Editoriaux - Société - Table - 16 juin 2017

Task force : la montagne va (encore) accoucher d’une souris

Emmanuel Macron nous avait prévenus : la lutte antiterroriste n’est pas sa spécialité. Et son programme électoral, à l’exception de la constitution d’une task force énigmatique pour lutter contre l’État islamique, ne contenait que quelques vieilles recettes éculées ayant déjà fait la preuve de leur efficacité relative. Il n’empêche, le prochain Conseil des ministres devrait examiner un nouveau projet de loi, destiné à favoriser la lutte contre un phénomène qui a déjà fait, dans notre pays, plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés. La philosophie annoncée de ce énième projet : sortir de l’état d’urgence en banalisant, par la loi ordinaire, des mesures autrefois exceptionnelles. Ainsi, perquisitions administratives, placements en résidence surveillée ou gardes à vue prolongées devraient se retrouver dans le droit commun des pratiques policières. Seule condition : qu’il s’agisse de terrorisme.

Par ailleurs, la fameuse et si mal dénommée task force devrait voir le jour. Composée, vraisemblablement, d’une soixantaine de personnes, le rôle cette future cellule opérationnelle, directement placée auprès du président de la République, devrait assurer le pilotage des actions des services de renseignement : DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), DRM (Direction du renseignement militaire), DRSD (Direction du renseignement et de la sécurité de la défense), DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières) et Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins). Certaines dispositions qui existent déjà, comme la fermeture des mosquées salafistes qui se livrent à des prêches radicaux ou la pose de bracelets électroniques sur des individus identifiés comme étant potentiellement dangereux pour la sûreté de l’État, seront également banalisées. Le tout sans contrôle de l’autorité judiciaire, dont on sait pourtant qu’elle est la gardienne, selon notre Constitution, de nos libertés individuelles.

Le nouveau projet de loi qui verra le jour d’ici quelques semaines ne devrait donc pas révolutionner la lutte antiterroriste. Et si son efficacité peut d’ores et déjà être mise en cause en raison d’un contenu qui n’a rien de novateur, de nombreuses questions se posent déjà. Ainsi en est-il de cette nouvelle task force, qui sera pilotée par le très chiraquien Pierre de Bousquet de Florian, ancien directeur de la DST (Direction de la surveillance du territoire) au début des années 2000, et sur laquelle peu d’informations ont filtré. Quel sera son positionnement par rapport à l’UCLAT (Unité de coordination de la lutte antiterroriste) et l’EMOPT (État-major opérationnel de prévention du terrorisme) ? Aura-t-elle uniquement un rôle de coordination ? Aura-t-elle une activité directement opérationnelle ? En bref, donc, cette nouvelle structure viendra-t-elle s’ajouter au mille-feuille existant ? Auquel cas, on pourrait en faire l’économie. Ou bien s’agit-il du début d’une véritable reconstruction des services de renseignement, chose qui serait alors fort utile ?

Pour le reste des mesures annoncées, on ne peut que rester sceptique. Car, en effet, c’est à la base et dès l’origine qu’il faut combattre le djihadisme. Tout d’abord, en contrôlant nos frontières de manière rigoureuse, ainsi que les flux de réfugiés qui arrivent en Europe et qui dissimulent des terroristes en puissance. En neutralisant sur zone, ensuite, les combattants qui s’apprêtent à rejoindre leurs pays d’origine, dont on sait qu’ils en feront leurs futurs lieux de djihad. Enfin, en affinant la recherche, sur notre sol, des islamistes radicalisés qui ne manqueront pas, le moment venu, de passer à l’acte depuis le cœur de nos quartiers sensibles.

Alors que l’on sait que les Français représentent le plus gros contingent de Daech – environ 700 personnes, dont 400 hommes et 300 femmes – et qu’à cela s’ajoutent 400 mineurs, dont la moitié âgés de moins de cinq ans, qui n’ont connu que la guerre, de simples bricolages législatifs ne suffiront pas à endiguer ce fléau qui menace de mort nos sociétés occidentales.

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