Editoriaux - Société - 2 octobre 2018

Un jour, Isabelle de Gaulmyn sera rattrapée par le réel !

La Manif pour tous serait de retour, et cela fait peur à Isabelle de Gaulmyn, éditorialiste au quotidien La Croix. Invitée de l’émission « C dans l’air », le 26 septembre dernier, la journaliste a montré, une fois encore, qu’elle n’avait que faire du mouvement familial à l’encontre duquel elle n’a pas de mots assez durs :

« Ce serait dommage que ce soit la seule opposition parce que c’est une opposition assez radicale et – autre certitude que l’on a, à La Croix – c’est qu’ils sont assez largement décrédibilisés au sein du monde catholique. »

Si la Manif pour tous est décrédibilisée au sein du monde catholique – ce qui reste à prouver -, ce n’est sans doute pas parce qu’elle a « divisé dans les communautés avec des conflits très forts, de gros clivages ». Mais peut-être plutôt parce qu’elle a suscité un immense mouvement, un grand espoir, déçus par des erreurs de stratégie et de casting qui l’ont fait rentrer dans le rang trop vite. Sans compter la faute de Sens commun qui, en se mettant à la remorque de l’UMP/LR, a instillé le doute dans l’esprit de ceux pour qui le combat pour la famille n’était pas une question de mode.

Mais à La Croix tout principe semble négociable, toute idée semble relative. Dès lors, la question du mariage pour tous est évacuée. Désormais, celle de la PMA se banalise. Isabelle de Gaulmyn n’y semble d’ailleurs pas défavorable. Pourtant, les évêques de France viennent de publier une déclaration très hostile à cette manipulation du vivant. La prudence lui commandait de ne pas se déclarer trop tôt, en vertu du vieux principe chrétien démocrate selon lequel ce qui est intolérable aujourd’hui sera acceptable demain.

Que madame de Gaulmyn ne se fasse pas trop de soucis. La Manif pour tous ne réunira pas des centaines de milliers de personnes, cette fois-ci. On peut le déplorer, mais la lucidité oblige à le reconnaître. Et ce n’est, certes, pas à cause de sa « position très ambiguë par rapport à Marine Le Pen [qui] a beaucoup choqué un certain nombre de catholiques ». Mais parce que, justement, elle n’a pas pris la mesure de ce que le monde politique était gangrené par le relativisme et qu’elle n’a pas fait les bons choix au bon moment. Pas seulement lors des manifestations de 2013, où le respect de la légalité l’a emporté sur le risque d’une confrontation, mais surtout parce qu’en ne se démarquant pas assez des atavismes bourgeois, elle est restée accrochée à l’idée selon laquelle les choses pourraient changer à l’occasion d’une alternance politique. On a vu le résultat…

Car la proportion de catholiques qui ont voté Macron est telle qu’il faut se rendre à l’évidence : comme ils ont accepté l’avortement, comme ils ont remporté une victoire à la Pyrrhus en 1984, comme ils ont banalisé le PACS, comme ils ont donné leurs voix à un candidat favorable à toutes les transgressions, ils accepteront la PMA. Madame de Gaulmyn devrait comprendre que ces catholiques incohérents sont non seulement persuadés que cela ne sert à rien d’aller manifester, mais encore relativement indifférents à ces questions. Tant qu’ils sont bien au chaud… Et pourtant, ce n’est pas ce que nous pensions en 2013 !

Ceux-là ont tort, bien entendu. Mais on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Tant qu’ils n’auront pas pris conscience que la déliquescence de la société procède de la marchandisation des rapports humains, ils privilégieront leurs intérêts économiques au détriment du combat pour les principes fondamentaux.

Le chemin est encore long. Mais l’Histoire nous enseigne que le réel finit toujours par rattraper les utopies. Et que les suiveurs comme madame de Gaulmyn sont toujours désavoués par la réalité.

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