Faute d’arriver à définir ce que recouvre réellement, chez nous, l’expression fourre-tout de « classes moyennes », on a souvent eu recours, dans le passé, au vocabulaire de nos voisins. Au temps du marxisme triomphant, on parlait du « lumpenprolétariat » pour désigner les pauvres et de la « lower middle class » ou « upper middle class » pour ceux qui patientent dans l’escalier menant à l’aisance sociale.

Un rapport de l’Institut Montaigne tente, aujourd’hui, de nous apporter une juste définition de ce « ventre mou de notre système démocratique » qui, plus que toute autre catégorie sociale, craint le déclassement. Son titre : « Classes moyennes : l’équilibre perdu ? »

Cet équilibre se serait perdu dans la crise financière de 2008, rendant aujourd’hui obsolète la définition fondée sur le seul revenu : entre 1.440 et 3.100 euros par mois. Au contraire, dit le rapport, « les classes moyennes doivent être comprises et analysées sous le prisme de leur construction sociologique ». Car leur préoccupation est bien moins l’ascension sociale qu’« une peur viscérale en ce qui concerne l’avenir du pays et celui de leurs enfants ». En cause, « la dégradation d’un équilibre singulier qui lie les valeurs cardinales de notre idéal national, en premier lieu desquelles le travail et l’éducation ».

Mais comment rassurer ces Français-la, ceux qui bossent et paient des impôts qu’ils voient dilapidés sans retour ? Le rapport de Lisa Thomas-Darbois (directrice adjointe des Études France de l'Institut Montaigne) liste les enjeux qui permettraient à ceux qui se situent « entre le quatrième et le huitième décile », pour reprendre la définition de Gabriel Attal, « de retrouver sérénité et confiance en l’avenir dans notre pays ». Vaste entreprise…

D’abord, dit le rapport, il faut « revaloriser les revenus du travail en renouant avec une fiscalité dont les effets redistributifs soient plus acceptables ». Le gouvernement vient de promettre pour 2025 une baisse d’impôts de deux milliards d’euros. Antienne connue…

Autre point essentiel : le logement qu’il faut rendre plus accessible en mettant, notamment, la pédale douce sur les tracasseries environnementales, ce qu’on appelle ici « les effets monétaires et sociaux des défis climatiques à venir ». Le rapport cite ainsi celui de France Stratégie qui relève que, pour les classes moyennes, « la rénovation du logement et changement du vecteur de chauffage d’une part, l’acquisition d’un véhicule électrique en lieu et place d’un véhicule thermique d’autre part, appellent un investissement de l’ordre d’une année de revenu ». Et d’alerter : « Nul ne peut dès lors prédire quelles conséquences auront ces – inéluctables – factures énergétiques et environnementales à venir si ce sentiment "d’écrasement" des classes moyennes n’est pas pris en compte et anticipé. » La révolte qui monte chez les agriculteurs nous en offre un aperçu…

Enfin, nous dit l’Institut Montaigne, il faut « relever le défi, à plus long terme, d’un enseignement scolaire qui incarne notre idéal méritocratique partout en France ». Traduction : en finir avec le collège unique et dupliquer le modèle Stanislas, sachant que « le diplôme demeure l’un des principaux déterminants de l’accès à une position sociale "haute", surtout en début de carrière ».

Fort intéressant dans l’analyse, on regrettera toutefois que ce rapport n’envisage la demande de « sécurité » desdites classes moyennes que sous l’angle économique. Éloignées des « partis les plus radicaux », nous dit-on, elles seraient « 54,6 % à penser que le RN est dangereux pour la démocratie et 59,0 % pour LFI ». Aucune mention n’est faite de leur rapport à l’immigration, donnée pourtant essentielle s’agissant de la redistribution, du logement ou de l’éducation.

La conclusion est que ces Français des classes moyennes sont « laissés seuls face à ces épreuves de l’incertitude », n’ayant plus aucune confiance dans le politique « face à une incapacité programmatique et financière de créer les conditions de sursaut de confiance en l’avenir et en la puissance publique ».

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24 janvier 2024 à 15:08

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8 commentaires

  1. J’apprends aujourd’hui que je fais partie de la classe moyenne après des années de travail comme médecin généraliste, Quand je pense à tous les Français qui pensent que nous faisons partie des « riches »

  2. Aucun commentaire à faire tant tout cela devient ridicule. Nos « Zélites » vivent sur une autre planète…

  3. Quand vous dite l’achat d’une voiture électrique un an de salaire à combien estimez vous ce salaire. Pour moi en considérant un salaire annuel de 30000 euros, compte tenu des charges et de la nourriture c’est plus de 10 ans .

  4. Les classes moyennes que l’on ponctionne sans arrêt pout tout et qui peinent à boucler le mois , se soigner et se nourrir . Ces classes moyennes qui sont aussi la cible des délinquants n’en peuvent plus de ces élus .

  5. Combien de temps a t’il fallu à l’institut Montaigne pour arriver à de telles conclusions. Démontrer que l’eau bouillante brûle est il la dernière découverte de cet institut. Entendre: « revaloriser les revenus du travail en renouant avec une fiscalité dont les effets redistributifs soient plus acceptables » alors que l’allègement des impôts est toujours compensé par des taxes devient inaudible. Ont ils seulement réfléchi que ce que les Français demandent c’est du travail et non l’aumône qu’un jour ou l’autre il faudra rembourser. Quand à l’empreinte carbone, ont ils pris conscience que le GIEC n’est constitué d’aucun expert. Le bon sens populaire n’a que faire des injonctions gouvernementales. Le citoyen a compris depuis bien longtemps qu’a revenu constant, si une cause de dépense augmente, il est obligé d’économiser sur une autre. De cela, nos gouvernants n’ont point l’air de l’admettre, eux qui creusent chaque jour un peu plus notre endettement.

    1. OUI, mais comment comprendre les problèmes de la classe moyenne quand on gagne 500 000 euros par an ?

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