On se souvient tous de ce qu’on faisait le 11 septembre, moi je me souviens aussi du 8 décembre 1980. Pour nous, c’était un mardi, et nous étions le 9, il était 6 h 30, puisque le radio-réveil venait de s’allumer : assassinat… Central Park… puis : Our life together is so precious together / We have grown, we have grown, la dernière chanson de John Lennon. J’ouvre les yeux. John est toujours là, avec Paul, et George, et Ringo. Ce vieux poster d’une peinture des quatre Beatles est toujours là, malgré non pas les affres du temps mais le vandalisme d’un cadet qui ne l’emportera pas au paradis. Je suspends le radio-réveil. Encore cinq minutes d’insouciance… L’assassinat s’est produit dans la soirée du lundi, à l’entrée du Dakota Building de Manhattan, sur Central Park Ouest. Hagard, je descends les escaliers, happé par l’odeur du café que maman a préparé dans la cuisine. « Dépêche-toi, tu vas rater l’autobus ! »

Sur le perron du Dakota Building, des fans attendent le couple et demandent des autographes. Parmi eux, le possédé du démon se fait dédicacer l’album Double Fantasy. Après avoir signé le disque, John lui demande si c’est tout ce qu’il veut. Le diablotin bouffi lui sourit, et son regard de serpent boursouflé acquiesce derrière ses épaisses lunettes.

Ce 8 décembre 1980, à 14 h, John Lennon accueille dans son appartement la célèbre photographe Annie Leibovitz pour une de photos pour le magazine Rolling Stone. John insiste pour que sa compagne Yoko soit prise en photo avec lui et que le couple apparaisse ensemble sur la couverture du magazine.

À 15 h 30, John accorde une interview pour une émission de la radio RKO. Entre 16 h et 17 h, John part avec Yoko au Record Plant Studio pour mixer une chanson de Yoko Ono sur laquelle il apparaît à la guitare.

Après leur session en studio, ils retournent au Dakota Building aux alentours de 22 h 50. John veut repasser à leur appartement pour souhaiter une bonne nuit à leur fils Sean, âgé de 5 ans. Il descend de sa limousine sur la 72nd Street, précédé par Yoko Ono. Alors que sa compagne se dirige vers la réception, la bête se place derrière John Lennon et lui tire cinq balles de revolver calibre 38 dans le dos.

La première balle rate le chanteur et lui passe au-dessus de la tête. Les suivantes l’atteignent. Touché au poumon et à l’aorte, John fait quelques pas. « I’m shot. » S’écroule. Le concierge Jay Hastings le couvre avec son uniforme et lui enlève ses lunettes.

Emmené à l’hôpital Roosevelt, les médecins essaient de le ranimer. Sa prononcée à 23 h 15 est rendue publique un peu plus tard par un commentateur sportif au cours d’un match de américain.

Fut-il, ce jour-là, « plus populaire que Jésus », comme il en avait plaisanté avec une journaliste amie en 1966 ? Les idées de John avaient changé. Plus qu’un simple doute, c’est une véritable réflexion qui avait amené, ces dernières années, l’ancien Beatles à un revirement. The Second Thoughts. L’auteur-compositeur avait abandonné sa célèbre foi progressiste, disant qu’il soutiendrait Ronald Reagan s’il était américain. Mais déjà dans Revolution (1968) : « But if you go carrying pictures of chairman Mao/You ain’t going to make it with anyone anyhow » (« Mais si tu brandis des portraits du président Mao/Tu n’y arriveras avec personne de toute façon »), les graines de son émancipation de la étaient plantées.

Ce mardi-là, à la sortie du lycée, Nathalie m’accompagna au café l’Ambassy, dans le centre de Lens. Je l’y emmenais boire un chocolat, les mercredis après-midi. Dans le juke-box, il y avait : So this is Xmas/And what have you done(« Voilà, c’est /Et qu’est-ce que tu as accompli »).

8 décembre 2020

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