C’est ce que l’on voit en premier à l’entrée de la plupart de nos villes aujourd’hui. Des entassements de grandes surfaces, appelés « villages commerciaux » ou, plus récemment, des « villages de marques », petites copies des « outlets » aux États-Unis. Des villages où les grands logos remplacent les clochers. Des villages qui défigurent les abords de nos villes. Des villages de la mondialisation où l’on trouve tous les produits, toujours moins chers, au prix de la vie de nos commerçants et de nos producteurs. Dans ces villages sans âme, les néons froids éteignent les petits commerces qui éclairent de moins en moins nos villes. 

“Ne laissons pas s’éteindre les dernières lumières de la ville.” Ce texte publié dans Les Échos est signé par trois présidents de confédération de commerces de proximité – Dominique Anract, Philippe Gaertner et Jean-François Guihard. Trois irréductibles Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. Ces défenseurs du commerce de proximité nous alertent sur la mort programmée des centres-villes, vidés de leur substance par la fermeture de leurs commerces, pendant que la périphérie des villes se remplit de grandes zones commerciales. 

Les trois présidents saluent le Pacte national pour la revitalisation des centres-villes et des centres-bourgs, dans lequel ils voient une arme pour enrayer cette machine destructrice. Dans ce projet de loi proposé par le Sénat pour donner un volet réglementaire au Plan Mézard pour la revitalisation des centres-villes, les mesures telles que la réduction de la fiscalité en centre-ville et l’offre de locaux à un prix abordable constituent un espoir. 

Mais ces mesures seront-elles suffisantes ? Les auteurs de cette tribune connaissent le poids écrasant du lobby des grandes surfaces. Elles ne manquent pas de faire du chantage à l’emploi lorsque leurs intérêts sont menacés – une caissière licenciée entre dans les statistiques du chômage, contrairement à un commerçant qui ferme boutique ou se suicide. L’État est le premier complice de ce rapport de force : toutes les conditions ont été réunies pour que la France soit le seul pays où la grande distribution est aussi puissante – pour ne citer que la loi de modernisation de l’économie de 2008, visant à assouplir les conditions d’implantation des grandes surfaces.

Ces initiatives, aussi louables soient-elles, suffiront-elles à convertir les fidèles des grandes surfaces aux commerces des centres-villes ? Comme dirait Coluche : ““Quand on pense qu’il suffirait que les gens arrêtent de les acheter pour que ça se vende plus. Quelle misère…”

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