Renommer le boulevard Lannes du nom d’une victime ukrainienne, dans quel but ?

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Une tribune parue dans Le Monde, ce 8 octobre, expose la revendication de plusieurs auteurs conjoints. Galia Ackerman, Raphaël Glucksmann, Bernard-Henri Levy ou encore Manuel Valls figurent au nombre des signataires. La demande est simple : rebaptiser le boulevard Lannes du nom de l’écrivain ukrainienne Victoria Amelina, tuée en juin 2023 lors d’un bombardement à Kramatorsk.

Cette tribune doit être étudiée par la commission d’attribution des noms de rue de la ville de Paris. Elle sera ensuite votée au Conseil de Paris. Aucune échéance n’est pour l’instant prévue pour le vote de ce projet, selon les dires de ce Conseil.

« Le projet suscite une vive émotion »

Le boulevard Lannes est un lieu riche de culture française puisque Paul Claudel, Joseph Kessel, Brigitte Bardot ou encore Édith Piaf et d’autres y avaient leur résidence. Les férus d’Histoire y sont attachés. Avant même sa réalisation concrète, le projet suscite une vive émotion. Christopher Lannes, spécialiste de Napoléon, s’indigne, sur X (anciennement Twitter) – soutenu par Jean Yves Le Gallou, ancien député européen : « Ces gens règlent donc leurs comptes aux dépens de notre Histoire et de notre identité. » Et pour cause : pourquoi ont-ils choisi ce boulevard pour honorer la mémoire de cette victime ? Parce qu’au numéro 40 se trouve l’ambassade de Russie. « Prétexte léger », réagit l'essayiste Dimitri Casali, joint par BV. Un pied-de-nez à Poutine, somme toute. Pourtant, le maréchal de France a combattu à Pultusk, en décembre 1806, et à Friedland contre l’armée russe de Bennigsen. L’adresse de l’ambassade était déjà peu accueillante, compte tenu de son histoire.

« On a nos propres héros, en France »

Aussi noble que soit la cause, on ne peut pas évincer les plus prestigieux héros du patrimoine français. « Si le maréchal Lannes a son boulevard, c’est qu’il le mérite hautement après ce qu’il a fait pour la France », confie encore Dimitri Casali. « Le problème est que cette Ukrainienne, aussi talentueuse soit-elle, n’a rien à voir avec notre Histoire. »

Le mouvement woke et la cancel culture sont devenus si puissants que tout est bon pour rebaptiser les collèges, les rues et les places. « Ceux qui ne rêvent que de déconstruire notre Histoire et de l’effacer de l’espace public ne se feront pas prier pour s’engouffrer dans cette brèche dangereuse », avertit Christopher Lannes, sur X. On change de nom de rue quand on veut changer la société. Ainsi, la place Louis XV devint la place de la Concorde, le quai des Théatins devint le quai Voltaire.

Célébrer les victimes, oublier les héros

Outre l’aspect idéologique, changer le nom de cette plaque de rue, en place depuis 1864, c’est casser la logique de la chaîne des boulevards des Maréchaux qui ceinture Paris. « Donnons à cette écrivaine (sic) le nom d’une rue adjacente, d’un square ! » a proposé Éric Anceau, historien spécialiste du Second Empire, sur X (anciennement Twitter).

Après les statues de notre Histoire que l’on déboulonne, c'est au nom même de ces figures que l'on s'attaque. Les évincer des odonymes du pays, c’est les effacer de la mémoire collective. On célèbre les victimes et on en oublie les héros.

Ce n’est pas la première fois que les déconstructeurs s’attaquent aux plaques et leur geste n'est jamais anodin. En septembre 2022, par exemple, une rue de Stains (Seine-Saint-Denis) a temporairement été rebaptisée du nom de Khadija Bint Khuwaylid, femme de Mahomet. Ce n’était alors qu’éphémère, pourvu que ça dure…

Raphaelle Claisse
Raphaelle Claisse
Journaliste stagiaire à BV. Etudiante école de journalisme.

Vos commentaires

36 commentaires

  1. Je me demandais quels étaient les abrutis qui pouvaient émettre de telles idées. Et puis j’ai vu le nom de Bernard Henri Levy… j’aurai dû m’en douter. Des qu’il’ y a une ineptie à faire, il est là. Peut- être va-t-il, avec la talent qu’on lui connaît pour sortir des navets, faire un film sur cette brillantissime bêtise. Une idée pour la promotion : une photo de BHL sous la plaque franchement posée, entouré de ses camarades. Pour lui, bien sûr ont mettre un petit banc sur lequel il pourra monter, pour dépasser tous les autres sans être obligé de se mettre, comme d’habitude, sur la pointe des pied. Qu’on voit bien que c’est lui l’imbécile en chef…

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