Un lecteur un peu attentif et bienveillant de René Girard se fixera comme ambition de ne jamais désigner de bouc émissaire et de dénoncer toutes les tentatives de tiers qui pointent vers un candidat bouc émissaire. C’est cependant compliqué et difficile, pour deux raisons principales. D’abord nous ne sommes ni des saints ni des omniscients. Ensuite, le monde en voie d’ensauvagement nous fait préférer le slogan à l’emporte-pièce à l’argument nuancé.

Peut-être aurez-vous remarqué cette campagne sur panneaux lumineux dans le métro qui souhaite faire réagir les citoyens numériques sur les violences faites aux enfants ? Elle s’affiche avec les titres/slogans suivants : « Comment protéger les enfants contre toute forme de maltraitance ? » « Maltraitance Inceste Harcèlement Pédocriminalité » « Un enfant meurt tous les 4 jours tué par ses parents » « Participez à la consultation sur make.org ». Est-ce faire preuve d’un excès de paranoïa que de trouver que, dans cette communication, la est désignée comme le grand coupable, l’ennemi à abattre, le bouc émissaire ? Certes, ils auraient pu trouver un pire slogan en affirmant que 100 % des incestes sont intrafamiliaux – ce qui est vrai…

Bien sûr, tout le monde ou presque souhaite voir la violence faite aux enfants reculer. Bien sûr, cette consultation va probablement devenir assez vite un vaste recueil de banalités bienveillantes où il sera peu aisé de trouver des propositions originales. Bien sûr, il est rassurant que ces propositions y figurent. Bien sûr, il y a des familles dysfonctionnelles qui ne réussissent pas à protéger les enfants, que les prédateurs soient extérieurs ou intérieurs. Bien sûr, il est hypocrite d’éluder la pire des violences faites aux enfants : 230.000 avortements en un an en France, et des « progressistes » qui en veulent toujours plus avec le projet de loi visant à reculer de 12 à 14 semaines le délai légal et un autre qui propose que des critères flous de détresse psycho-sociale le justifient jusqu’au terme. Que d’évidences !

Les propos récents d’Alice Coffin« Ne pas avoir un mari, ça m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tabassée, ne pas être tuée et ça évite que mes enfants le soient aussi » – procèdent du même amalgame : haro sur la famille que, pour l’occasion, nous fustigerons de l’adjectif hétéropatriarcale.

Et pourtant, les siècles d’histoire de l’humanité, l’anthropologie naturelle, le bon sens, l’expérience nous disent d’abord et avant tout que la famille exerce une fonction de protection sur l’enfant. Les petits d’hommes sont vulnérables et ont besoin de temps pour croître et apprendre à se défendre. Faut-il jeter l’opprobre sur elles ? Ne faudrait-il pas plutôt les aider à mieux se protéger et protéger les enfants ? Une préparation au mariage/PACS, une éducation sexuelle et affective qui ne soit pas un discours de prévoyance contre les MST et les grossesses non désirées, voilà qui serait digne de ce louable objectif de protéger l’enfant. Alors, pas question de donner un satisfecit sans restriction à make.org et ses mandataires. Si l’initiative peut sembler bonne, cette communication insidieusement hostile à la famille ressemble trop à une désignation d’un bouc émissaire générique qui est, par définition, innocent.

Le « et en même temps » de l’air du temps fait que les gouvernants et des législateurs souhaitent voter en urgence une loi qui condamnera des enfants à devenir orphelins de père, avec les conséquences que l’on sait. Il serait temps de s’offrir une cohérence collective et de dénoncer cette folie. Pour ce qui me concerne, j’irai manifester avec Marchons enfants ! le 10 octobre. Ça fait partie de cette démarche de défense de l’enfance.

2 octobre 2020

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