Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 25 février 2019

Moh-Christophe Bilek : “La bonne nouvelle, c’est que le peuple algérien est vivant et que cette révolte n’est pas menée par des islamistes !”

Alors que le président Bouteflika brigue un cinquième mandat, de grandes manifestations ont lieu en Algérie pour protester contre sa possible réélection. Analyse de Moh-Christophe Bilek au micro de Boulevard Voltaire.

Le président Bouteflika brigue un 5e mandat. De grandes manifestations ont lieu en Algérie pour protester contre sa possible réélection. Est-ce qu’une énième réélection de Bouteflika est une bonne chose pour l’Algérie ?

Cela posait déjà des problèmes pour son 4e mandat. Les gens se demandent s’il est capable de gérer le pays.
La question subsidiaire qui suit est : qui, dans ce cas, gère le pays à sa place ?
C’est contre cela que les manifestations ont lieu. Elles sont, d’ailleurs, surprenantes. Comme le dit une caricature de Dilem, on ne sait pas si Bouteflika est vivant, mais la bonne nouvelle est que le peuple algérien, lui, est vivant.

Si Bouteflika devait ne pas être réélu, quelle personnalité pourrait constituer un successeur?

C’est l’autre grande question. Les gens au pouvoir savent qu’il faut quelqu’un d’autre pour remplacer le président. S’ils n’ont pas pu placer ou s’entendre sur une autre personne, c’est soit qu’ils n’ont trouvé personne qui corresponde à la politique qu’ils souhaitent, soit ils craignent carrément de perdre leurs avantages.

En cas d’aggravation des manifestations, est-ce que le spectre d’une guerre civile telle que l’Algérie l’a connue dans les années 90 est possible et envisageable ?

C’est une question importante. Est-ce que l’armée a quelqu’un et fait mine de passer d’abord par des manifestations pour légitimer une espèce de coup d’État très soft ? Ou bien l’armée est-elle elle-même divisée ? Si c’est le second cas, c’est très grave et la situation peut aboutir à une crise importante et même à une guerre civile.

La situation des chrétiens en Algérie s’est un peu détériorée. Les communautés chrétiennes d’Algérie ont un espoir dans cette élection. Existerait-il des candidats qui seraient prêts à aller contre les libertés fondamentales des chrétiens en Algérie ?

L’aspect positif de ces manifestations, c’est qu’elles ne sont ni guidées ni menées par des islamistes, ni d’ailleurs, de façon générale, par la religion musulmane. Au contraire, des manifestations ont même eu lieu devant des mosquées. Il faut savoir que la majorité des mosquées soutiennent la candidature du président Bouteflika.
Quel que soit l’homme, si on reste dans ce contexte et si le clan qui veut garder Bouteflika mort et vivant, cela serait une bonne nouvelle pour les chrétiens. Il y aurait une certaine ouverture vers la laïcité et les libertés d’une façon générale. Les manifestants réclament, d’ailleurs, plus de libertés.

Une guerre civile paraît, pour l’instant, assez peu probable…

Pas tant que cela. Je dirai qu’elle est un tiers probable. Malheureusement, le chef de l’armée actuelle, en Algérie, n’a pas la même carrure que ses prédécesseurs. Il y a donc une certaine inquiétude.

À lire aussi

Les conversions se comptent souvent parmi les élites

Depuis quelques mois, la situation est très tendue, en Algérie, entre le gouvernement et l…