Editoriaux - Politique - 9 septembre 2018

Marche pour le climat : après la démission de Hulot, Mélenchon et Hamon recyclent et récupèrent à plein régime

Un samedi ensoleillé post-rentrée. L’été qui se prolonge. Mais vous n’avez pas pu parfaire votre bronzage tranquilles. Les militants et la gauche sont rentrés, les écologistes sont subitement ressuscités par la démission de Nicolas Hulot et l’heure est grave : il faut marcher, et marcher pour le climat. L’injonction est unanime à gauche.

Et puis l’initiative ne peut être boudée : elle émane de l’appel d’un presque anonyme, « un citoyen lambda », comme il se définit lui-même, qui a, comme on dit, « posté l’événement sur Facebook ». Il s’appelle Maxime Lelong et il a pris soin de ne pas laisser l’événement être récupéré par telle ou telle association ou tel parti, comme il l’a déclaré à France 24 :

« Aujourd’hui, je pense qu’il est essentiel que l’urgence climatique soit un intérêt transversal à la société, autrement dit que l’on cesse d’envisager cette problématique soit par le prisme associatif, soit par le prisme politique, mais bien par un prisme commun. »

Il n’en fallait pas plus pour que les leaders de gauche, flairant la belle affaire pour apparaître plus « transversaux » et plus désintéressés que jamais, sautent sur l’occasion.

Ils ont donc tous revêtu leur chemise blanche et enregistré leur vidéo. Benoît Hamon a fait court. Il valait mieux. Ian Brossat encore plus court, au prorata de ce que pèse le PCF (zéro quelque chose pourcent). Jean-Luc Mélenchon se devait de faire plus long. On n’est pas le tribun maximo pour rien. Hamon était dans la nature, Mélenchon dans son appartement. Mais, chez l’un comme chez l’autre, les mêmes grands mots, la même grandiloquence que l’on n’entendait plus depuis des décennies (depuis le communisme, en fait…), sont revenus en force : “prise de conscience du danger”, “force collective”, “processus irréversible”, etc. On a même osé ressortir “planification”… Autrefois au service du grand projet collectiviste, elle est désormais enrôlée pour la nouvelle grande cause : ni le pain, ni la paix, ni le peuple, mais le climat. Le climat est devenu la nouvelle utopie de la gauche. Et la même rhétorique est remise en service : catastrophisme, universalisme, sentimentalisme, injonction (« tout le monde doit s’en préoccuper »), dialectique du bien et du mal : tout a été recyclé du rouge au vert.

Certes, vous pourrez distinguez des nuances (peut-être pas trente, quand même) de ce rouge-vert. Quand on va vers le plus pâle, cela donne du Matthieu Orphelin, député LREM :

“C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas. Faites mentir Victor Hugo, montrez que vous êtes là et faites-vous entendre pour le #climat ! Bonne #MarchePourLeClimat à toutes et tous !”

ou de l’Anne Hidalgo :

« Des milliers de Parisiennes et de Parisiens réunis devant l’hôtel de ville pour le climat ! Quel beau message d’espoir ! »

Nicolas Hulot parti, l’écologie « sincère » (mettez tous les guillemets que vous voudrez), captée en sa personne par Emmanuel Macron, est redevenue un thème et une niche électorale à prendre. Une proie.

Personnellement, je n’ai jamais été fasciné par Nicolas Hulot, je n’ai pas davantage cru qu’Emmanuel Macron l’avait attiré à lui pour autre chose que le bénéfice électoral qu’il en tirerait à court terme. Mais, après cet échec, je vois mal comment l’écologie dont il est le symbole pourrait remonter dans un tramway nommé Mélenchon ou Hamon. Avec la démission de Nicolas Hulot, Emmanuel Macron a levé l’hypothèque Hulot et dissipé une illusion. MM. Mélenchon et Hamon veulent écrire l’avenir de cette illusion avec leur rhétorique du siècle d’avant.

Je n’ai pas voulu marcher avec Macron, mais j’ai encore moins envie de le faire avec Hamon et Mélenchon. Pour le climat comme pour le reste. Car, dans ce qui pèse sur “l’avenir de nos enfants”, ce qui “menace les conditions de l’existence humaine”, comme ils disent avec emphase, je vois d’autres urgences, d’autres menaces. Pour me faire descendre dans la rue, il faudra me proposer d’autres slogans et d’autres horizons que le ciel rouge-vert du 8 septembre.

Au fait, n’y a-t-il pas un Maxime Lelong pour poster d’autres événements Facebook : une marche pour un climat sans attaque au couteau ?

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