« Ne surtout pas s’en mêler » : au procès, la solitude de Samuel Paty face aux enseignants

Un isolement auquel, après sa déposition touchante, la famille du professeur assassiné doit faire face.
©Jean Bexon
©Jean Bexon

Difficile de ne pas ressentir la lourdeur qui pèse en salle d’audience, alors que se poursuit le procès en appel de quatre des prévenus impliqués dans l’affaire Samuel Paty. Ce mardi, septième jour des débats, les parties civiles ont été appelées à la barre, suivies des professeurs du collège du Bois-d’Aulne qui s’étaient désolidarisés de l’enseignant d’histoire-géographie, la semaine précédant sa décapitation par un islamiste d’origine tchétchène. En toile de fond, la stratégie provocatrice de Me Villemin, avocat d’Abdelhakim Sefrioui, poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste : faire reconnaître à la cour que Samuel Paty participait à la discrimination des élèves musulmans.

Le souvenir d’un fils, d’un frère, d’un oncle

Comme des voix claires s’élevant au milieu du tumulte, chacune des lettres lues à voix haute par ceux qui tenaient le plus à l’enseignant assassiné dresse un portrait sans rature de « Samu ». Curieux, méticuleux, respectueux des différences de chacun, doté d’une tolérance à toute épreuve... Difficile, pour cette famille endeuillée, d’imaginer un instant qu’on ait pu qualifier leur fils, leur frère, leur oncle de « raciste » ou d’« anti-musulman ». Et, pire encore, de lui ôter sauvagement la vie pour ces prétendues raisons.

Le goût du savoir et de l’histoire, son tempérament réfléchi, son attachement au monde des idées et l’appétit qu’il avait à « se nourrir sans cesse des penseurs de ce monde » faisaient de lui le transmetteur de connaissances idéal. « S’il y avait quelqu’un incapable de discriminer quiconque, c’est bien Samuel. Il n’a jamais voulu mettre qui que ce soit au ban de la société. »

La perte « insupportable », « inacceptable » d’un enfant pour des parents, le sentiment de culpabilité de ses sœurs, le traumatisme d’un fils, de neveux et de nièces frappés à 5, 7, 8, 15 et 17 ans, rappelle l’aînée des cousines, composent autant de blessures que tente d’atténuer la longue litanie des qualités de Samuel Paty. Et pourtant, l’audience ramène toujours à cet instant qui tient dans le message de Bernadette Paty à sa fille, le soir du 16 octobre 2020 : « Je pense que ton frère a été tué près de son collège. Rappelle-moi. »

L’abandon du corps enseignant

Malgré la douleur intense, ravivée par le récit atroce de l’assassinat de Samuel Paty, il faut encore à cette famille entendre celui de son abandon par une partie du corps professoral. Comme « des canards autour d’une mare » dans laquelle se seraient retrouvés Samuel Paty et un enseignant en virulent désaccord avec son cours sur la liberté d’expression et sa manière de l’enseigner, « la tension était telle que tout le monde prenait ses distances », résume l’un d’eux.

À la barre, Monsieur E., professeur de mathématiques, se souvient avoir préféré s’abstenir de donner son opinion et reconnaît avoir évité à tout prix, dans un souci de « neutralité », le sujet avec l’enseignant qu’il raccompagnait pourtant fréquemment en voiture jusqu’à son domicile. Alors même que Samuel Paty se montrait particulièrement inquiet de la cabale qui s’orchestrait contre lui à l’extérieur du collège, allant jusqu’à se dissimuler sous un masque chirurgical, un bonnet et des lunettes, une fois le portillon franchi, il est resté sourd à cette détresse. Il admet même avoir annulé une partie de tennis avec le professeur d’histoire-géographie sur les conseils de sa compagne, directrice d’un établissement scolaire, qui l’avait enjoint à « surtout pas s’en mêler ».

Une impression que Samuel Paty a été abandonné qui se précise encore avec l’audition de Mme C., professeur de français, première à s’être publiquement désolidarisée de Samuel Paty. Le 10 octobre, soit cinq jours après le cours à l’origine de la polémique et six jours avant l’attentat, elle adresse un courriel au corps enseignant. Dans un climat qu’elle décrit comme « délétère », elle y critique, non pas le contenu du cours, qu’elle ne juge pas choquant, mais sa modalité. Le fait d’avoir proposé à certains élèves de quitter la salle ou de fermer les yeux lui paraît « dangereux ». Elle « ne soutient pas l’enseignant », selon ses propres mots. À la barre, pourtant, elle reconnaît ne s’être jamais entretenue avec Samuel Paty au sujet de ce cours. « J’imaginais pouvoir le faire au retour des vacances », explique-t-elle.

Mme C. admet avoir eu connaissance, avant la mort de l’enseignant, de la diffusion d’une vidéo mettant en cause Samuel Paty et savoir que son nom comme celui du collège avaient été rendus publics. Pour autant, elle estime alors que « ce n’est pas le moment d’aller lui parler ». « Je regrette profondément de ne pas l’avoir fait », concède-t-elle aujourd’hui, la voix tremblante, avant, toutefois, de s’agacer face aux questions insistantes de la cour sur son absence de démarche entre l’envoi de son courriel, le 10 octobre, et l’attentat du 16.

Interrogée à plusieurs reprises par les avocats de la défense sur la manière dont elle a appris la nature exacte de la polémique autour du cours, elle répond ne pas le savoir. Maître Szpiner résume alors la situation en quelques mots : un courriel de désolidarisation envoyé sans en informer l’enseignant concerné, à propos d’un cours auquel elle n’a pas assisté, sans vérification des faits, après des échanges avec des collègues dont elle dit aujourd’hui ignorer l’identité. Des déclarations qui provoquent malaise et regards interrogateurs dans la salle.

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Marc MENANT a donné hier sur CNEW le nombre impressionnant qui existe pour « aider les professeurs » sans ne jamais rien faire pour eux à part leur donner des conseils

  2. Dans les rangs des enseignants il y aurait 75% de mauvais gauchistes !! avant pour des métiers comme enseignant, police et médecine les gens avaient ce qu’on appelait le sacerdos, maintenant !! et surtout dans l’enseignement combien l’ont ? quand exigera t on de leur part 15 jours de rattrapage scolaire pendant les vacances d’été seule raison pour les augmenter d’ailleurs !! si le niveau est si bas c’est grâce aux 14 dernières années où des pauvres bougres comme Hollande on fait baisser le niveau scolaire pour se mettre au niveau des arrivants !! et voyez le résultat ? des camions d’étudiants qui n’ont même pas le niveau d’un BAC moins bon que le BEPC des années de 58, qui trainent sur les bancs de FAC politisées !! et il leur faut aussi le repas pour tous à 1€ ? où sont les parents ? un monde devenu irrationnel 40% de la population ne regarde que son nombril et n’est plus patriote !! Vu le niveau des députés LFI bon on comprend tout et dans 10 ans imaginez !!!

  3. Ne soyez pas si dur avec eux. Comme bien d’autres Français, ils voteraient préférentiellement pour des mesures de sauvegardes des animaux (le plus souvent justifiées d’ailleurs).

  4. Quand on vient de l’extérieur et à fortiori si on est chef d’entreprise on est stupéfait de la manière dont le corps enseignant fonctionne, le véritable chef d’établissement c’est le délégué syndical rien ne se fait sans lui, tout au moins dans le lycée dont je m’occupais, la contestation est permanente même pour les décisions de bon sens, évidemment en qualité de chef d’entreprise venant de l’extérieur j’étais une verrue mais j’avais enseigné et j’enseignais encore aux chefs d’entreprise, ce n’était pas un domaine que j’ignorais. Un prof qui n’entre pas dans le moule peut se trouver complètement isolé et méprisé de ses collègues. Cela m’était arrivé d’ailleurs parce que je voulais faire de la discipline mais il y a très longtemps, évidemment j’étais un facho, il était interdit d’interdire, on en voit le résultat.

    • Vous êtes même en dessous de la réalité !! une de mes petites filles est professeur des écoles ce qu’elle me raconte sur le fonctionnement de ce mamouth , c’est à se taper la tête contre les murs !! et personne ne fait rien sinon la grêve !! Il faut dire que dans un pays où seuls 43% payent l,IRPP, plus personne ne se sent concerné !!

  5. Le vrais coupable c’est l’Éducation National qui même aujourd’hui n’a pas encore commencé a prendre les mesures nécessaires et de plus urgentes pour non seulement protéger ses enseignants, nous voyons bien que les enseignants lors des cours dans les écoles ceux-ci sont encore aujourd’hui même obligés de ne pas enseigner sur certains sujets, qui a oublié la maitresse d’école qui voulait se désaltérer pendant une période du ramadan obligé de s’abstenir devant la réprobation des enfants de confession.
    Un professeur qui expliquerai la différence entre l’évolution Darwinienne et la création sans doute finirai très mal.
    Pourtant dans l’affaire Samuel Paty aucune faute ne peut lui être reproché en fonction du droit Français et la liberté d’expression, il n’est non plus pas le seul tel Charlie Hebdo ou encore Dominique Bernard et pourtant ou est l’évolution de l’Éducation National, rien.
    Après on s’étonnera du niveau de l’éducation des jeunes.

    • On ne devrait pas dire « l’éducation nationale » mais plutôt « l’instruction nationale » c’est son rôle premier.

  6. Le corps enseignant est dans sa majorité conforme à ce que je pense de lui depuis des années, à la fois, perfide, lâche et collaborationniste et les difficultés qu’il rencontre en matière de sécurité est finalement le résultat de ce qu’ils ont semé depuis des décennies et dont des professeurs paient le prix du sang de nos jours. Cependant Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ont chéri les causes. Citation bien connue. Solidarité avec les familles de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

  7. les collègues de Monsieur Paty l’ont laissés se faire tuer sans réagir, ils sont une honte pour notre pays et certainement pas un modèle à suivre.

    • Pas d’inquiétude, ces gens là sont bien dans leur peau, eux sont toujours en vie et tan-pis si le niveau de l’éducation national est décadent.
      La vérité ou la mort.

  8. J’ ai lu le livre de la sœur de S Paty et je me suis rendu compte après avoir quitté ce nid de gauchistes les choses ‘n ont pas changé Il y a une mentalité déplorable jalousie et radins L’ Amicale créée pour faire des cadeaux était alimentée par les agents d entretien sur 39 profs ‘ous étions ,3 a participer

  9. On sait que dans notre société le courage est individuel et la lâcheté collective. L’affaire Paty en est l’illustration, il a eu le courage d’aborder la question des caricatures, alors que beaucoup ne le font pas ; il a été lâché par ses collègues et l’administration quand la menace se profilait. Et une fois l’émotion passée, combien de villes ont eu l’intention de nommer un collège « Samuel Paty » ? Combien de parents d’élèves s’y sont opposés ? Ou ont dit « c’est trop récent », sous-entendu « quand mon enfant n’y sera plus ». A son courage la lâcheté des Français a répondu.

  10. Les collègues sont des lâches et vivent dans le déni pour la plupart, comme tous les gens de gauche ou de la droite  » molle » … on voit le résultat aujourd’hui.

  11. Poutine a parfaitement raison de vouloir se débarrasser des islamistes techenenes..
    On devrait se limiter au droit d’asile aux seuls européens.

    • Il semble que la couardise, la lâcheté et l’hypocrisie soient un des attributs dans l’éducation nationale. Les paroles abjectes de l’avocat Villemin dignent d’une hyène aux abois ont profondément touché une majeure partie des français dans le mauvais sens. Samuel Paty est assassiné une deuxième fois. La défense d’un accusé doit avoir des limites, là elle est ignoble.

  12. TOUTE la « chaîne hiérarchique » doit être condamnée ! …
    Les collègues ? ! … Leurs imposer le portrait « EN GRAND » dans leurs « salle des profs » ! …
    Histoire de leurs rappeler qu’ils sont maintenant sous la menace d’une attaque comme celle de leur « collègue » ! …

    • Vous avez déjà vu ce minable monde politique et public porter une responsabilité autre qu’une grosse rente à vie ?!!

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