Le hasard – mais y a-t-il un hasard ? – du calendrier fait drôlement bien les choses. L’empaquetage de l’Arc de Triomphe de tombe presque en même temps que les Journées européennes du patrimoine. La polémique fait rage sur les réseaux sociaux, comme le soulignait avec un peu de mépris Le Parisien de vendredi qui revenait de son petit autour du monument. Le quotidien a, en effet, trouvé des Parisiens et touristes emballés, à quelques grincheux près. Cela aurait été peut-être intéressant d’y aller à l’heure du ravivage de la flamme (c’est pratiquement tous les jours à 18 h 30). Les anciens combattants, par exemple, ont peut-être un avis, eux aussi… Mais passons.

Le hasard, donc, fait bien les choses. Car les Journées du patrimoine sont l’occasion de parler gros sous. Je sais, ça ne se fait pas, mais tant pis. Et de comparer. L’empaquetage a coûté 14 millions d’euros. Bon, l’Élysée l’a assuré, s’est rassuré, nous a rassurés, cette œuvre d’art éphémère (c’est comme ça, paraît-il, qu’il faut voir la chose) ne coûtera pas un centime au contribuable. C’est ce qui autorise, sans doute, dans une logique qu’on imagine win-win, à faire ce que l’on veut sur un monument national. Puisque c’est gratuit. Mettons. Mais 14 millions d’euros, tout de même.

Histoire de fixer les esprits tout en restant dans le domaine du patrimoine, la restauration d’une chapelle de pénitents du XVIIe siècle, dans un village de Provence qui m’est cher, est estimée à plus d’un million d’euros. Un budget pharaonique pour une commune de 6.300 habitants qui doit aussi entretenir son école, son église, ses routes et construire de nouveaux équipements avec une population qui augmente. Des chapelles comme ça, à restaurer, il y en a des centaines en France, peut-être des milliers.

Autre exemple, mondialement connu, toujours en Provence : pour sauver l’abbatiale de Sénanque, joyau de l’art cistercien du XIIe siècle, des désordres structurels qui la menacent, il faudra plus de deux millions d’euros. Seulement deux millions d’euros, j’allais dire, pour sauver un monument millénaire et unique. Sept fois moins que le coût de l’éphémère folie (au sens artistique, bien sûr) parisienne.

Une dernière comparaison, qui n’est pas raison (mais sommes-nous dans le raisonnable ?), en revenant à après ce petit détour provincial : selon Didier Rykner, dans un article de La Tribune de l’art, paru en 2019, a consacré, durant le mandat 2014-2020, 80 millions d’euros à la restauration des églises parisiennes, soit, en moyenne, 13,3 millions d’euros par an – on va dire 14 millions, pour faire bon poids. En euros constants, toujours selon Didier Rykner, c’est 1,6 million d’euros en moins par an que ce que consacrait Bertrand Delanoë. Avec 14 millions d’euros, on en fait, des choses !

Mais puisque les Parisiens et les touristes sont contents du gros paquet des Champs-Élysées et que ça n’a pas coûté un rond au contribuable, on ne voit pas l’intérêt de venir gâcher la fête en parlant gros sous.

18 septembre 2021

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