[POINT DE VUE] Ukraine : l’Union européenne ridicule

Le président américain n’entend nullement laisser l’Union européenne jouer le moindre rôle décisif.
© European Union-Wikimedia Commons
© European Union-Wikimedia Commons

Si le responsable immédiat du déclenchement de la guerre en Ukraine est évidemment Poutine, qui a décidé de franchir la frontière, force est de reconnaître que, depuis l’effondrement du marxisme-léninisme en Russie et dans l’est de l’Europe, les États-Unis et l’Union européenne considèrent la Russie non comme un partenaire potentiel mais comme un adversaire. Les années Eltsine ont été celles de la ruée sur les dépouilles économiques de l’URSS, et notamment dans le domaine de l’énergie, et ont laissé un goût amer au peuple russe qui a pu voir, non sans raison, dans le « monde libre » un goût immodéré pour le lucre et la prédation économique.

OTAN : promesses non tenues

À cela, il faut ajouter qu’aucun des engagements, certes verbaux, pris par le secrétaire d’État américain Baker auprès de Gorbatchev et de Chevardnadze, le 9 février 1990, n’a été tenu. Par trois fois, il avait répété à ses interlocuteurs que l’OTAN ne s’étendrait pas « d’un pouce vers l’Est ». Dès le lendemain, le 10 février 1990, le chancelier Kohl affirmait lui aussi à Mikhaïl Gorbatchev : « Nous pensons que l’OTAN ne devrait pas élargir sa portée. ». Nous savons tous ce qu’il en a été. Il serait possible de multiplier les citations allant dans le même sens et qui furent toutes démenties par les faits. Les Russes furent bien naïfs de ne pas faire consigner les engagements verbaux dans un traité en bonne et due forme.

Tout cela dénote une errance diplomatique consternante dans la mesure où, à aucun moment, les Occidentaux ne semblent avoir compris que les temps avaient changé et que la Russie pouvait devenir un partenaire et ne plus être un adversaire. De plus, cette attitude témoignait d’une méconnaissance totale des séquelles psychologiques laissées par l’Histoire, qui font que le pouvoir russe vit dans la hantise de l’encerclement et de l’invasion. Au demeurant, chacun se souvient de la réaction américaine lors de l’affaire des missiles de Cuba. Aucun État n’aime avoir à sa porte une alliance militaire adverse.

De plus, les ingérences dans la révolution orange d’ONG américaines telles Freedom House, l’Open Society Institute ou encore l’Agence des États-Unis pour le développement international (créée en 1961 par Kennedy et démantelée par Trump) ne pouvaient que renforcer, dans le gouvernement russe, le sentiment que tout cela correspondait au schéma dessiné par Brzeziński dans Le Grand Échiquier (1997). Il y écrivait déjà : « L’Ukraine constitue cependant l’enjeu essentiel. Le processus d’expansion de l’Union européenne et de l’OTAN est en cours » (p. 160, Éditions Pluriel, 2023). L’accord d’association UE/Ukraine de 2017 ne pouvait que confirmer les craintes de Moscou. Ainsi, donc, avec une grande légèreté, les USA et l’UE se sont comportés sans envisager un instant que la Russie pourrait réagir avec violence, comme le craignait Joe Biden, alors sénateur, dans une déclaration de 2017. De fait, le 24 février 2022 débutait « l’opération militaire spéciale », c'est-à-dire la guerre en Ukraine, en Europe même, à proximité des limites orientales de l’Union européenne.

Trump rappelle l'UE à son impuissance

Après plus de trois ans de carnages et de destructions, Donald Trump, qui a fait de la paix l’axe de sa présidence, a considéré que la guerre par procuration entre l’Occident et la Russie, pour soutenir l’Ukraine attaquée, ne menait à rien sauf à la mort de milliers de jeunes hommes. Il tente donc, par une relation directe avec Poutine, de mettre fin au conflit.

Les fruits de la récente rencontre en Alaska sont encore incertains. Ce qui est certain, c’est que le président américain n’entend nullement laisser l’Union européenne jouer le moindre rôle décisif. Celle-ci, qui fut incapable de prévenir et même de prévoir la guerre, s’agite et vitupère. Elle fait surtout preuve de son impuissance et démontre que la fameuse « souveraineté européenne » chère à Emmanuel Macron n’est qu’un rêve dangereux, une ridicule illusion. Seuls les États souverains peuvent agir avec efficacité et crédibilité sur la scène internationale. Comme le prouve l’Italie de Mme Meloni.

L’UE qui rappelle le principe de droit international de l’intangibilité des frontières serait plus crédible si elle l’avait respecté pour la Serbie, plutôt que de soutenir le pseudo-État du Kosovo. Quoi qu’il en soit, elle est réduite au rôle de spectateur d’un ballet diplomatique qui, dans les faits, se déroule sans elle. Sa chance est que le ridicule ne tue pas. Mais il fait perdre toute crédibilité. Quant au Président français, tel un ludion enfermé dans son bocal, il tente d’exister et faire parler de lui. Chacun se souvient de l’humiliante scène qui s’est déroulée dans la basilique Saint-Pierre, lors des obsèques du pape François, lorsqu’il avait tenté de s’immiscer dans la discussion entre Trump et Zelensky (une interprétation vivement démentie par l'Élysée, NDLR). Ainsi, ce personnage, chassé par la porte, tente de revenir par la fenêtre ou par la cheminée. Ce que retiendra l’Histoire, c’est que l’Union européenne, dans la tragédie de la guerre en Ukraine, n’a servi à rien sauf, peut-être, à prolonger celle-ci et à jeter de l’huile sur le brasier. Pourtant, comme l’a rappelé Léon XIV, « l’Ukraine martyrisée attend une paix juste et durable ». Mais elle ne peut se faire sans tenir compte de certaines revendications de la Russie.

Picture of Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

158 commentaires

  1. Très intéressant article. Et surtout utile car « on » a développé une Zelenskimania pour brouiller les esprits et à ce niveau nous avons le Phénix. On peut certes relever sa non crédibilité mais pas sa dangerosité. Qui dira si une de ses foucades ne nous précipitera pas dans une aventure désastreuse ? Que font donc nos politiques ? Il y en a tout de même de lucides, expérimentés, courageux et patriotes.

  2. Comment ne pas comprendre que l’Union européenne entraînée par quelques uns de ses membres les plus puissants , n’a pas œuvrer à la poursuite de cette guerre et cela pour des desseins inavouables .

    • L’UE qui rappelle le principe de droit international de l’intangibilité des frontières me fait marrer. Va-t-elle exiger la restitution du Tibet annexé par les Chinois ? Le retrait de la Turquie de Chypre qui est pourtant membre de l’Union ? Qu’a-t-elle fait lorsque les Americains (encore eux) ont, sans aucun mandat international, bombardé la Serbie pour y implanter le Kosovo, état ripoux s’il en est… Qu’a-t-elle fait lorsque la France, par un référendum bidon dont etaient exclus les Comoriens, a décidé de prendre possession de Mayotte, partie intégrante de la République des Comores ? Que Macron balaye devant sa porte avant de vouloir faire la leçon aux autres. C’est amusant qu’il reproche à Poutine d’avoir fait la même chose en Crimée… Quand c’est la France, c’est bien, quand c’est la Russie c’est mal ?

  3. Vladimir Poutine est un «ogre» qui «a besoin de continuer à manger» pour survivre, a déclaré Macron ce matin. Quand on est dans une phase de négociation, l’on ne s’en prend pas ainsi à la partie adverse, mais cela démontre, si besoin est, que Macron est toujours belliciste. Pour ma part, je suis plus effrayé par l’islamisation croissante et avérée de l’ancienne douce France, que par l’hypothétique invasion de chars russes à Paris ! Mais allez faire comprendre cela à un imposteur qui n’a de cesse de brader la France sur l’autel bruxellois !

    • Bien d’accord avec vous, notamment sur le fait d’être dans la retenue et non dans l’invective au moment crucial de la négociation, une posture de nain puissant face à un ogre l’ignorant, aveuglé par sa prétention et contrarié par une table ovale mal avalée…
      Nous avons élu deux fois un marchand de voitures et non un Président qui n’a même pas reconnu la France mais ose parler en son nom.
      C’est déprimant quand on voit le mal qu’il fait à tout ce qu’il touche…

    • @ Placidus
      Une preuve de plus, s’il en était encore besoin, que Macron est nul en matière de diplomatie, et n’a pas sa place, ( comme Trump l’a bien compris ) dans un processus de paix. Il ne parle que de guerre qu’il semble vouloir faire durer et entretenir pour des raisons obscures.

    • Dans la péroraison macronienne que vous évoquez, il a souligné la nécessité pour l’Ukraine d’être souveraine.
      Ça m’a fait bouillir car dans le
      même temps, il poursuit son travail de sape contre la France, dont la
      souveraineté n’est plus qu’un
      souvenir.
      Le pauvre, il fait ce qu’il peut pour énerver Poutine, des fois que ça déboucherait sur un conflit qui lui permettrait de s’incruster au-delà de 2027…

  4. L’Europe s’est totalement ridiculisée dans cet épisode, et les eurolâtres inconditionnels à la sauce Macron en sont pour leurs frais. Malheureusement, ils font semblant d’gnorer les limites du ridicule d’un « fédéralsme » européen qui ne repose sur aucune base historique et fait à peu près chaque jour, la démonstration de son caractère illusoire (projets style avion de défense européen complètement sabordé, politique énergétique dirigée par l’Allemagne avec la volonté non déguisée de saborder par tous les moyens la position avantageuse de notre pays grâce au nucléaire, etc.). Il n’y a que des crétins à la sauce Macron pour faire semblant de ne pas voir ces tristes réalités. Lamentable.

  5. On nous a vendu le concept que  » l’Europe assurerait la paix « , alors que c’est l’inverse c’est la paix qui a permis de faire cette Europe.
    Une Europe bien décevante, désunie, affaiblie, en échec. Une Europe qui a failli à sa mission de paix dans ce conflit Russie/ Ukraine, ne parlant que de guerre, échouant lamentablement dans les démarches diplomatiques, soufflant sur les braises, armant l’Ukraine, et provoquant systématiquement  » l’ours russe « .
    Honteux ! Irresponsable !
    Encore une chance pour l’Europe, Poutine est bien plus intelligent, et patriote, que tous ces  » pseudos » dirigeants européens.
    Au vu de ce fiasco, Macron et ses pairs devraient avoir un minimum de décence et se faire discrets. Les grands de ce monde agissent sans eux. L’Europe est en déliquescence, les cartes sont à rebattre pour envisager un avenir meilleur…… avec réalisme et pragmatisme, loin de toute idéologie mortifère, et tout asservissement.

  6. Dans cette affaire la France aura reçu camouflet sur camouflet, Macron jouant la Mouche du Coche espérant désespérément exister sur ce coup là…
    Ca ne l’empêche pas de plastronner sur toutes les photos, se placer au mieux pour les caméras et prendre son air profondément compassé, dramatiquement concentré, art dans lequel il excelle !
    Je le trouve de plus en plus pathétique !

    • LE RENARD ET LE BUSTE: Les Grands, pour la plupart, sont masques de théâtre; Leur apparence impose au vulgaire idolâtre. L’âne n’en sait juger que par ce qu’il en voit : Le Renard, au contraire, à fond les examine,Les tourne de tout sens ; et, quand il s’aperçoit que leur fait n’est que bonne mine, Il leur applique un mot qu’un Buste de héros Lui fit dire fort à propos. C’était un Buste creux, et plus grand que nature.Le Renard, en louant l’effort de la sculpture:«Belle tête, dit-il, mais de cervelle point.» Combien de grands Seigneurs sont Bustes en ce point! LA FONTAINE.

      Seriez vous un Renard plutôt qu’un Zoiseau?
      Vous avez démasqué Manu la Gonflette de Photoshop du Touquet de Télémacron, mais vous n’êtes pas le seul.

  7. Union Européenne, bonne à réglementer la volumes des réservoirs de chasses d’eau et à nous assommer de normes stupides que stupidement la France renforce encore un peu plus avec la bénédiction de ses « hautes » juridictions. Notre cher président a de quoi manifester sa fierté avec sa gestuelle coutumière.

  8. A entendre Macron dans son discours hier soir à Washington , on comprend que ce dernier veut entretenir un climat de guerre dans lequel il pense montrer son utilité , sa lucidité et son intelligence supérieures aux autres. C’est comme dans un cirque , il y en a toujours un pour attirer l’attention sur lui en faisant le clown.

    • Sincèrement, vous croyez que traiter de clown ou de railler son propre président, faisant du mieux qu’il peut, j’imagine, afin de contribuer à faire arrêter un carnage d’environ un million de morts est digne ? Ou que cela porterait à la bouffonnerie. Même si le bilan politique de ce même président reste parfaitement contestable à bien des égards et cela sur de nombreux sujets, raison pour laquelle ne pouvant se représenter son parti sera probablement sanctionné lors de prochaines élections.

      • Heureusement encore qu’il ne pourra pas se représenter si on respecte la Constitution, mais avec un tel individu sans attaches, sans conscience ni valeurs morales, il faut se méfier jusqu’au bout du sale tour qu’il peut nous jouer.

  9. Marrante photo avec le macron qui décrit le volume de sa poitrine devant son ursula médusée ! Je vais lire l’article avec attention mais l’idée que Donald a reçu les Sept Nains me parait d’emblée une bonne description comme lue dernièrement.

  10. Déclencher une guerre aujourd’hui, ne se limite pas au seul franchissement (au sol) d’une frontière par une armée donc des soldats étrangers. Si tel était le cas, tout le monde serait d’accord pour considérer que la guerre russo-ukrainienne a débuté en février 2022 (le 22 je crois me souvenir), et celle entre Israël et le Hamas, voir aussi l’Iran, le 3 octobre 2023. D’un côté comme de l’autre, les guerres existaient déjà, sans qu’elles aient fait l’objet d’une « déclaration de guerre » en bonne et due forme…par aucun des bélligérants…
    Quand autrefois, les français invitaient les anglais à tirer les premiers, ce n’était par politesse excessive ou déplacée, mais juste pour acter que l’Angleterre avait donc déclaré la guerre à la France, qui n’avait donc d’autre solution que de légitimement se défendre…pour au final gagner souvent du territoire.
    Aussi concernant les 2 conflits ci-dessus évoqués, qui donc a tiré le premier…La russie, l’Ukraine, le Hamas, l’IRAN ou Israël ? Et/ou alors ne faudrait-il pas admettre que les plus « grands faiseurs » de guerre sont les mêmes qui prétendent les combattres….mais qui « en même temps » sont capables de proposer d’armer tout ou partie des bélligérents en leur vendant des armes, ou plus sournoisement leurs proposant d’autres armes….celle de l’OTAN, c’est-à-dire l’organisation qui rassemble la plupart des pays détenteurs de l’arme nucléaire…

  11. Ca en imposait ces représentants de l’UE auprès de D. Trump. Ca faisait « paritaire »… seulement voilà ! Trump semble les avoir invité par politesse ; mais personne n’a bronché lorsqu’il a parlé. M. Macron, lui, a demandé une réunion « quadripartite » ( en vain…). Après quoi, la soirée a été écourtéée afin que D. Trump téléphone à V. Poutine. Vaguement… comment dire… pathétique, tristounet, étonnant !

    • Sur ce coup les figurants se sont imposés ce qui n’a pas empêché les principaux acteurs de jouer. Mis à part l’excellente Giorgia Meloni tous des potiches ridicules.

Commentaires fermés.

Quentin Deranque - que s'est-il vraiment passé ?

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois