Editoriaux - Société - 4 août 2018

Booba et Kaaris : rap et petites frappes

Le rap n’appartient pas à la culture nationale. Il est, d’ailleurs, une sous-culture qui a le privilège d’être la « musique » la plus vendue et la plus écoutée par les jeunes dans notre pays. Ce paradoxe traduit d’abord la catastrophe engendrée par la rupture de la transmission après 1968, lorsque l’histrion Lang incarna notre culture au rebours de l’héritage laissé par le grand écrivain André Malraux. Sur la forme, il s’agit de paroles aboyées plus que chantées, où la musique n’est que du rythme et les textes de la poésie fabriquée mécaniquement avec l’idée que la rime est l’essentiel, alors qu’elle n’est qu’un élément secondaire de l’expression poétique. Sur le fond, c’est beaucoup plus grave : le rap est l’expression des ghettos américains, des identités raciales qui sévissent aux États-Unis et de la violence qui y règne dans la réalité des concentrations urbaines, que la production « culturelle » valorise dans l’expression comme dans le comportement. L’un des défauts majeurs de notre pays a consisté à importer le modèle américain d’un pays d’immigration voué au communautarisme, alors que la France n’est pas structurellement un pays d’immigration et qu’elle n’a eu recours à celle-ci, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, que pour restaurer sa démographie en assimilant essentiellement des immigrés européens. Il fallait, évidemment, limiter l’immigration africaine alors que la population française se renouvelait naturellement, et chercher à l’assimiler selon notre tradition. On a fait l’inverse ! Le succès du rap, c’est celui d’une imitation absurde et dévalorisante.

Les deux bandes qui se sont affrontées à Orly sont aussi le signe des contradictions de notre époque. Faute de défendre légitimement les identités réelles qui définissent les communautés authentiques comme les familles ou les nations, on privilégie l’identité d’individus qui deviennent des stars en raison de la publicité que leur font les maisons de production et les médias, dans une connivence intéressée. Il s’agit, le plus souvent, de personnages dénués de culture, faiblement diplômés, mais qu’on va interroger sur tout, comme s’ils détenaient quelque pensée éclairante. Ce sont souvent des « malins » dont le but est essentiellement l’argent. Aujourd’hui, Booba tire davantage de revenus de la vente de vêtements que de sa production « artistique ». La ligne vestimentaire est le vecteur de l’identité tribale des « fans ». D’ailleurs, les rappeurs célèbres sont toujours accompagnés de leurs « crews », ces meutes qui, comme on l’a vu à Orly, jouent davantage du poing que de la voix. Là encore, la contradiction est évidente : on laisse ériger en icônes, en modèles à suivre, des individus qui trouvent le filon de leur fortune dans la provocation et la transgression. Certes, il s’agit chez eux d’une stratégie, d’un calcul, mais qui produit des effets désastreux. D’abord, dans l’abaissement de la langue française, défigurée par l’abondance du verlan et des anglicismes, ridiculisée par le trop-plein de rimes aussi riches pour le son qu’elles sont misérables pour le sens. Ensuite, ces « artistes » qui ne viennent pas nécessairement de milieux défavorisés prétendent associer les banlieues à tout un monde de la violence et de la transgression. « Quand je vois la France les jambes écartées, je l’encule sans limite », chante Booba dans « Le bitume avec une plume ». Comment une société peut-elle entretenir ainsi le poison qui la menace ? Elle le fait pourtant avec la complicité de ceux qui tiennent les micros et les plumes, soucieux de défendre la liberté d’expression des rappeurs lorsqu’ils s’attaquent avec vulgarité à nos valeurs, mais qui sont prêts à interdire « en même temps » toute pensée conservatrice qui pourrait être un peu « phobe » – « rappophobe », par exemple.

Booba et Kaaris vont donc dormir en prison. La liste est longue des rappeurs qui ont construit leur légende en fréquentant les pénitenciers, pour outrage et rébellion, pour vol avec violence, pour toxicomanie et trafic… La fascination pour la déviance est toujours le symptôme des sociétés décadentes. Nous y sommes. Le comble de cette confusion suicidaire sera atteint les 19 et 20 octobre, lorsque « Médine », le « chanteur » de Jihad, se produira au Bataclan ! L’ambivalence de ses propos est assez typique de l’association juteuse entre la provocation et les affaires ! En faire un martyr de la liberté d’expression est une démission de l’intelligence !

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