[POINT DE VUE] Requiem pour la Nouvelle-Calédonie

Si on est optimiste, on peut se dire que la majorité actuelle, loyaliste, saura gérer l’île dans le giron national.
©Bastien Preuss/Wikimédia
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Après des errements divers dans les années passées, le processus qui entraîne inexorablement la Nouvelle-Calédonie vers l’indépendance est en train d’aboutir.

Il s’est enclenché en 1998. Cette année-là, MM. Chirac et Jospin régnant, on décida d’avoir recours au référendum pour que, une fois pour toutes, les Néo-Calédoniens choisissent de rester français ou pas. Rien à redire au principe. Quoi de plus démocratique ; en apparence.

Dès 1998, les dés étaient pipés

Mais les dés étaient pipés dès le départ pour favoriser les indépendantistes. Les Kanaks étant minoritaires dans l’île, on commença par éliminer une partie du corps électoral qui, à coup presque sûr, répondrait non à l’indépendance : tous les Français majeurs, non nés sur le sol calédonien ou n’y ayant pas vingt ans de domicile continu à la date du référendum ; soit 17 % du corps électoral. On ramène ainsi le fléau de la balance vers le centre. En outre, on allait faire, non pas un, mais trois référendums. Le principe était clair : on organiserait un premier référendum, en 2018, pour demander qui souhaitait accéder à l’indépendance. Mais il pouvait être suivi de deux autres, si ses résultats ne convenaient pas au tiers des membres du congrès de Nouvelle-Calédonie (composé de 54 membres élus), Autant dire que, compte tenu du nombre de Kanaks acquis à l’indépendance dans ce congrès, les résultats du premier référendum, s’ils étaient négatifs, entraîneraient automatiquement la tenue d’un deuxième puis, si nécessaire, d’un troisième référendum. Et c’est ce qui s’est passé. Comme les sondages avant ce troisième référendum n’étaient toujours pas favorables à l’indépendance, les leaders kanaks ont annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas les résultats issus des urnes et ils ont encouragé leurs électeurs à boycotter le scrutin. Ils ont été entendus.

Ce qui explique le score « soviétique » du troisième référendum de 2021 ; 90 % contre l’indépendance. Était-il illégitime pour autant ?

Évidemment, notre chef suprême n’allait pas laisser passer ça et, après une visite de quelques heures sur l’île en plein chaos en 2024 (à la suite des émeutes déclenchée par les Kanaks, hostiles à l’élargissement du corps électoral), il saisit ce prétexte pour « relancer le dialogue ». Au diable l’entêtement de la majorité des habitants qui ne veulent pas de l’indépendance, et l’ont exprimé lors de trois référendums - malgré l’amputation du corps électoral !

Ce « dialogue » vient d’accoucher du « projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ». Dès le début, on augure mal de la suite. Les premiers mots sont « le pari de la confiance ». On admet donc que c’est un coup de poker et, quand on a en tête l’historique récent de ce territoire, on sent tout de suite que la confiance va être à sens unique.

Création d’un État calédonien, inscrit dans la Constitution, dit-on...

Un accord a donc été signé par les loyalistes et les indépendantistes. Les premiers sans doute parce qu’ils craignaient de tout perdre et espèrent ainsi jouer les prolongations d’abord, puis limiter les dégâts ; les seconds parce qu’ils savent que cet accord les lance sur la voie de l’indépendance. Bien sûr, les circonvolutions du texte disent tout et son contraire, à la « macronienne », et chacun y verra ce qu’il veut voir.

Il s’agit de la création d’un État calédonien, inscrit dans la Constitution dit-on ; comme si ça devait rassurer, alors qu’on connaît le sort de la « Communauté Française » du général de Gaulle des années soixante, elle aussi inscrite dans la Constitution. Ce nouvel État aura son hymne, sa monnaie, son drapeau et sa devise, sa nationalité. Il y aura un transfert de compétences entre la France et le gouvernement calédonien, L’État calédonien pourra faire « le choix souverain » de confier certaines compétences à l’État français, mais avec la possibilité de les récupérer. Autrement dit, c’est le nouvel État calédonien qui fera ce qu’il veut, car il aura tous les attributs de la souveraineté. Mais on lit aussi que les fonctions régaliennes resteront à Paris ; et puis non, certaines seront partagées, ou pas, c’est selon.

Et le bouquet ! L’île aura une représentation à l’international ; ce qui réjouira la majorité onusienne de dictateurs hostiles à la France, qui lui accorderont sans doute une voix indépendante au nom de la décolonisation. Et on veut nous faire croire que l’île restera rattachée à la France !

Un territoire français depuis 1853, avant la Savoie et Nice !

On parle là d’un territoire français depuis 1853, avant la Savoie et Nice. Je ne reviendrai pas sur les intérêts stratégique et économique (le nickel) qu’il y a à conserver cette île. Mais il y a aussi, surtout, la protection de nos ressortissants.

En étant optimiste, on pouvait se dire que la majorité actuelle, loyaliste, saurait gérer l’île dans le giron national. Compte tenu du Code électoral, de la probable fuite de familles loyalistes craignant l’avenir et du différentiel nataliste en faveur des Kanaks, cette majorité va probablement s’inverser à court ou moyen terme. Dans ce cas, toutes les possibilités offertes par ce texte vont irrésistiblement entraîner ce joyau du Pacifique, que nous avons fait, vers une indépendance incapable de résister aux appétits chinois, australien ou américain. Si nous sommes incapables du moindre instinct de survie, là comme ailleurs, finalement, le moindre mal pour nos concitoyens serait d’avoir la protection australienne...

Il reste que ce projet doit entraîner une modification de la Constitution. Dans ce pays acharné à se détruire, la majorité requise peut être atteinte. La gauche et les macronistes applaudissent ce texte, les LR sont partagés et le RN s’est contenté jusqu’ici d’exprimer sa perplexité. Seul Reconquête est ouvertement hostile, mais ce parti n’a aucun représentant.

 

Le FLNKS rejette l'accord ?

Or, quoique les augures soient si favorables pour la future Kanakie, le principal parti indépendantiste du FLNKS vient de désavouer la signature de ses représentants à « l’accord historique » du 12 juillet. Personne n’y compte vraiment. Preuve, s’il en était besoin, que, pour le FLNKS, le seul accord qui est acceptable, c’est celui qui fait fi de la majorité et lui remet sans barguigner les clés de la maison. Il ne veut rien négocier du tout.

Dès le début du texte de cet accord « inespéré », on sentait que la phrase « le pari de la confiance » s’appliquerait à sens unique. On en a la preuve. Il paraît qu’il reste un mince espoir de voir les partis indépendantistes confirmer l’accord lors de leur congrès, le 15 août. Personne n’y compte vraiment.

Un État soucieux des intérêts de la nation, de ceux de nos compatriotes vivant là-bas et de démocratie dont nous avons la prétention d’être un modèle mettrait fin à cette palinodie et respecterait le choix de la majorité.

Trois référendums, c’était suffisant. Pourquoi s’incliner à toute force devant les perdants ?

Une telle décision, courageuse pour une fois, pourrait en outre désamorcer des mouvements sociaux dans nos autres territoires d’outre-mer, dont une partie de la population, travaillée par des courants étrangers hostiles, demande déjà à être traitée de la même façon que la Nouvelle-Calédonie.

Ne nous exposons pas à revivre l’exode des pieds-noirs.

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Si le Conseil Constitutionnel permet ça, alors c’est qu’il fait une politique de Gauche et ne s’occupe pas de la Constitution.

  2. Qu’on en finisse avec ce boulet. Qu’on leur donne l’indépendance, y compris financière bien sûr.
    Et

  3. La France est faible et très mal représentée ! Alors, il vaut mieux, pour les calédoniens, la quitter….. et se mettre sous la protection d’empires dirigés par des CHEFS (Erdogan, Xi, Trump, ou même Poutine)

  4. Le général Dubois fait remonter à l’année 98 et au couple Chirac-Jospin son scénario de l’indépendance en marche. Faux. Il faut remonter au voyage d’Emmanuelli en 1981 avec la mort de Machoro et l’assassinat de Declercq et les niaiseries vicieuses de Mitterrand pour complaire aux fantasmes décolonialiste du PS

    • avec du recul, on voit tous les jours un peu plus que l’homme à la rose est celui qui a enclenché la déconstruction du pays? honte à lui et à toute sa descendance (peu glorieuse)

  5. Nos adversaires ayant compris que le gouvernement de la France était faible, les attaques contre notre souveraineté vont continuer.

  6. Contrairement à votre opinion sur la Russie et l’Ukraine, dans le cas de la Nouvelle Calédonie, mon général, je suis entièrement d’accord avec vous. Macron et ses cosaques viennent, malgré notre sang versé, de nous faire perdre l’Afrique, que l’on en soit persuadé, ils vont tout faire pour arrêter la valse de nos danseuses, déjà la Corse demande des « avancées notables » en ce sens, et ça bouge ailleurs. D’ici 2 ans, Macron fera tout pour réaliser le mandat de destruction de la France qu’il a reçu pour son élection. Qu’on se rassure il nous restera toujours Clipperton. Et le pire, dans cette braderie provoquée, c’est qu’aucun élu ne bouge, même celui dont le rôle serait de le faire à grands cris, le président du Sénat.

    • Comme si nous défendions Clipperton! Et surtout sa zone de pêche, riche en thonidés et pillée sans souci.

  7. Pourquoi s’obstiner a garder tous ces territoires ultra-marins comme la Nouvelle Calédonie ?
    Que rapportent-ils économiquement ? Ces territoires coutent plus qu’ils ne rapportent .
    Le nickel indonésien est 3 fois moins cher que celui produit en Nlle Calédonie .
    C’est pour « la grandeur de la France  » mais désolé nous n’avons plus les moyens .
    Vendons cette ile aux Chinois ou aux USA avant qu’ils n’obtiennent leur indépendance .
    Napoléon a vendu La Louisiane pour financer les guerres en Europe .
    Le montant de la vente nous permettra de réduire l’endettement du pays , de réduire les couts annuels (salaires des fonctionnaires installés X 2 voire 3 , d’éviter les ronds dans l’eau de notre Marine Nat , moins de députés , de sénateurs etc etc …)
    et puis surtout nous n’aurons plus cette image de colonisateur , et permettra a la métropole de sauvegarder son modéle social .

    • Revoyez votre leçon, n’avez-vous jamais entendu parler du domaine maritime qui fait de la France le 2ème pays au monde après les Etats-Unis et qui engrange combien de richesses aujourd’hui encore inexploitées mais le seront un jour prochain, procurant à notre pays puissance et richesse. Libre à vous si vous vous contentez d’un pré carré suffisant pour prendre vacances et RTT, mais ce n’est pas ma vision de notre grandeur à revenir.

      • En effet la France a la 2 éme ZEE maritime aprés les les USA , mais désolé de vous corriger la France se refuse d’exploiter les fonds marins ……..ou sont les richesses ? Notre grandeur , c’était au 18 et 19 éme siécle quand la France était 1ére ou 2éme puissance mondiale . Nous sommes en 2025 . Le PIB par habitant a été multiplié par 2.5 en Suisse et 3 aux USA en 20 ans , et en France , rien pas d’augmentation , sauf l’endettement de la nation 3300milliards . Alors la  » grandeur  » que vous évoquez nous entraine dans un déni de la réalité économique . Quant a mon pré carré pour mes vacances je préfére le Brésil , l’Afrique du Sud ou la Grande Bretagne .

  8. Il n’est pas inutile de préciser que le « peuple kanak » compte une centaine de milliers d’individus, qui communiquent entre eux en français, vu la diversité des langues vernaculaires, et que si les référendums n’ont pas abouti, comme prévu par l’accord de Nouméa, sur l’indépendance, c’est qu’ils n’ont pas tous voté pour cette aventure, dont le petit peuple mélanésien souffrira. La Chine est prête à mettre la main sur ce beau pays, en arrosant quelques chefs politiques avec qui elle est déjà en contact. Belle conception de la souveraineté !

  9. Puisqu’il était démocratique ( à voir) de faire voter uniquement ceux qui avaient plus de 20 ans de présence sur le caillou, il serait effectivement tout aussi logique de ne faire voter en France métropolitaine que ceux qui ont plus de 20 ans de résidence. Qu’en pense le conseil d’état? J’espère que les calédoniens ne vont pas se laisser avoir, sachant qu’une partie des kanaks est contre l’indépendance.

    • Exact, qu’attend donc ce gouvernement de traitres fantoches pour appliquer sa propre loi en métropole.

  10. Confier le dossier au socialiste Valls , qu’attendre d’autre qu’une fuite vers l’indépendance.

  11. La clef du problème néo-calédonien, ce sont les assureurs qui, ruinés par 2 milliards de vandalismes et de pillages, résilient leurs polices, interdisant toute reprise de l’économie. Comme le déclarait Hervé MARITON, président de la Fédération des entreprises d’outre-mer, au sujet de la Nouvelle Calédonie : « On est sur un problème systémique d’une très grande gravité ».
    À présent, les professions judiciaires. Jusqu’en 2011, pour faire fonctionner les Cours d’appel, il y avait 444 avoués, d’une qualification comparable à celle des neurochirurgiens ; c’était une profession très ancienne, puisque, si elle a été remaniée à de multiples reprises, elle avait été créée en 451 avant Jésus-Christ, soit avec 2.475 ans d’expérience.
    Aujourd’hui, toujours pour faire fonctionner les Cours d’appel, il y a 77.190 avocats, tous autorisés à pratiquer, sans formation, la neurochirurgie.
    Vous trouverez sur le site du barreau d’ANGERS une maquette de conclusions distribuée par l’Ordre à tous ses membres, simplement pour pallier le congé de maternité de la greffière près le Juge des Enfants. Il n’est pas excessif d’affirmer qu’il s’agit là d’une qualification analogue à celles des généralistes, infirmiers et aides-soignants. Or, l’année dernière, deux faits sont advenus : 1) la Société de Courtage des Barreaux, courtier du Conseil National des Barreaux, a initié un appel d’offres pour créer une alternative à la compagnie Les Mutuelles du Mans Assurance, assureur en responsabilité civile professionnelle des avocats français ; sur les 10 assureurs consultés, 8 n’ont pas répondu, 2 ont expressément décliné l’appel d’offres ; 2) au 1er janvier dernier, la prime d’assurance responsabilité civile professionnelle des avocats français a augmenté de 50 %.

    La prochaine étape est donc, comme pour la Nouvelle Calédonie, la résiliation de la police de groupe, ce qui impliquera deux conséquences :
    a) plus aucun avocat n’aura accès aux Cours d’appel, ce qui paralysera, en amont, les tribunaux, et en aval, la Cour de cassation ; b) un État, c’est trois fonctions régaliennes : le législatif, l’exécutif, le judiciaire ; supprimez l’une des trois, il n’y a plus d’État. Je vous avais promis une brève question: que ferez-vous ? Voici la réponse textuelle de Monsieur Christophe SOULARD devant 300 personnes:  » J’espère ne jamais me trouver dans cette situation. « 

    • Ce que vous dites est juste mais il me semble que le problème n’est pas spécifique à la NC. Dans de nombreux lieux de métropole, les assureurs refusent d’assurer des voitures si elles ne sont pas dans un garage fermé ou des commerces et des entreprises si elles sont situées dans des lieux à risques. Et les lieux à risques, c’est en train de devenir une grande partie de la France.

  12. Voilà une idée qu’elle est bonne. Rayer des listes électorales tous les français ayant moins de 20 ans de résidence en France.

  13. « Un État soucieux des intérêts de la nation, … »
    La Nation française est en état de décomposition avancée et je ne pense pas qu’en haut lieu on s’en soit particulièrement ému. Idem pour la sécurité de la population, qu’elle soit de métropole ou de Nouvelle-Calédonie. C’est souvent la faute aux faits divers, qui causent beaucoup de morts, mais on ne va pas s’attarder sur des faits divers…
    Quant à savoir si la France est gagnante ou perdante dans cette affaire…

      • « S’il y a … » mais non assez dans la débandade, qu’allez vous dire au Français qui y sont allés y vivre, c’est trop tard fallait y penser avant. maintenant c’est trop tard un peut d’autorité quant même.

      • Il n’y a rien à supprimer. IL faut développer la France, dont les Domtom font partie, et c’est tout. Mais ce ne sera pas avec l’UE et Macron. Les Domtom coulent comme nous, ils sont notre reflet aggravé.

  14. Un « état dans l’état » en quelque sorte? Quant à l’exode, combien sont déjà partis, écœurés et/ou ruinés par les émeutes de 2024?

    • Moins d’un an en métropole, et une partie sont déjà revenus, horrifiés par la France orange mécanique, non pas exceptionnellement comme au printemps dernier en NC, mais tous les jours.

      Ici en NC, faute de FDO, on a su créé des comités citoyens en quelques jours, voir en quelques heures, élever des barrages de protection de quartiers entiers, d’hôpitaux, de centres commerciaux, assurer des surveillances, éteindre des incendies sans pompiers, partager la nourriture et même des médicaments, assurer les transports par la mer, se soutenir les uns les autres par une solidarité toutes ethnies confondues que je n’oublierais jamais et qui fait que je ne repartirais jamais en métropole.

  15. L’exode des pieds-noirs était impensable d’abord, inenvisageable pour la majorité des Français : il leur a été imposé , il nous a été imposé. Avec la douleur, la cruauté du déracinenement pour eux . Avec la N.Calédonie, ce sera sans surprise …. Mais Il vaudrait mieux le leur dire tout de même .

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