[TRIBUNE] Lettre ouverte à Mme Annie Genevard, ministre de l’Agriculture
Madame le Ministre,
Depuis plusieurs semaines, dans nos campagnes, des décisions s’abattent avec une froideur presque clinique. Elles ne laissent derrière elles ni débats ni alternatives, seulement des exploitations mutilées, des bâtiments vidés, des cours de ferme figées. Des éleveurs sont contraints d’assister, sans pouvoir s’y opposer, à l’anéantissement de leurs cheptels. Ce qu’ils vivent n’est pas une simple mesure sanitaire. C’est un choc. Une violence imposée.
L’abattage d’un troupeau n’est jamais un geste neutre. C’est un arrachement. Un effondrement brutal de ce qui a été construit lentement, patiemment, parfois sur plusieurs générations. Ce sont des années de soins quotidiens, de vigilance constante, de décisions prises dans la solitude, qui sont balayées en quelques heures. Pour beaucoup d’éleveurs, ce moment laisse une trace durable, sourde, intime, que ni les protocoles ni les indemnisations ne parviennent jamais à effacer.
Personne ne conteste la nécessité de protéger la santé animale. Personne ne nie l’obligation d’agir face au risque sanitaire. Mais ce que subit, aujourd’hui, une partie du monde agricole dépasse largement la prévention. Il s’agit d’une application rigide, uniforme et indifférenciée de décisions normatives qui tombent sans égard pour la diversité des situations et sans considération pour la fragilité humaine de celles et ceux qui les subissent.
Des éleveurs sous contrainte permanente
Beaucoup d’éleveurs ont le sentiment d’être placés sous contrainte permanente, réduits au rôle de simples exécutants d’ordres venus d’ailleurs. Ils deviennent les objets d’une procédure. La violence est là. Dans cette dépossession du savoir-faire, dans cette mise à l’écart de l’expérience, dans cette sensation d’être broyés par une mécanique administrative qui ne regarde ni les visages ni les parcours.
Il faut ici nommer clairement les responsabilités. La logique actuelle d’abattage systématique ne procède pas d’un choix souverain pleinement assumé par la France. Elle s’inscrit dans un cadre européen contraignant, fondé sur des décisions et règlements élaborés loin de nos territoires, dans des instances où la réalité concrète de l’élevage français pèse peu face à une approche théorique du risque. L’État français applique, relaie, exécute. Les agriculteurs, eux, encaissent.
Cette chaîne de décisions impersonnelles produit une violence institutionnelle profonde. Une violence d’autant plus redoutable qu’elle est procédurale et implacable. Elle s’exprime dans l’irréversibilité des actes imposés, dans l’absence totale de marge de manœuvre, dans l’impossibilité même de discuter ce qui a déjà été décidé ailleurs.
À cette brutalité s’ajoute une injustice plus large, presque existentielle : celle du deux poids deux mesures. D’un côté, on impose aux agriculteurs français des contraintes sanitaires, environnementales et administratives toujours plus lourdes, toujours plus strictes, toujours plus coûteuses. De l’autre, on tolère, ailleurs, des pratiques infiniment moins encadrées. On exige l’exemplarité ici tout en acceptant le relâchement là-bas. Cette contradiction n’est plus supportable.
Elle est d’autant plus violente que le monde agricole sait pertinemment qu’il pèse peu, numériquement, dans les calculs électoraux. Environ quatre cent mille agriculteurs, dans notre pays. Un chiffre modeste, presque marginal, dans les stratégies politiques contemporaines. Mais ces femmes et ces hommes ne sont pas de simples électeurs. Ils sont des visages, des familles, des lignées, des territoires vivants.
Or, c’est bien ce sentiment qui s’installe. Celui d’une lente mise à l’écart, d’un effacement progressif, parfois vécu comme une volonté implicite de rayer de la carte une agriculture exigeante, enracinée, indépendante. Comme si l’on acceptait, sans jamais l’assumer, l’idée que notre pays pourrait se passer de ses agriculteurs, déléguer sa production alimentaire, renoncer à ce qui fonde pourtant sa souveraineté la plus élémentaire.
Le spectre du Mercosur
Cette logique est d’autant plus inquiétante qu’elle se double de la perspective d’accords commerciaux internationaux, au premier rang desquels celui liant l’Union européenne au Mercosur. Certes, cet accord n’est pas encore ratifié. Mais sa simple existence, son inscription persistante à l’agenda européen, suffisent à nourrir une angoisse profonde dans le monde agricole. Beaucoup y voient le symbole d’un système qui exige toujours plus de nos producteurs tout en préparant leur mise en concurrence avec des modèles agricoles infiniment moins contraignants.
Comment justifier cette asymétrie autrement que par un renoncement politique ? Cette situation alimente un sentiment d’abandon, parfois de colère contenue, souvent de résignation douloureuse.
Gouverner, Madame le Ministre, ce n’est pas seulement appliquer des textes. C’est mesurer leurs effets réels. C’est entendre ce que les statistiques ne disent pas. C’est percevoir la fatigue, la lassitude, parfois le désespoir silencieux qui traversent aujourd’hui une partie du monde agricole. Une agriculture épuisée moralement est une agriculture en danger.
Je refuse que nos agriculteurs soient réduits à des variables d’ajustement. Je refuse que la France agricole soit broyée entre la rigidité technocratique européenne et l’incohérence de choix commerciaux déconnectés du réel. Je refuse que la souveraineté alimentaire de notre pays soit sacrifiée au nom d’équilibres qui ne tiennent aucun compte des vies qu’ils détruisent.
Je vous appelle solennellement à revoir les méthodes, à réintroduire du discernement, de l’intelligence humaine et une véritable considération dans les décisions sanitaires. Je vous appelle également à la plus grande fermeté face à toute logique européenne ou commerciale qui ferait peser sur nos agriculteurs un poids qu’ils ne peuvent plus porter seuls.
Ce combat n’est pas idéologique. Il est humain. Il engage notre capacité collective à ne pas détourner le regard lorsque ceux qui nourrissent la France sont soumis à une violence silencieuse mais bien réelle.
Je vous prie de croire, Madame le Ministre, en l’expression de ma détermination la plus ferme à défendre ceux qui, souvent dans l’ombre, continuent de nourrir notre pays.
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74 commentaires
Décidément, BV répète sans fin la rengaine de l’union des droites.
Cela devient lassant. On se souvient que cette parlementaire appartient à une filiale du parti républicain, celle-ci et celui ci ayant « brillamment » fait barrage au RN et à L’UDR avec les résultats désastreux que nous subissons.
De grâce BV, un peu moins de superficialité !
Je l’ai écouté quelques minutes lors de son intervention sur CNews ce vendredi …
La « Miss véran en jupon » …
Ce qui se passe contre les élevages en FRANCE est ignble et bien plus encore ! …
J’ai vécu dans un « environnement paysan » … Je suis dégoûté par cette poly-tocarde qui dit des mièvreries et qui continue en disant « MAIS » et là tout son fiel ANTI PAYSANNERIE ressort de façon immonde …
Le « régime sanitaire despotique » est inqualifiable tellement il me fait vomir …
Le peuple français est en train de crever à l’image de la persécution contre l’Agriculture française ! …
Elle déteste les animaux.
Ils savent pas ces parisiens que l’hiver les vaches sont à l’étable, donc pas de risque de contagion à d’autres cheptel, il suffisait juste d’isoler la bête malade pendant 3 semaines et de vacciner les autres vaches du troupeau….Mais pour ça faut avoir du simple bon sens paysan, mais ça c’est pas enseigné à l’ENA
C’est clair.
Désolé Monsieur PRAUD les petits hommes gris de France et d’Europe n’ont pas pris le pouvoir, ce sont nos gouvernants, démocratiquement élus, qui leur ont donnés par faiblesse et renonciation, voire compromission. Nous avons donc une responsabilité collective en votant pour eux ou en s’abstenant.
Et sur que la majorité de ces journalistes qui s’égosillent contre ces petits hommes gris ont votés et revotés pour macron, que tous étaient pour la constitution européenne en 2005…Raison pour laquelle la trahison de sarko, en 2007 est passée sans problème
Bien dit, Zonzon, M. Praud n*est pas un journaliste « pro » comme il aime se présenter mais un journaliste médiocre, superficiel et conformiste.
Le problème ce sont ces ministres interchangeables .
Qui y connaissent strictement rien dans leur ministère.
Un B Lemaire qui ministre de l’agriculture incompetent passe ministre du budget.
Et cette ministre est professeur de lettre moderne comme formation .
Donc elle y connaît encore strictement rien en agriculture .
Ce gouvernement me dégoûte!
Ce qu’il y a de bien avec votre excellent commentaire c’est qu’on peut l’appliquer à absolument toutes les décisions de la macronie, à commencer par Jupiter lui-même.
Mes deux premières branches de Généalogie viennent de l’Ariège et de l’Aude, c’est vous dire que j’ai connu beaucoup d’Agriculteurs dont un Cousin qui vit encore dans une Ferme. Je suis outré de nos Ministres passés ou actuels qui ne sont même pas capables de gérer les Préfets. Honte à tous ces hommes gris, au crâne d’œuf que l’on voit à la TV. STOP ou ça va mal finir.
Sauf erreur de ma part on n’a pas vu Annie Gennevard aller à la rencontre de ces agriculteurs en détresse. Le courage n’est pas une vertu cardinale chez ce tas de nuls qui prétendent diriger la France !
Madame Genevard, mandée par Macron, n’a pour mission que d’être le fossoyeur de l’agriculture française, sacrifiée à l’autel de l’Europe et de la mondialisation heureuse qui ne fait que des morts. Son rôle, à l’exclusion de toute autre chose, est d’essayer de faire couiner le moins possible la paysannerie, qu’elle crève en silence. Pas de vagues sociales siouplaît. Ce qui reste du quinquennat de Macron va montrer le visage sans voile de la détestation de la France, du maléfice auquel Macron voue le pays, avant qu’il ne parte satisfait de lui-même. Partout ce pays s’écroule.
Tu sais suffit de se rappeler des images de cette ministre en haut talon dans une pâture pour comprendre qu’elle s’y connait autant en agriculture que moi en chirurgie abdominale…
la poitique bruxelloise et française vise à supprimer l’agriculture française telle qu’elle est pour faire des entités de plusieurs milliers d’hectares et faire de l’intensif, notre gouvernement depuis maintenant 10 ans détruit l’agriculture et l’industrie, voir Brandt, arcelor mittal, pour les plus gros, mais on ne parle pas des netreprises de 10 salariés ou moins qui ferment aussi par cetaines celles là on en parle pas, la destruction continue de l’agriculture notamment l’élevage, pas les céréaliers (la FNSEA) du moins son président lui veut l’abattage des bêtes, comme solidaité on trouve mieux, mais la ministre va aussi devoir mettre en adéquation la suppression de postes de fonctionnaires de l’agriculture (16000 postes contre 900 en Allemagne) allez continuez à détruire il n’y a que ça que vous sachiez faire.
« Gouverner, Madame la Ministre, ce n’est pas seulement appliquer des textes. C’est mesurer leurs effets réels. » Remarque absolument fondamentale. Cela fait partie du B-A BA de tout chef d’entreprise chaque fois qu’il prend une décision.
» Je vous appelle solennellement à revoir les méthodes, à réintroduire du discernement, de l’intelligence ».
Votre requête ne sera pas exaucée. Pourquoi ? Parce que les ministes de Macron ne sont pas nommés en fonction de leurs compétences ni de leur intelligence. Le seul et unique critère est la servilité.
Par exemple, Il y a quelques jours lors d’un raout de com organisé par elle à Rungis, devant des cageots de magnifiques légumes de toutes les couleurs, Madame Gennevard s’est efforcée de prendre un ton martial pour expliquer que l’agriculture Française est en « guerre ». Cette logorrhée montre qu’elle suit avec le petit doigt sur la couture du pantalon le discours de son « sAigneur » de la France, et mEtre qui évalue le monde à l’aide tableur. Car depuis que Macron dirige la France dans le précipice, la guerre est devenu un sujet à la mode. Le covid ? La guerre ! L’Ukraine ? La guerre, ce qui ici n’est pas faux. Le Mercorsur ? Pas de guerre on baisse son froc .
Après son lamentable discours, les trois premières minutes suffisaient pour se faire une idée qu’elle ne savait absolument pas de quoi elle parlait, personne ne lui a rappelé que pour la première fois depuis 50 ans la balance commerciale agricole est déficitaire et qu’elle est le ministre sous lequel cette catastrophes se sera produite.
Enfin Wikipédia nous dresse le parcours universitaire de cette dame. Elle a obtenu deux licences (lettres classiques et d’histoire de l’art), elle est reçue au CAPES de lettres classiques1977. Après elle a fait carrière au RPR. Elle était donc prédestinée à être ministre de l’agriculture…
Mais que fait Attal? Toujours caché derrière une botte de foin pour conserver une chance bien mince aux élections?
C’est perdu d’avance pour lui et Edouard « trop tard », et pour le PS et LR ce sera pire, ce sera l’an pire: 2027!
Quant on confond sciemment ultragauche et agriculteurs français, on est probablement titulaire d’un label de menteur, prêt à tout pour garder son poste de dernier ministre « macronien ».
Dehors les imposteurs.
Solidaire avec nos vrais agriculteurs, pas les lobbyistes!
Merci infiniment Madame Véronique Besse pour cette belle lettre ouverte, pleine d’humanité, de bon sens, de vérité, et d’empathie envers la souffrance de nos éleveurs et nos agriculteurs qui nourrissent la France, et ne sont pas considérés comme ils le méritent.
J’espère que votre lettre interpellera la Ministre, et qu’elle saura y répondre à la hauteur de la qualité de son contenu.
Total soutien à nos éleveurs et nos agriculteurs. Immense respect pour leur courage et leur labeur admirable.
Très beau commentaire.
Quand nous voyons l’appareil d’État qui se met en place contre les agriculteurs, lorsque nous voyons des véritables tanks, appelés des Centaure, s’en prendre aux véhicules des paysans, durement achetés à la sueur de leur travail, et que nous voyons l’État de Macron s’en prendre à eux comme s’ils étaient des délinquants, quand ils foutent une paix royale aux racailles et aux dealers, présents sur 1500 points en France, alors, oui, il s’agit d’une agression contre le peuple français et ses paysans qui ne veulent pas mourir, d’une violence d’État ici injustifiée.
L’UE et la macronie nous tuent à petit feu. Ça va mal finir.