[Tribune] Ports européens : portes d’entrée de la drogue sur le continent

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Un récent rapport d’Europol révèle que les trois plus grands ports européens (Rotterdam, Anvers, Hambourg) sont devenus les principales portes d’entrée des stupéfiants en Europe. Mais ces flux illicites se déportent aussi sur des ports secondaires. Il est vrai que 98 millions de conteneurs sont débarqués dans les ports européens et que, face à une quantité aussi considérable, le contrôle est extrêmement difficile. De fait, seuls 2 % du total sont inspectés. Le pourcentage monte à 10 % pour les conteneurs provenant d’Amérique du Sud, continent qui est le grand producteur mondial de cocaïne.

À la difficulté née de ces volumes s’ajoute le fait que les narcotrafiquants utilisent des moyens de plus en plus sophistiqués pour déjouer les systèmes de contrôle et d’inspection, notamment par le détournement des dispositifs d’identification des conteneurs grâce au piratage informatique, ce qui permet de tromper les systèmes d’inspection, notamment en « clonant » des conteneurs.

De surcroît, les trafiquants déversent des sommes colossales pour corrompre les différents acteurs de la chaîne logistique, du grutier au docker jusqu’à des agents des douanes. En fait, la criminalité internationale mène une véritable guerre aux sociétés développées, où se trouvent les consommateurs au pouvoir d’achat le plus élevé, et a su profiter elle aussi de la mondialisation des échanges qui, en pratique, se traduit par une formidable circulation des conteneurs à travers le monde.

Le projet européen d’interconnexion de 323 ports européens qui connecteraient les moyens de transport maritimes, ferroviaires, routiers et aéroportuaires pourrait, de façon indirecte, profiter aux trafiquants et les inciter à diriger leur « marchandise » vers des ports secondaires disposant de moins de dispositifs de contrôle de haute technologie. De surcroît, une fois entrée sur le territoire européen, la drogue peut circuler facilement puisque, en vertu des accords de Schengen, les contrôles frontaliers ont disparu pour être remplacés par des contrôles volants, par définition plus aléatoires.

En dehors des aspects de criminalité, de santé publique, d’économie, la diffusion de la drogue dans nos sociétés et le développement de la toxicomanie sont des questions vitales pour le devenir de l’Europe. Les sociétés minées par la drogue s’enfoncent dans la criminalité mais aussi dans la vulnérabilité. L’histoire de la Chine au XIXe siècle, « le siècle de l’humiliation » pour les Chinois, et les innommables guerres de l’opium devraient nous faire réfléchir.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’après le grand chambardement soixante-huitard, il était de bon ton de s’adonner à la toxicomanie et tel ancien député, figure des barricades parisiennes, n’hésitait pas à dire que fumer « un pétard », c’était comme boire un verre de bon vin. Le problème est que l’usage des drogues prétendues douces, et qui ne le sont pas, alimente un commerce illicite qui est à l’origine d’une délinquance d’une rare violence dans nos banlieues et qui entraîne de très jeunes gens dans une terrifiante dérive mafieuse.

Quant à la consommation de la cocaïne, elle s’est d'abord répandue dans de fausses élites du spectacle, des affaires, voire de la politique, qui disposent des moyens financiers nécessaires pour l’acquérir et qui nourrissent ainsi l’effarante violence des narcotrafiquants et se font complices de ces criminels. Avec cynisme, il était possible de considérer que la cocaïne était la drogue des riches et le cannabis celle des pauvres. Aujourd’hui, les barrières ont sauté et la « coke » étend ses ravages à toutes les couches de la société.

La grande entreprise de déconstruction de la civilisation occidentale se nourrit aussi du trafic de stupéfiants. La drogue détruit les corps et les esprits mais aussi le corps social. La dérive criminelle de certains quartiers en est l’évidente illustration. Les idéologies libertaires et individualistes qui ont gangrené le monde des médias, du spectacle et de la politique ont contribué à banaliser l’usage des drogues, à leur donner la fausse image d’une transgression festive. Pendant ce temps, nos douaniers illustrent le mythe de Sisyphe dans une lutte sans cesse recommencée contre les trafiquants de drogue.

Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

17 commentaires

  1. Si l’on veut mettre fin à tous les trafics, il faut des lois, des ordres donnés par le gouvernement (celui actuellement n’a rien dans le pantalon). Sortir de l’UE pour pouvoir s’occuper de nous correctement sans dépendre des autres. Remettre en place les frontières et le remigrement des illégaux, rétablir la peine de mort (il paraît qu’il n’y a plus de places dans les prisons?).

  2. Ce dont le gouvernement ne se vante pas, qui le fait en catimini: rogner les pouvoirs de la douane, tout repasser au fisc, qui n’est pas sur le terrain (on dit restructurer) pour arriver à la faire disparaître (bien sûr, on nie farouchement): fin de l’autorisation des fouilles sans avis du procureur – les Douanes ont « chopé » trop de politiciens et de gens hauts placés – décidée par le Conseil Constitutionnel lui-même; le fait est que les magistrats détestent qu’un corps de métier leur échappe, puisque ces fouilles étaient faites sans passer par le judiciaire, ce qui permettait d’agir très vite. Dans les ports, comme il ne peut être question de bloquer l’activité le Douanier n’a que trente secondes (oui, vous lisez bien) pour décider si tel ou tel conteneur doit être inspecté. Résultat: drogue et kalachnikovs entrent comme dans un moulin. Tout se débande, y compris pour la police et la pénitentiaire, depuis la loi Taubira (on ne dira jamais assez le mal que cette femme a fait) qui interdit les fouilles au corps après parloir: d’où les téléphones mobiles pour gérer le business depuis la cellule, et la drogue en prison.

  3. En revanche si vous achetez pour 55€ de marchandises aux USA par correspondance, la douane n’oublie pas de vous taxer. L’argent a bien une odeur, celle du con-tribuable.

    • Vous faites erreur: vous payez uniquement alors de la TVA; regardez votre bordereau postal, il n’y a pas de droits de douane. ne blâmez pas la douane, mais la goinfrerie fiscale de l’état.

  4. Avons nous besoin de 98 millions de containers , comment faisions nous avant ? voilà le problème.

  5. Tant que l’Europe s’attaque aux faits et non aux raisons des faits elle prouvent qu’elle ne souhaitent pas vraiment éradiquer le phénomène. Le trafic fait vivre des milliers de famille dans les cités il alimente l’économie parallèle en France comme dans de nombreux pays d’Afrique du nord et d’ailleurs il rentre en partie dans le calcul du PIB Français. Quittes à perdre un peu de liberté supprimons l’argent liquide et une bonne partie des trafics en tous genres disparaîtront ou ce réduiront considérablement

  6. Détruire le cerveau et l’avenir de nos jeunes en leur proposant de la drogue à laquelle ils seront définitivement dépendants, c’est encore participer à la destruction de notre pays.
    Et c’est bien la tâche à laquelle s’emploient actuellement nos dirigeants, non ?
    Alors pas étonnant qu’ils ne fassent que semblant de s’attaquer à l’importation massive de ces produits, ainsi qu’à leurs trafiquants qui agissent en toute impunité !

  7. Pour éradiquer le trafic de drogue, toucher les compagnies maritimes par des amendes monstrueuses avec saisie des navires. Faire pour soi le principe des AMÉRICAINS. la responsabilité de ces transporteurs sera une menace coercitive de remplir les cales de n’importe quoi. Bien sûr nos politiciens seront corrompus pour ce trafic, mais si attrapés, la sanction de la confiscation de leurs biens, et la peine tant redoutée que Badinter annula, mais pour des cas qui touche notre Société et la santé de nos concitoyens, pourquoi pas la rétablir. Je suis persuadé qu’effectivement le ralentissement jusqu’à la cessation de la drogue sera la victoire de notre Société, sans cela tout sera vain.

  8. mais qui donc consomme de la drogue ? mon voisin (et ma voisine) ? mon boulanger ? mon boucher ? mon député ? mon édile et ses conseillés ? il doit bien y avoir des consommateurs, pour tout commerce, c’est le minimum pour exister, alors ? et POURQUOI ce besoin ? question dont on ne voit JAMAIS la réponse

  9. Le numéro 1 de l’importation de drogue est la société MSC, extrêmement proche d’Alexis Kholer, lui même extrêmement proche d’Emmanuel Macron.

    • Et oui. Un trafiquant en liberté. Combien d’affaire judiciaire contre la mafia-Macron ? Et personne ne dit rien ? Combien de cocaïnomane dans ce gouvernement ? Gérard Fauré, dis nous tout !

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