Editoriaux - International - Tribune - 26 janvier 2020

Mort d’un général iranien : acte de guerre ou assassinat ?

Les médias et les États ont été pris de court lorsque le général iranien Soleimani a été tué, début janvier, par l’armée américaine, alors qu’il venait d’arriver à l’aéroport de Bagdad, par un tir (de drone, semble-t-il). Le général Soleimani, à la tête de la division Al-Qods (Jérusalem), corps des opérations extérieures de la milice religieuse des Gardiens de la révolution islamique iranienne, venait de rencontrer Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, la plus redoutable milice islamiste chiite, outil des services iraniens au Moyen-Orient.

L’Iran des mollahs et les USA sont en tension aiguë permanente depuis l’assaut de l’ambassade des USA à Téhéran en novembre et la prise d’otage de 52 membres du personnel pendant 444 jours. Cette tension n’a jamais cessé du fait de l’attitude agressive des mollahs : assassinats politiques à l’étranger, présence de groupes armés par l’Iran sur de nombreux théâtres de conflits, menaces de destruction d’Israël, attentats terroristes (y compris en France et nos 58 paras au Liban), violations des droits de l’homme, massacres de manifestants non armés. Depuis 2017, après la sortie des USA de l’accord sur le nucléaire, la décision des mollahs de ne plus le respecter non plus vise à l’acquisition de la bombe atomique. Malgré les sanctions économiques qui mettent le pays en grande difficulté, l’Iran a augmenté ses actes d’hostilité : drone américain abattu, attaques contre des navires marchands dans le Golfe, incendie d’une raffinerie par des missiles en Arabie. Et enfin, symbole très sensible, la tentative, par des manifestants encadrés, de prendre d’assaut l’ambassade américaine à Bagdad.

La plupart des médias ont vu dans la mort de Soleimani un « assassinat » mais quelques journalistes plus cultivés ont utilisé des euphémismes et périphrases tels : « a été tué », « liquidé » ou « exécuté ».

Cependant, il n’est venu à l’esprit de personne que la qualification juridique de cette opération posait une question… juridique, à soumettre aux… juristes. En effet, ce qui est meurtre en temps de paix devient licite et même un (terrible) devoir en temps de guerre. Ces questions de « droit de la guerre » sont envisagées dans les conventions de Genève de 1949 et ses protocoles additionnels de 1977 (codifiant les règles des conflits armés). La guerre se définit comme une situation de conflit armé entre plusieurs États. Mais, entre la paix et la guerre juridiquement déclarée, il est des situations d’hostilité comme, pendant des décennies, celles de Berlin-Est, Inde/Pakistan, Taïwan/Chine communiste, les deux Corées. Une guerre au sens du droit international est précédée d’une situation ambiguë, notamment d’actes d’agression armée, puis de mises en garde, de sanctions politiques et économiques, de rappels d’ambassadeurs, de postures militaires. Or, tout ceci, les USA le font depuis longtemps et encore récemment.

Personne, même pas l’Iran, n’a porté le débat sur ce terrain qui est juridiquement le seul possible. Restent les terrains politiques et diplomatiques. Et là, on est tout aussi frappé de la retenue des deux parties et de la communauté internationale. De plus, nul ne sait encore si le président Trump sera suivi par l’opinion, si ses adversaires démocrates vont utiliser cet événement dans la campagne pour l’investiture, si on restera là militairement des deux côtés ou si un vraie guerre aura lieu (asymétrique et sans infanterie), si l’on va retirer massivement les « boys » du Moyen-Orient, si Trump sera destitué ou réélu, si les élections de février en Iran vont donner l’avantage aux modernistes et démocrates.

Enfin, que feront les Européens bernés et même menacés par l’Iran ? Le fait que les USA se soient retirés de l’accord sur le nucléaire, et que l’Iran, dès lors, ne l’applique plus, supposerait l’adoption de sanctions ou, si possible, d’une intelligente médiation. Les seuls qui semblent être capables et en mesure de tenter quelque chose à un tel niveau sont Boris Johnson et Vladimir Poutine, après les législatives iraniennes.

En attendant, qu’on approuve sa politique ou qu’on déteste sa personne, le président Trump est devenu celui qui décide des grands sujets à mettre à l’ordre du jour mondial, puis de la façon d’y répondre.

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