Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 31 octobre 2018

Marc Fromager : “Avec l’acquittement d’Asia Bibi, on peut s’attendre à une flambée de violence contre les communautés chrétiennes”

La chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010, a été acquitté par la Cour suprême du Pakistan.

Réaction de Marc Fromager au micro de Boulevard Voltaire.

La chrétienne Asia Bibi a été acquittée après une condamnation à mort pour blasphème. Elle a passé plusieurs années en prison. On imagine qu’à l’AED (Aide à l’Église en détresse), on célèbre cette nouvelle…

Nous attendions cela depuis longtemps. Elle était emprisonnée depuis neuf ans et condamnée à mort depuis huit ans. Dans un premier temps, nous nous étions beaucoup mobilisés pour elle. Une pétition avait été déposée au Quai d’Orsay, avec plus de 11.000 signatures.
Dans un second temps, l’Église pakistanaise nous avait demandé d’adopter un profil plus discret. En effet, la mobilisation l’a servie au début. En revanche, par la suite, cette mobilisation l’a desservie.
Asia Bibi était devenue une icône. Cela rendait sa libération beaucoup plus compliquée. Par conséquent, l’Église pakistanaise souhaitait qu’on arrête d’en parler et qu’on essaie de l’oublier pour faciliter sa libération par le gouvernement pakistanais.
Cette libération a enfin eu lieu. On ne peut que saluer le courage des juges de la Cour suprême. On peut imaginer que le gouvernement pakistanais ait donné son feu vert pour son acquittement. Ils savent qu’ils prennent des risques, parce qu’une partie de la population pakistanaise, et notamment certains groupes extrémistes, a clairement et publiquement menacé de mort tous ceux qui auraient un lien avec l’acquittement d’Asia Bibi.
On peut donc s’attendre à une flambée de violence dans le pays contre les institutions, mais également contre les communautés chrétiennes. C’est, évidemment, notre inquiétude au-delà de la joie de cette libération tant attendue. On ne peut qu’être très très inquiet pour les jours à venir au Pakistan.

Étant donné les réactions des fondamentalistes qui avaient ouvertement appelé à sa condamnation à mort, on imagine que sa vie est en danger. Peut-on craindre un attentat ?

Elle ne risque plus grand-chose et a sans doute déjà quitté le pays. C’est ce qui pourrait expliquer le délai entre le jugement, qui a eu lieu le 8 octobre, et maintenant.
Elle est condamnée à l’exil. Elle ne pourra, a priori, jamais plus rentrer au Pakistan. Elle sera toujours sous l’épée de Damoclès d’une menace de mort par contumace dans le monde musulman. Son lieu d’exil sera, évidemment, tenu secret.
L’inquiétude n’est plus tellement pour elle ou sa famille, mais pour les 3 % de la population pakistanaise qui est chrétienne. Ils doivent continuer à vivre au jour le jour dans un environnement qui, au-delà de cette probable flambée de violence, n’est pas facile au quotidien.

Flambée de violence, mais peut-être aussi espoir dans la mesure où Asia Bibi a finalement été libérée…

On ne peut que se réjouir de ce jugement et de cette jurisprudence. En dépit du poids que représentent les islamistes radicaux au Pakistan, voire dans toute la région du Moyen-Orient, la Justice a prévalu et les autorités politiques ont pris leurs responsabilités. On ne peut qu’espérer que ces responsabilités politiques soient assumées au Pakistan et dans les pays avoisinants pour ne pas permettre aux islamistes radicaux de contrôler le pays, comme ils souhaiteraient le faire.

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