Editoriaux - Radio - Religion - 11 avril 2018

Accueil des migrants : le livre d’un vicaire coupé du monde

Il faut que des voix s’élèvent. Le titre du livre est ronflant. Mais qu’elles s’élèvent pour quoi faire ? Chanter, crier, dénoncer le procès fait à Dupont-Aignan ? Ah, pas du tout. Selon Benoist de Sinety, vicaire général de l’archidiocèse de Paris et auteur de l’ouvrage, des voix doivent s’élever pour un meilleur accueil des migrants. Oups ! L’ecclésiastique a dû omettre d’allumer son téléviseur, sa radio ou d’ouvrir un journal. Coupé du monde il est. Ne connaît ni BFM, ni RTL, encore moins Libération ou France Inter. Enfin, là où, justement, un concert de voix s’élève à toute heure du jour et de la nuit en faveur de la cause qu’il défend.

– Mais enfin, mon vicaire, vous avez bien entendu parler d’Anne Hidalgo ? Le nom d’Emmanuel Macron ou de François Hollande vous dit peut-être quelque chose ?

– Oui mais… Le combat… Heu… il faut que des voix s’élèvent…

– Mais c’est qu’il serait fatigant, celui-là ! Mais puisqu’on vous dit que c’est déjà fait. Quel est l’éditeur fou qui a accepté votre bouquin ? La collection Harlequin ? Non ? C’est Stock… Maaazette !

Benoist de Sinety : joli spécimen de mutin de Panurge. Celui décrit par Philippe Muray est là. Drapé dans sa toge d’indignation flambant neuve, il est empereur des Roms, champion de la compassion sur canapé… Son cri de ralliement qui résonne sur toute la ville est « Y a qu’à ». Iaaahiaaahihaaa ! Un Tarzan version urbaine. De lampadaire en lampadaire, il se balance jusqu’à ses quartiers de prédilection souvent garantis sans migrants. Y a qu’aaaa !

Dès la première réponse de Benoist de Sinety à l’interviewer du Parisien, la toge a déjà rétréci au lavage : « Ce livre ne prétend pas donner de solutions… » Ça tombe bien, Anne Hidalgo non plus. Et les autres pas davantage. Donc, ça, c’est fait. Question suivante.

« Que faire ? » demande le journaliste du Parisien, au comble de l’angoisse. « À Saint-Germain-des-Prés, un hiver, nous avons accueilli cinq sans-abri », lui est-il répondu. Waouh ! Bonne nouvelle : pour vider l’océan, le prélat fournit la petite cuillère. « Pourtant, accueillir l’autre n’est pas facile », relance l’interviewer au bord des larmes.

Mgr de Sinety : « Cette crainte […] nous empêche de nous intéresser à eux. Pourtant, ces hommes, ces femmes et ces enfants ne sont ni criminels ni voleurs. » Re-oups ! Décidément, le vicaire de l’archidiocèse de Paris n’a pas la télé, ni la radio, aucun magazine. Peut-être pas l’électricité. Écrire un livre à la lueur d’une bougie est méritant. Bon d’accord, on va l’acheter. Pour aider au financement d’hébergement d’un sixième sans-abri.

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