Editoriaux - Politique - Sport - 9 juillet 2018

Ras le ball, footez-nous la paix !

Sommes-nous des citoyens anormaux lorsque nous affirmons notre « ras-le-ball » du foot et de la « fête à nœud-nœud » qui l’accompagne ? Sommes-nous de mauvais Français quand nous préférons un court de tennis ou un parcours de golf à un terrain de foot-ball ? Faut-il être un adepte du « bistro-télé-fauteuil-bière » pour se révéler patriote ?

« Panem et circenses »» (Panem de moins en moins, si l’on en juge par les manifestations et les revendications populaires), les Français semblent très schizophrènes. Ils descendent dans la rue pour protester contre une baisse de vingt euros sur leur bulletin de paye ou sur leur retraite, mais accourent, avec des trompettes et des guirlandes, pour applaudir des « athlètes » qui tapent dans un ballon et se roulent par terre pour des salaires indécents en millions d’euros ? Allez comprendre ! À cela, ajoutons que la plupart de ces joueurs se foutent de la France comme de leur premier maillot… Alors, si aimer la France se traduit par cet engouement irrépressible pour ces comédiens arpenteurs de stades, nos concitoyens n’en sortent pas grandis ! Sans compter sur la récupération honteuse qui sera faite par le locataire de l’Élysée en cas de victoire… Soyons-en certains, nous aurons droit à une nouvelle « teuf » d’enfer à se rouler par terre, comme Neymar !

Ils sont (presque) tous français, ceux qui descendent dans la rue pour vingt euros et qui se ruent devant leur télé… Issus de toutes les couches sociales, unis dans un même combat pour gagner cette Coupe du monde de football ! Est-ce mieux que la Coupe Davis ? C’est une question à laquelle on peut répondre par un constat simple : le tennis n’a jamais donné lieu aux mouvements dangereux de foules excitées. Les adeptes de la raquette sont beaucoup moins nombreux, plus « policés », socialement plus nantis et donc moins dangereux pour le pouvoir. Dans les bistrots, une partie des ouvriers, des cadres, des bobos et des bourgeois BCBG s’unit dans la ferveur d’un même élan patriotique, autour d’un ballon, dans un rassemblement « républicain » bienvenu ! Une France Bisounours unifiée grâce au sport, comme les utopistes en rêvent. Jean-Luc Mélenchon trinquant avec Nicolas Dupont-Aignan et Philippe Poutou au Bar des Amis, place de la République… On a le droit de rêver ! Mais, comme pour le fameux black-blanc-beur de 1998, les Français, bien nourris par le pain et les jeux, fatigués et endormis d’avoir tant crié « victoire ! », déchanteront quand l’effet du somnifère produit par le laboratoire politique sera passé. Sachons remettre la réalité et les valeurs que nous défendons à leur juste place…

On voit où mène cette pratique de l’évergétisme à outrance, elle avilit les citoyens, elle les empêche de penser et de réfléchir par eux-mêmes et détourne leur attention de l’essentiel. C’est l’un des outils performants de la stratégie des régimes totalitaires pour annihiler en douceur toute vague populaire à contre-courant de la Doctrine… Les Jeux olympiques d’été de 1936 sont un bel exemple de la phase qui va suivre en France en cas de victoire des « Bleus ». Dostoïevski, dans Les Frères Karamazov : « Le peuple a besoin d’avancer vers le bonheur comme un troupeau grégaire et passif, dirigé par un « Guide » bienveillant, seul capable de jugements éclairés… » Le Guide… vous reconnaissez quelqu’un ?

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