Editoriaux - Education - Polémiques - 3 novembre 2018

Est-il scandaleux de nommer un gendarme proviseur ?

Scandale au lycée Maurice-Utrillo de Stains, en Seine-Saint-Denis : un gendarme, chef d’escadron, vient d’y être nommé proviseur adjoint, à compter du 5 novembre ! Sa mission ? La sécurité. Cet établissement, qui n’a pourtant pas mauvaise réputation, s’était illustré, l’an dernier, par de graves incidents entre bandes rivales : plusieurs élèves et un surveillant avaient été blessés à coups de marteau.

Cette nomination, à peine connue, a suscité l’indignation d’une partie des professeurs, qui ont déposé un préavis de grève pour lundi, « contre l’infiltration d’une force armée dans [leur] lycée ». « L’école publique ne sera jamais l’antichambre du commissariat », protestent-ils. Et de prévenir qu’ils ne reconnaîtront pas l’autorité de ce nouveau supérieur. Pas sûr que ce soit un bon exemple pour leurs élèves : on n’est pas dans le cas, précisé par la loi, « où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ».

Il faut savoir que ce lycée est plutôt sans histoires – que serait-ce, sinon ? Il obtient de bons résultats au baccalauréat et a signé une convention avec Sciences Po, ce qui attire de nombreux élèves de banlieue en quête de réussite scolaire et sociale. On peut donc juger normal que le rectorat veuille préserver la sécurité de cet établissement, qui constitue un pôle d’attraction dans un département qui n’est guère favorisé par sa population scolaire.

Un chef d’escadron est un officier de gendarmerie. Sans doute n’a-t-il pas a priori de compétences pédagogiques, mais il s’y connaît en matière de discipline et de sécurité. Mieux qu’un personnel de direction, fraîchement sorti de l’ESEN (École supérieure de l’éducation nationale). Laissons, par ailleurs, aux lecteurs de Boulevard Voltaire qui, en tant qu’enseignant ou parent, ont fréquenté des proviseurs ou des principaux, le soin de mesurer s’ils sont tous compétents.

Ce chef d’escadron est en détachement pour trois ans. Une position explicitement prévue par l’article 25 du statut des personnels de direction : « Le corps des personnels de direction est accessible par la voie du détachement […] aux fonctionnaires titulaires appartenant à un corps ou cadre d’emplois de catégorie A ou de même niveau. » Cette nomination est donc tout à fait régulière.

Les professeurs, surtout de gauche, n’ont pas un goût immodéré de la police ou de l’armée. Allez savoir pourquoi ! Les protestataires du lycée de Stains ont raison de souligner que l’argent manque pour recruter des professeurs, pas pour un gendarme proviseur. Mais leur action serait mieux comprise s’ils manifestaient aussi leur solidarité avec tous les établissements où élèves et professeurs ne peuvent travailler dans la sérénité indispensable aux études. S’ils exigeaient l’interdiction de tout prosélytisme politique ou religieux, qu’ils sont parfois les premiers à enfreindre.

Ils devraient aussi demander l’exclusion des fauteurs de troubles, des perturbateurs professionnels, réclamer des sanctions disciplinaires et judiciaires adaptées à la gravité des actes commis, pouvant aller jusqu’à ces « maisons de redressement » qui font frémir la jospinienne Nicole Belloubet.

Car ce n’est pas la présence d’un officier de gendarmerie dans un établissement scolaire qui est scandaleuse. C’est que l’Éducation nationale, après des décennies de laxisme, en soit réduite à cette extrémité. Qu’un professeur n’ait le choix qu’entre pratiquer un sport de combat et venir faire ses cours la peur au ventre. Que des élèves, qui croient en l’école, soient empêchés de travailler par d’autres élèves, qui bénéficient complaisamment de la culture de l’excuse.

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