aube trop grande, des enfants de chœur en baskets… et, en guise d’encens, le simple souvenir de « ce parfum d’Orient qui n’appartient qu’à [Dieu] » (Desproges). Ardisson, réac à plus d’un titre, libertin jouisseur et allergique à l’esprit bourgeois, aura-t-il les obsèques baroques auxquelles on peut s’attendre ? Ce serait drôle… et ce serait un dernier pied-de-nez, comparable à celui, involontaire, qui vit ce royaliste disparaître le jour de la fête républicaine.
Alors, pourquoi pas. Imaginons qu’il ait demandé du lourd, façon Institut du Christ-Roi. Imaginons les photographes de la caste médiatique, obligés de filmer une interminable procession dans une église parisienne (pourquoi pas Saint-Roch, tout près de chez lui), une croix de trente kilos, des dorures et des soutanes, l’épaisse fumée de l’encens sur les voilettes de ses trois veuves, et la présence, au premier rang, d’un prétendant au trône de France. Ça ressemblerait à la scène d’exposition du film Les Grandes Familles. Ça aurait plutôt de la gueule. Alors, en avant, ou plutôt, comme il le disait si bien, « Magnéto, Serge ! »
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11 commentaires
Il a bien vécu , mais hélas mal vieilli , paix à son âme , aussi on ne va pas le béatifier quand même .
Selon le merveilleux Thierry Ardisson, le RN ne devrait pas exister. Ses électeurs non plus ?
Encore ??? C’est bon deux articles !!!
Des gens meurent tous les jours et on n’en fait pas une épitaphe
Oui , une vraie belle messe tridentine !
Monsieur ARDISSON reposez en paix
Oui.
A la télé en plus…
Merci monsieur Ardisson, et vive Louis XX.
Vous avez remis la monarchie au goût du jour, et ça c’est précieux !!!
Bon Paradis, et à Dieu, à la douce tendresse de Dieu.
Tous vos amis prient pour vous et les âmes du purgatoire.
La principale « influenceuse »du règne de Louis XV fut la marquise de Pompadour .
On ne peut pas dire que ses émissions, son comportement aient été une seule fois un témoignage en faveur de la foi catholique, à fortiori traditionnelle.
La forme des obsèques importe peu pourvu qu’il soit parti « en règle », et ça personne d’autre n’a à s’en mêler, c’est son affaire et celle de Dieu.
Notre rôle est de prier pour les défunts.
C’est « son projeeeeeeeet » !
Oui, une grand messe, on en rêve ! Surtout vis à vis des grands médias qui ne sauront plus à quel saint ou quel diable se vouer.
Tant mieux si ça peut les rendre enragés…