[Tribune] Aux obsèques de Delors, Macron et l’eurocratie en majesté

macron

« Ils sont venus. Ils sont tous là. » L’hommage national rendu à Jacques Delors a rassemblé, outre la famille et les proches, tout ce qui compte dans l’Union européenne. L’eurocratie en majesté avec Charles Michel, Ursula von der Leyen, Roberta Metsola et Christine Lagarde qui président les institutions majeures de l’UE : Conseil européen, Commission, Parlement européen, Banque centrale.

Viktor Orbán aussi, qui pourtant ne partage pas la conception que Jacques Delors avait de la construction européenne. Faut-il s’en étonner ? La corruption des mœurs politiques, due notamment à la gauche qui croit nécessaire d’exacerber les oppositions, a fait oublier que, dans un combat politique civilisé, il est possible de respecter son adversaire. Orbán a encore les mœurs de la vieille Europe.

Un Européen convaincu

Emmanuel Macron a saisi l’occasion de cet hommage pour se poser en « Européen » convaincu. À la vérité, son discours rendait bien compte de la vie et des engagements de Jacques Delors, lui qui nous a légué un système qu’il définissait lui-même « d’allure technocratique » et agissant sous l’impulsion d’un « despotisme doux et éclairé », et dont l'ami Padoa-Schioppa, économiste italien, précisait même, dans un article de la revue Commentaire, qu’il « ne procède pas d’un mouvement démocratique ».

Notre président de la République s’est donc fait le champion de cette Union européenne là, ce « premier empire non impérial », selon José Manuel Barroso, ancien président de la Commission. Cette construction dans laquelle « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens », comme l’affirmait son successeur Jean-Claude Juncker. À l’évidence, Emmanuel Macron a fait de cette « Europe » son cheval de bataille, non seulement parce que les élections européennes ont lieu en juin prochain, mais aussi sans doute parce qu’il ne peut se représenter au terme de son second mandat et qu’il faut bien penser à l’avenir.

Création d'un État supranational

Les élections à venir seront-elles l’occasion de sortir de « l’ambiguïté constructive », cette taqiya européenne qui consiste à cacher aux électeurs les buts réels poursuivis par la nomenklatura européenne ?

Les macronistes nous diront-ils qu’ils souhaitent la création d’un État supranational européen centralisé, c'est-à-dire l’accélération de ce qui se trame aujourd’hui et qui n’a rien a voir avec une fédération où les responsabilités de l’État fédéral et les États fédérés ont des pouvoirs et des responsabilités bien définis. Car dans le système actuel, l’Union européenne peut étendre indéfiniment ses compétences si, par volonté, lâcheté ou connivence, les oligarchies des États membres y consentent. Avoueront-ils que la « souveraineté européenne » n’est qu’un leurre, puisque l’UE ne dispose pas des éléments - la puissance militaire, l’avance technologique, la domination culturelle, la force économique - qui assurent l’imperium américain ? Nous expliqueront-ils qu’il ne peut y avoir de démocratie européenne car il n’y a pas de demos, de peuple européen, et que, dès lors, il n’existe qu’un « aréopage technocratique, apatride et irresponsable » (Charles de Gaulle, le 9 septembre 1965) ?

Les Républicains nous expliqueront-ils enfin quelle est leur conception de l’Union européenne, eux qui sont les héritiers d’un président de la République qui bafoua sans vergogne le vote référendaire du peuple français ? Nous diront-ils qui ils veulent tromper, leurs électeurs ou le groupe dont ils font partie, dont l’article 3 des statuts indique que son but est de « promouvoir le processus d’unification et d’intégration fédérale en Europe en tant qu’élément constitutif de l’Union européenne » ?

Il n’est qu’un choix raisonnable, le 9 juin prochain. Celui de la clarté et de l’efficacité. Clarté dans le choix d’une Union européenne au service des nations et non désireuse de se substituer à elles, reposant sur des projets d’intérêt commun et une stricte limitation des pouvoirs de la Commission. Efficacité en portant ses voix sur la liste qui aura la faculté de peser le plus au sein du Parlement et d’être l’axe d’un large groupe respectueux des souverainetés nationales. Même dans un scrutin proportionnel, il existe un vote utile. Ne laissons pas passer une chance qui sera peut-être la dernière.

Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Pour en revenir aux hommages, qu’en est-il de l’hommage que cet ersatz de président était sensé rendre aux plus de quarante Franco-Israélien assassinés par le Hamas le 7 octobre ( Plus de 3 mois après, toujours rien). Mais il y a moins de risque d’enflammer les banlieues en honorant Delors que des Juifs assassinés par des islamistes. Encore 3 ans à supporter ce déshonneur, ça va être dur.

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