Programme logement du nouveau maire de New York : le parfait logiciel gauchiste

L’objectif implicite ou explicite est de créer des citadelles électorales inexpugnables.
Photo David Skyrus - Pexels
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Zohran Mamdani, candidat démocrate et DSA (Democratic Socialists of America), a remporté largement l’élection municipale de New York, le 4 novembre dernier, sur la base d’un programme social et redistributif apparemment attractif pour une grande partie de l’électorat. Ce succès très médiatisé en France a bien été noté pour toutes les composantes de la gauche française, à l’instar d’Emmanuel Grégoire, candidat de la coalition PS-PCF à la succession d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris : « L’espoir d’un avenir meilleur s’est concrétisé cette nuit pour New York. Inspirons-nous de cet élan pour ouvrir la voie d’une victoire de la gauche à Paris en 2026 face à aux droites extrêmes et réactionnaires qui tournent le dos aux urgences sociales et climatiques. » Libération vérifie, pour sa part, les propos d’Olivier Faure pour qui la ville de Paris applique déjà le programme logement de Mamdani.

Programme logement gauchiste

La gauche française est effectivement en terrain connu, avec le programme logement de Mamdani et sa volonté de rendre le logement abordable et accessible. On y retrouve, en effet, quatre composantes bien connues d’un programme logement gauchiste.

La première est le blocage des loyers : Mamdani s'est engagé à geler les loyers de tous les appartements à loyers réglementés pendant quatre ans, ce qui concerne 2 millions de résidents, sur les 8,3 millions de la ville. C’est un classique des politiques de gauche et Mamdani ne fait d’ailleurs que reprendre la politique de son prédécesseur démocrate Bill de Blasio, maire de 2014 à 2021, qui avait mis en œuvre des gels de loyers en 2015, 2016 et 2020. Pour mémoire, les dispositifs de régulation des loyers ont éventuellement une efficacité à court terme, puisqu’ils procurent un avantage de prix pour les locataires ciblés (locataires en place ou entrants), et c’est la raison principale pour laquelle ils sont attractifs et mis en place. En revanche, ils induisent des perdants (propriétaires bailleurs, candidats locataires) et ont des conséquences de moyen et long terme qui peuvent être particulièrement négatives : baisse de l’investissement et effets d’éviction et de réduction de l’offre. Bien entendu, les villes de gauche françaises ont mis en place un tel dispositif établi dans une loi de 2018 : Paris, Lille, Plaine Commune (Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve), Lyon et Villeurbanne, Est Ensemble (Montreuil, Pantin, Bagnolet, Bobigny, etc.), Montpellier, Bordeaux et Grenoble-Alpes Métropole.

La deuxième composante est la production de logements locatifs sociaux ou abordables. Mamdani s’est engagé sur la création de 200.000 nouveaux logements abordables sur dix ans, soit 20.000 appartements par an. Ces logements seraient soumis au contrôle des loyers, construits par des opérateurs d’intérêt général et destinés aux ménages gagnant moins de 70.000 dollars par an - revenu médian des locataires new-yorkais. Vu de France, on est en territoire connu, avec l’obligation de construction de 25 % de parc social pour toutes les communes non rurales depuis une loi de 2000. Les grandes villes françaises, dont 8 sur 10 ont une municipalité de gauche, sont pour la plupart favorables à un développement toujours plus important du logement social.

La clim' ou l'amende

Il ne faut pas oublier la troisième composante « climatique » avec, par exemple, un soin pour la « chaleur extrême » : Mamdani prévoit de rendre obligatoire, pour les propriétaires de logements, la garantie d’une température intérieure maximale de 78 °F (25 °C) lorsque la température extérieure est de 82 °F (28 °C) ou plus, avec installation de capteurs de chaleur dans les immeubles ayant des violations répétées. Donc, soit on installe la climatisation, soit on paye une amende… À Paris, rappelons le projet du maire adjoint communiste au Logement Jacques Baudrier de changer les immeubles haussmanniens en « logements sociaux verts ».

Arrivons, enfin, à la quatrième composante : le financement. Ce programme logement coûte cher, avec un triplement des investissements (100 milliards de dollars, contre 30 milliards). Tout sera réglé par l’alourdissement de la fiscalité (10 milliards de dollars de mesures fiscales pour « taxer les riches ») et de la dette. Mamdani peut, sur ce dernier point, s’inspirer de la ville de Paris, dont la dette s’est envolée de 1,4 milliard d’euros, en 2000, à 10,6 milliards, en 2024.

Finissons par quelques considérations d’économie politique. Quelles que soient les raisons qui ont amené une majorité de New-Yorkais a élire un candidat très à gauche, il faut constater que les politiques municipales de gauche, particulièrement celles dans le champ du logement, conduisent à changer le peuplement et, donc, le corps électoral par l’arrivée de populations favorables aux municipalités ; notamment via le logement locatif social concomitamment aux départs de populations en désaccord (sécurité, propreté, fiscalité, immigration). L’objectif implicite ou explicite est de créer des citadelles électorales inexpugnables, comme l’atteste le fait que 8 des 10 plus grandes villes de France sont à gauche, et avec d’incertaines capacités de victoire pour la droite dans la plupart de ces villes, lors des prochaines élections municipales.

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Georges Le Breton
Haut fonctionnaire en activité, spécialiste des politiques publiques.

Vos commentaires

22 commentaires

  1. « Encadrer » les loyers », c’est une idée qui vient aux politiciens quand ils disent vouloir faire quelque chose pour la vie chère. Mais essayez de trouver ce poste dans les tracts électoraux, vous allez devoir chercher. En fait , il y a une incongruité dans cette idée un peu sotte. Vous mettez un bien en location, par exemple 800€. Hop, le délégué du soviet local sonne chez vous, montant trop élevé, doit être de 650€ max. Bon, vous dites OK au gars et vous lui demandez comment ça se passe alors quand il faut faire venir un corps de métiers. Vous proposez au plombier de réduire sa facture de 20% en relation avec la diminution du loyer ? Allez, le plombier marche mais quand il va chez son fournisseur pour acheter du matériel, est-ce que le fournisseur va « suivre », continuer la chaine des réductions ? Je ne sais pas trop…

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