[VU D’ARGENTINE] Entre héritage de 1976 et bataille judiciaire, la semaine décisive de Milei

Le style Milei ? Libéral et pragmatique en économie mais fondamentalement patriote et parfaitement décomplexé.
Capture d'écran Casa Rosada
Capture d'écran Casa Rosada

La semaine écoulée a apporté à Javier Milei deux événements importants. L’un très attendu, puisqu’il s’agissait des commémorations du cinquantenaire du coup d’État de 1976, l’autre totalement inespéré, qui a fait l’effet d’une bombe ; il s’agit du verdict d’une cour d’appel aux États-Unis.

L’Argentine libérée d’une dette à 18 milliards

Commençons par le second, qui est de très loin le plus important. En 2012, sous la présidence de Cristina Kirchner, Axel Kicillof, d’obédience trotskiste, alors ministre de l’Économie, décida de produire un effet de communication à caractère fortement démagogique : l’expropriation de 51 % des actions de l’entreprise YPF, fleuron pétrolier argentin détenu par l’entreprise espagnole Repsol. Le problème ne se situa pas à ce niveau (un arrangement fut conclu avec Repsol), mais avec les actionnaires minoritaires. En effet, les statuts d’YPF prévoyaient que dans le cas d’une prise de contrôle, une OPA devait être lancée. Cette clause ne fut pas respectée.

Nous épargnerons au lecteur la description de la complexité juridique qui s’ensuivit, mais un actionnaire engagea un procès devant un tribunal fédéral de première instance, le Southern District de New York, puis fit faillite et vendit les droits à un fonds vautour de financement de litiges, Burford Capital. En septembre 2023, tout à la fin du régime kirchneriste, la juge Loretta Preska condamna l’État argentin à payer une somme de 16 milliards de dollars. En seconde instance, l’affaire passa à l’United States court of appeals avec un pronostic des plus réservés quant aux intérêts argentins.

C’est donc pratiquement contre toute attente que le 26 mars 2026, la cour d’appel infirma le jugement de première instance, libérant l’Argentine d’une dette augmentée, intérêts compris, à 18 milliards (pour donner sa véritable dimension à cette somme, rappelons que l’économie argentine représente un cinquième de l’économie française). Un ultime recours du fonds vautour à la Cour suprême serait théoriquement possible, mais apparemment sans grande chance d’être accepté.

Parfaitement décomplexée et feignant une complète inconscience des dégâts infligés au pays par cette situation pendant les presque quatorze ans écoulés, Cristina Kirchner a revendiqué et s’est approprié l’honneur de la victoire. Cependant, la vigueur des déclarations de Milei, traitant Kicillof, entre autres épithètes, « d’abruti incapable », ne fut tempérée que par la satisfaction intense de voir son pays libéré au plan international d’une pesante épée de Damoclès.

Milei prend de la hauteur

La commémoration du cinquantenaire du coup d’État militaire de 1976 était très attendue et toute la gauche, kirchneriste ou pas, s’était employée à tenter de faire monter la mayonnaise. En effet, les temps sont durs, l’argent nécessaire pour les manifestations monstres se fait rare, voire inexistant, et il faut bien alimenter les colonnes de la presse mainstream. Même la guerre du Golfe, qui pour le moment — c’est triste à dire — favorise plutôt le pays pétrolier du bout du monde qu’est en passe de devenir l’Argentine, est traitée avec beaucoup moins d’angoisse que dans l’hémisphère boréal.

Et pourtant, la poudre s’est révélée quelque peu mouillée et les 200.000 participants à la commémoration, à Buenos Aires ce 24 mars, représentent à peu près le menu auquel les Argentins sont habitués. Un phénomène nouveau, par contre, est apparu avec l’ampleur des divisions entre les différentes factions. Fort heureusement, l’Argentine échappe totalement à tout mouvement fédérateur comme LFI.

Cependant, ce fut l’occasion, pour Milei, de prendre de la hauteur. Sans apparaître directement, il produisit sous forme de vidéo un long communiqué officiel retraçant minutieusement les faits. À cet effet, il confia à un représentant de la droite musclée, Agustín Laje, le soin de raconter une version très différente de la soupe assez fétide que nous servait habituellement la doxa progressiste. Ce fut une production très intéressante, une bonne relecture de l’Histoire, très solide, sans complaisance pour les excès du régime militaire, mais sans attendrissement aucun pour les groupes armés violents qui n’étaient pas très loin de s’emparer du pays.

C’est le style Milei : libéral et pragmatique en économie, mais fondamentalement patriote et parfaitement décomplexé face à l’arrogance des mondialistes, politiquement corrects et donneurs de leçons qui infestent notre monde occidental.

Picture of Michel de Saizieu
Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Des amis argentins de la classe moyenne et de tendance centriste m’ont raconté que la majorité des Argentins vilipendaient les « milicos » (militaires) de tant tarder à intervenir. L’ennui – en particulier dans cette partie du monde, c’est que chargés de faire le ménage, ils éclaboussent partout.
    r

  2. Entre « patriote » et « libéral en économie », y’a comme un défaut … comme aurait dit Fernand !

  3. Pays magifique aux ressources extraordinaires et surtout loin de l’immigration de masse non qualifiée

      • Nous avons, en particulier dans les jeunes classes, des personnes de qualité qui ne demandent qu’à s’y employer. Encore faudrait-il écouter ce qu’ils disent.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Peu importe que les Français soient contre les ZFE tant que Richard Ferrand est pour
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois