Xavier Raufer l’avait annoncé : le confinement aurait pour effet de baisser la criminalité de rue. Deux mois après, est-ce bien le cas, malgré les échauffourées dans les banlieues ?

Avec le , certains prévoient le réveil d’un soulèvement populaire du type gilets jaunes : qu’en penser ?

Réponses et analyses du criminologue au micro de Boulevard Voltaire.

Nous avions fait le pari d’une baisse prodigieuse de la délinquance pendant le confinement. L’heure est au bilan. Avions-nous raison ?

Ce n’était pas un pari, mais un avis scientifique, de surcroît émanant d’un criminologue. Les criminologues étudient les criminels. Et lorsque vous étudiez un dossier, quel qu’il soit, vous savez ce que les gens font. Si vous savez ce qu’ils font, vous avez une petite idée de ce qu’ils vont faire. Quiconque n’est pas enfermé dans un bureau obscur du côté de la place Beauvau, si vous voyez ce que je veux dire, mais au contraire va dans la rue et va au contact, y compris avec des racailles, ça m’arrive, sait absolument ce qu’ils vont faire.
Dans la tradition républicaine française, le ministre de l’Intérieur est là pour rassurer les Français. Vous le trouvez rassurant, vous, Castaner ? Posez la question, c’est y répondre. Si nous avions eu quelqu’un qui ressemble sérieusement à un ministre de l’Intérieur, et s’il avait été rassurant, voilà ce qu’il aurait fait. Le premier soir, il aurait été au 20 h de la télévision pour dire ce qu’il allait se passer. Dans un premier temps, ça va baisser, et ensuite, ça va reprendre. Il aurait fait ce qu’on fait pour rassurer les gens, ce que font les médecins. C’est ce qu’ils font quand ils disent : « vous aurez de la fièvre dans trois jours et après ça va se résorber ». Mais il en est bien incapable, il ne comprend rien à tout cela… Le pauvre !
Alors qu’est-ce qui s’est passé ? Ce qu’aurait pu vous dire n’importe quel criminologue un peu sérieux à ma place, est qu’il y a plusieurs sortes de criminalités, la criminalité des rues, la criminalité financière, à col blanc, etc. Si on en reste à la criminalité des rues, je vais vous surprendre, elle se pratique dans les rues, c’est-à-dire dans l’espace public. Pour qu’elle soit praticable, il faut que les malfaiteurs soient fondus dans la foule. S’ils sont visibles comme une tache de café sur la robe de la mariée, ils n’y arrivent pas. Ajouté au nombre de caméras de surveillance, ce n’est pas possible. Les voyous se sont donc mis aussi en confinement, car leur activité est devenue elle aussi impossible. Par conséquent, comme nous l’avions déjà dit le 13 mars, ça devait s’effondrer et ça s’est effondré. Entre -40 % et -60 % pour toutes les activités criminelles et délictuelles qui se pratiquent dans les rues, les cambriolages par exemple, les agressions, le deal de drogue. Mais bien entendu, par la suite, le niveau va reprendre et augmenter. Il commence à y avoir et il y aura jusqu’à l’été ou l’automne un effet de rebond.
La vie des criminels est basée sur un principe qui s’appelle l’effet de déplacement. Quand ils ne peuvent pas braquer un truc ici, ils le braquent ailleurs, et quand ils ne peuvent pas le braquer maintenant, ils le braquent plus tard. C’est un déplacement dans le temps ou l’espace. Le déplacement va aussi jouer dans le temps.

Pourtant on entend de la violence dans les banlieues. On a même craint un embrasement des banlieues sur le modèle de 2005. Qu’en est-il exactement ?

D’abord, il n’y a pas eu d’embrasement des banlieues en 2005. C’est une fiction totale. Suite à la mort de deux gamins dans un transformateur électrique, il y a eu des échauffourées, qui se sont prolongées pendant 21 jours, en touchant un quartier à la fois pendant 2 ou 3 jours maximum. Même à Clichy-sous-Bois, à l’endroit même où s’est produit le drame en question, il ne s’est rien produit qui dure plus de 3 nuits maximum. C’est donc une légende. C’est la vieille image de Mao de l’étincelle qui peut mettre le feu à toute la plaine. Il y a eu des étincelles qui se sont promenées à droite et à gauche. Je ne dis pas que les heurts étaient agréables, sympathiques et même explicables, mais en aucun cas, il y a 500 ou 600 cités qui d’un seul coup, toutes ensemble se sont enflammées pendant 21 jours. Ça n’existe pas en 2005, et ça n’existe pas plus en 2020.
Il y a eu un début de panique au ministère de l’Intérieur. Bien sûr, ils sont allés voir leurs journalistes préférés, dont vous n’êtes pas évidemment mon cher Marc, pour leur dire : « Oh la la, c’est grave… ». Ces derniers se sont empressés de reproduire la panique qu’ils ont lue dans les yeux de leur maître. C’est un peu le cas des petits chiens qui s’affolent naturellement quand ils voient que leur maître a peur. À la suite de quoi, ils ont reproduit cette idée absurde de l’insurrection générale des banlieues. Il y a eu des échauffourées, peut-être ni plus ni moins qu’à l’ordinaire, car c’est bien le quotidien des cités. Vous avez vu la semaine dernière, on est hors confinement, il y en a autant que la semaine d’avant ou il y a 15 jours. Oui, il y a eu des échauffourées dans les banlieues. Oui, elles sont difficilement acceptables dans un État de droit. Oui, la France est la seule à avoir de tels épisodes assez régulièrement. Pourquoi ? Parce qu’aucun gouvernement de la Ve République n’a entrepris de régler le problème depuis 50 ans. Les premières émeutes de cette nature se produisent sous François Mitterrand au début de l’été 81 aux Minguettes à côté de Lyon. Ça recommence aux Minguettes. 1981-2020. Vous voyez que ce n’est pas récent cette histoire-là … Il y a eu un effet de panique de la part de certains médias, qui ont manqué de recul et gobent, à mon avis, tout ce que dit le ministère de l’Intérieur, et pour le reste, ces choses-là sont intolérables, mais ça fait 50 ans qu’on les tolère. Ce n’est pas nouveau !

Pourquoi ne règle-t-on pas le problème ?

Tout simplement parce qu’on n’a pas décidé de le faire ! La vie politique est fondée sur un seul critère. Au bout du compte, une fois qu’on a tout vu, tout raconté, fait tous les comités d’experts et conseils des ministres, etc., la vie d’un gouvernement, quel qu’il soit, c’est la décision. Il faut décider de quelque chose. Au lieu d’injurier ou de raconter des sornettes sur ce philosophe, si on s’avisait de le lire, on saurait cette phrase absolument merveilleuse dans ce livre de Martin Heidegger, qui dit : « décider ne se réalise pas en bavardant à ce propos-là, ça consiste à prendre une décision et à savoir que le fait de ne pas décider revient à prendre la pire des décisions possibles ». On y est. On ne fait rien, donc la situation s’aggrave un petit peu plus tous les ans. C’est naturellement d’autant plus inacceptable et intolérable que ça se fait au détriment des gens qui y habitent. 9 personnes sur 10 habitant dans les quartiers en questions rêveraient que ça revienne au calme. Celui qui un jour prendra cette décision au gouvernement, de droite, de gauche, je n’en sais rien, sera réélu jusqu’à sa mort, et notamment par les habitants de ces quartiers. Pensez-vous que c’est agréable de monter une poussette par les escaliers au 5e étage parce que l’ascenseur est occupé par les dealers ? Pensez-vous que c’est agréable de rentrer chez soi avec des pitbulls dans les halls de l’immeuble et qui viennent vous flairer les mollets et vous mordre quand vous faites une réflexion ? C’est la vie de ces habitants. 5 millions de personnes en France vivent comme ça ! On laisse faire. Le criminologue s’en étonne, mais ce n’est pas à lui de prendre la décision. Cette décision est éminemment … POLITIQUE !

Il y a beaucoup de leçons à tirer de ce confinement. Le gouvernement craindrait un soulèvement généralisé à la suite de ce confinement. On parle des Gilets jaunes, ceux qui vont perdre leur emploi. On parle de 2 millions de chômeurs supplémentaires. Ce soulèvement est-il à craindre ?

Je ne sais pas si ça prendra la forme d’un soulèvement généralisé, mais je sais deux choses. Premièrement, certains des ratages des deux mois deniers, du fait de ce gouvernement-là ne seront pas oubliés. Rappelez-vous ce qu’il s’est passé avec Fabius et les affaires de sang contaminé. Les Français n’oublient pas et conservent à vie une détestation durable, si ce n’est éternel, pour ceux qui sont à l’origine de tels foirages. Regardez la suite de la carrière de Fabius…
Deuxièmement, des gens vont se retrouver, plus qu’avant, dans des situations impossibles. Je suis criminologue, je n’ai donc pas à me prononcer sur les phénomènes qui sortent de ma compétence, mais le simple bon sens permet de comprendre que rien n’est réglé. Il y a des gens qui reculent. On a vu à l’œuvre un gouvernement à l’incompétence incroyable. On a vu à quel point ils ont foiré l’affaire des masques, des tests, de la discipline sociale qu’il fallait respecter en pareil cas. Ils ont foiré l’affaire de la fermeture des frontières quand il était encore temps. Maintenant, ils essayent de récupérer à l’échelle européenne ce qu’ils ont foiré à l’échelle française. Ça ne marchera pas mieux. Donc à terme, les gens vont trouver un peu gros d’avoir élu un jeune homme qui avait l’air sympathique sur le fait qu’il semblait compétent. Sans compter la bande de zèbres qu’il avait autour de lui… Prenons madame Belloubet par exemple, 13 000 personnes sorties de prison ou empêchées d’y entrer. Ensuite, le pénible monsieur Castaner qui ne comprend pas grand-chose à pas grand-chose. Castaner, c’est un peu comme un bâtiment frappé d’arrêté de périls. Il a un soutènement Nunez, un soutènement Castex, etc. Autrement, il serait effondré depuis longtemps.
Les gens vont finir par en avoir marre, et on les comprend !

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