[REPORTAGE] Tuberculose dans l’Orne et abattage de troupeaux : au cœur de la révolte
« Vous voulez qu'on crève, ça fait quatre ans qu'on croule sous les dossiers ! » : derrière ces paroles adressées au préfet lors d'une réunion publique pointent l'angoisse et la colère d'une si jeune éleveuse laitière, installée depuis seulement quatre ans dans l'Orne. Ce même mal-être que l'on retrouve marqué sur tous les visages invités à s'exprimer dans cette salle paroissiale à Athis, petit bourg du fin fond de l'Orne qui réunissait, ce 12 janvier, bon nombre d'éleveurs frappés par la tuberculose bovine et décidés à dire stop à l'abattage de leurs bêtes.
Une jeune éleveuse interpelle les autorités lors de la réunion publique entre le préfet et les éleveurs à Athis (Orne) : « Vous n’en avez strictement rien à foutre ! » pic.twitter.com/fPeqo8wIe7
— Boulevard Voltaire (@BVoltaire) January 12, 2026
Dans cette belle Suisse normande en effet, ces derniers jours, quatre troupeaux de bovins, soit 1.300 animaux, ont été abattus ou sont menacés de l'être pour cause de tuberculose, et dix exploitations restent dans l'attente des résultats de tests. La même terre qui, pendant des siècles, a assuré, par sa production de lait, de viande et de beurre, la fierté paysanne pourrait bien voir son destin définitivement basculer après des décennies de PAC (politique agricole commune instituée par l'UE) et de mondialisation qui ont transformé le métier d'agriculteur et achèvent de faire des éleveurs une profession en voie de disparition. L'épidémie de tuberculose comme chaque année n'arrange rien, explique un éleveur à BV : « Tous les ans, c'est la même angoisse, on trouve des bêtes positives à la tuberculose, et ça peut être un abattage total. » Pour désamorcer cette colère, calmer les esprits et tenter de trouver des solutions, le préfet du département tenait réunion publique, ce lundi 12 janvier, dans le village d'Athis déclaré ville morte, le temps d'une journée, par ses paysans.
Opération ville morte à Athis (Orne) aujourd’hui pour protester contre la politique d’abattage des troupeaux touchés par la tuberculose. Le préfet et le député Jérôme Nury tiennent une réunion publique pour échanger avec les éleveurs, ceux-ci sont venus extrêmement nombreux. pic.twitter.com/eUgfT0jmTt
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« Dans dix ans, il n'y a plus d'élevage »
La salle est comble et surchauffée. Tous n'ont pas pu entrer pour y exprimer leurs doléances. L'épidémie de tuberculose bovine revient, tous les ans, hanter les esprits avec son long cortège de tests des animaux, d'attente des résultats avec, à la clef, les traumatisants abattages systématiques en cas de résultats positifs. Mais cette année est un peu différente : la crise de la dermatose nodulaire et sa gestion calamiteuse ailleurs ont exacerbé les tensions, porté sur le devant de la scène la misère des agriculteurs et remis en question la gestion des autorités guidées par le principe de précaution. « En France, on veut laver plus blanc que blanc, on est un petit peu comme mère Denis », explique à BV l'un de ceux qui sont restés patiemment dehors en attendant la fin de la réunion, en référence à la cultissime publicité de lessive. Pourtant, poursuit-il, « les tests faits pour détecter la tuberculose chez les bêtes ne sont pas fiables à 100 %, ça fait des années que ça dure. On se fait tuer des bêtes qui ne sont pas malades, j'ai deux bêtes qui ont été abattues il y trois ans qui se sont avérées négatives. » À l'intérieur de la salle, un de ses collègues met les pieds dans le plat : « On est en train de stigmatiser des régions particulières qu'on préfère sacrifier telles la Suisse normande ou l'Aquitaine pour conserver les statuts indemnes [de toute maladie, NDLR] de toute la France. Dans dix ans, il n'y a plus d'élevage, est ce que c'est ça qu'on veut ? »
À Athis, cet éleveur nous explique pourquoi il est de plus en plus difficile de reconstituer les troupeaux : « Il y a de moins en moins de bêtes sur les exploitations. Monter un troupeau nécessite deux, voire trois générations ; pour l’abattre, en deux heures c’est fait. » pic.twitter.com/39tmC7j2in
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Un préfet de passage
La question de la fiabilité des tests pour la tuberculose revient en boucle lors des échanges ; les autorités sanitaires présentes acquiescent. Le préfet - qui avoue ne pas avoir conscience de la problématique locale, étant arrivé de fraîche date dans la région - s'empresse de bien noter. Très à l'écoute, il tente : « Je ne voudrais pas vous laisser penser que l'administration veuille nuire à l'élevage. » Mais qu'attendre d'un haut fonctionnaire qui aura disparu dans deux ans, muté vers d'autres cieux ? Jérôme Nury, le député divers droite de la circonscription, est présent aussi, fidèle à ses engagements de campagne de se tenir aux côtés des exploitations familiales. Chacun tente de trouver des solutions, mais les éleveurs ne semblent guère se faire d'illusions.
L'un d'eux se lève pour prendre le micro : « L'abattage partiel, c'est mieux, mais ça ne marche pas ; la désinfection [des bâtiments, NDLR], ça ne marche pas non plus, ça donne du boulot et ça ne sert à rien car les vaches réinfectent le bâtiments le lendemain. » Il pointe du doigt la source de la contamination : « Il faut faire des rallonges au niveau de la chasse. ». Une remarque qui en fait réagir plus d'un : autorités sanitaires et paysans s'accordent en effet à penser que les blaireaux et les sangliers qui pullulent sont les premiers pourvoyeurs de la tuberculose. L'intervenant insiste : « L'arrêt de la chasse, c'est terminé, il faut chasser, il faut chasser. » « C'est même mieux que ça, abonde un de ses collègues qui prend à partie les autorités, on est envahis, on supporte ces bêtes-là et vous ne faites rien pour les faire abattre. L'UE a sorti des règles pour combattre la tuberculose, mais comme d'habitude, on tape toujours sur la victime mais pas sur le responsable. C'est le cochon qui est responsable, il doit être fusillé en premier. »
Ces éleveurs ont eu des propositions très concrètes lors de la réunion publique à Athis pour lutter contre la tuberculose : alléger le protocole de l’abattage partiel, trouver une solution avec les laiteries, libéraliser la chasse au sanglier. pic.twitter.com/c7tYtvdlnZ
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« Ils sont au courant du prix des animaux, à Paris ? »
Les échanges se poursuivent autour de la fameuse indemnisation des éleveurs privés de leurs bêtes - l'équivalent de « trois mois de revenus du lait ». Dérisoire et tardif, pour l'essentiel des éleveurs présents. Elles sont « évaluées par des expertises contradictoires puis envoyées à Paris », assurent les services vétérinaires présents à la réunion, une précision qui fait réagir : « Ils sont au courant du prix des animaux, à Paris ? », lance, goguenard un des participants. Maigres prix de consolation « qui devraient être enfin défiscalisés si la loi budgétaire est votée, je me suis battu pour cela à l'Assemblée », intervient Jérôme Nury, devant des éleveurs qui, les uns après les autres, soulèvent l'immense difficulté de reconstitution d'un troupeau abattu.
Ces éleveurs ont eu des propositions très concrètes lors de la réunion publique à Athis pour lutter contre la tuberculose : alléger le protocole de l’abattage partiel, trouver une solution avec les laiteries, libéraliser la chasse au sanglier. pic.twitter.com/c7tYtvdlnZ
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Deux heures pour abattre un troupeau
« À force de tuer les bovins, il n'y en a plus, il n’y a plus d’éleveurs, les jeunes n’ont pas envie de se lancer dans un métier où il n’y a pas de vacances et où on ne gagne pas d’argent ; l'élevage, c'est le parent pauvre de l'agriculture », explique à BV Anne-Valérie, élue de la Coordination rurale dans l'Orne.
« À force de tuer des bovins, il n’y en a plus ! » alerte Anne-Valérie, de la coordination rurale de l’Orne. « Il n’y a plus d’éleveurs, les jeunes n’ont pas envie de se lancer dans un métier où il n’y a pas de vacances et où on ne gagne pas d’argent. » pic.twitter.com/9WQwa6awGg
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La reconstitution des troupeaux (« repeuplement ») se heurte en effet à une double difficulté : outre les prix des bêtes qui, mécaniquement, se sont envolés, le savoir-faire dans le temps long est lui, impossible à rattraper : « Monter un troupeau nécessite deux voire trois générations ; mais pour l'abattre, en deux heures, c'est fait », nous explique notre éleveur qui patiente toujours sous la pluie.
L'issue de la réunion ne laisse guère place à l'optimisme. Les derniers à s'exprimer sont bien amers : « S'ils veulent tuer nos vaches et emmener les paysans, qu'ils nous mettent directement la corde au cou. » Un autre prévient : « Si on n'est pas écoutés, on fera autrement. » Tous déplorent le manque de volonté politique, chacun y va de sa remarque : l'État ne prend pas les moyens pour « avancer sur ces maladies-là depuis le temps qu'elles existent », « il faudrait que les scientifiques se penchent sur la fiabilité des tests, mais ça implique des capitaux. La question est : est-ce qu’on veut encore investir dans le cheptel français ? ». Parmi les présents, certains étaient « montés à Paris » la semaine dernière, heureux d'y être mais revenus sans illusions. À quelques mètres de la salle paroissiale, l'église du village fait sonner son clocher, pour l'un des habitants d'Athis qu'on enterre à côté, sous la pluie de ce petit coin de l'Orne qui ne veut pas mourir.
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18 commentaires
mais quand vont ils s’arrêter d’abattre des troupeaux entiers ?
si encore ils abattaient LA vache malade (encore qu’on puisse la soigner) a l’abattoir sans que ça risque de contaminer les autres vaches/cadavres, ni les consommateurs, et ça ne nuirait pas a l’éleveur, mais là, on tue des troupeaux entiers, la ferme et l’éleveur qui ne s’en relèvera pas (c’est vrai qu’il lui reste le choix de l’euthanasie, légale)
Tout ça c’est une histoire de tests. Si on avait, dans les années 50, fait autant de tests et d’analyses qu’aujourd’hui, on aurait déjà, à l’époques dû abattre la moitié des troupeaux Français. Je discutais avec un vieux médecin de campagne de l’augmentation des gens atteints de cholestérolemie. Mais non, m’a-t-il,dit, il n’y en a pas plus qu’avant mais on a baissé les seuils à partir desquels on considère que vous avez trop de cholestérol… alors bien sûr ça touche fait plus de monde… Mais surtout ça permet aux laboratoires de vendre plus de médicaments…
Une fois de plus, comme depuis l’aube de l’Humanité, on résout le problème par la tuerie universelle. C’est la faute aux méchants sangliers, et bien entendu, ce n’est pas la faute de ceux qui entretiennent leur prolifération par l’agrainage pour satisfaire au besoin viscéral des chasseurs de tuer. On se fout de qui ??
Par dieu, il faut bien faire place nette pour le mercosur !
A croire que des êtres maléfiques innoculent le bétails des exploitations pour activer leurs disparitions.
S’il existe un troupeau qui nuit gravement à la santé publique et qui devrait être abattu c’est celui des ronds de cuir de Bruxelles et leurs complices français.
Jamais le proverbe « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage » n’a été autant d’actualité. Nos technocrates (à qui, si on leur donnait le Sahara à gérer, au bout de 3 ans il faudrait importer du sable d’ailleurs), pour justifier leur mercosur, font tout pour limiter le cheptel français. C’est un scandale dont ils devront rendre compte.
Le prefet avoue ne pas connaître. Comme toujours les tarés de l administration française. Il vient d être nommé donc ne connaît pas les problématiques locales ( personne pour lui expliquer??) Dans 2 ans soit il les connaitramais sera nommé ailleurs ( car il aura eu de bons resultats). Soit il n aura rien fait sachant qu’il sera nommé ailleurs.
Entre la peur de l’extrèmisme brandie régulièrement et la confiance naïve du citoyen français dans l’Etat protecteur , les gouvernements successifs ont mené le peuple sur des chemins que celui-ci , bercé par les promesses de croissance économique et d’avenir radieux n’aurait jamais emprunté , guidé par son bon sens populaire .
et voilà, ça continue, après la dermatose nodulaire, un autre prétexte. Ce gouvernement veut la mort de nos agriculteurs. Français, réveillez-vous!
Vous n’arrêterez jamais les fonctionnaires trop nombreux, prétentieux, trouillards et fainéants. Reste qu’être en déficit alimentaire dans un monde aussi instable relève d’actes criminels.
Agriculture…une mort voulue et annoncée
Il faut revoir la façon que traitent les services sanitaires qui veillent sur la santé des élevages.
Peut on être d’accord d’éliminer des centaines d’animaux sains quant quelque un sont malade, il semble que c’est pas logique même avec la close de prévention surtout quant on sait que la France avec Macron est devenus déficitaire alimentaire.
En effet. Heureusement que lors de l’épidémie du covid, l’un de ces illuminés n’a pas eu l’idée qu’il faudrait euthanasier l’ensemble de la population afin d’être débarrassé de la maladie.
Préfet, Sous-Préfet, Députés, fonctionnent sur le même principe puisque payés par l’Etat, celui-ci fonctionnant avec l’argent de nos impôts, l’argent de ceux qui travaillent et qui produisent et ne sont surtout pas assistés. Le calcul de la caste politique est simple, créer des problèmes, des besoins et dépendances, pour contraindre le peuple de France aux dictats de cette république avilie par des marchés mercantiles.
La France n’est plus pour la caste polico-financière qu’une aire de consommation sans identité propre, un conglomérat de populations hétérogènes. Circulez à rien à voir et surtout force reste à la loi ! la loi des nocifs et malfaisants !
L’Etat est en train de mettre en oeuvre une famine généralisée !
Ce qui est le plus flippant c’est qu’historiquement, ceux qui ont affamé leur peuple jusqu’à le décimer était d’horribles tyrans. On ne s’attend quand même pas en France à subir ça.
Neron qui se prenait pour un grand artiste, jouait de la lyre en regardant Rome brûler dans l’incendie que, dit-on, il avait lui même allumé. Macron, lui, déclame, organisant des panthéonisations, des colloques, des réunions de chef d’états, des hommages où il adore se mettre en scène et parader pendant que plonge la France qu’en 9 ans il a mené à l’abîme…