Les Rolling Stones rendent hommage au zydeco, blues français né en Louisiane !
Ceux qui ne connaissent pas le zydeco ne savent pas ce qu’ils perdent. Rassurons de suite nos lecteurs : il ne s’agit pas d’un nouvel épigone de la zumba, sorte de torture à la fois exercée sur les oreilles des mélomanes et les personnes en surpoids, dans ces goulags nouveaux répondant aujourd’hui au doux nom de salle de fitness. Fins connaisseurs des arcanes du blues, Mick Jagger et son comparse, Keith Richards, n’ignorent évidemment rien de cette musique, legs de la culture française à la grande aventure du rock and roll.
D’où ce titre inédit, Zydeco sont pas salés, mis en ligne depuis quelques jours.
Le blues américain, une aventure française ?
Là, il convient d’ouvrir une page d’Histoire. D’où vient le zydeco ? De la musique cajun, ce qui ne coule pas forcément de source. Le terme de « cajun » est une déformation de celui d'« Acadien ». Ces derniers, colons français d’Acadie, dont le nom vient d'« Arcadie », celui d’une ancienne province de la Grèce antique, se sont tout d’abord installés au Nouveau-Brunswick, à la pointe du sud-est de l’actuel Canada. Refusant de prêter serment à la couronne britannique, en 1755, ils sont déportés en Louisiane, loin, très loin de chez eux. C’était « le Grand Remplacement » avant l’heure. Là, pris de haut par l’aristocratie française locale, ils sont relégués dans ces marais où les descendants d’esclaves noirs ont fait souche et pelote. Contre toute attente, le mélange des cultures se passe plutôt bien ; entre déshérités, il est parfois facile de se comprendre.
Louis Armstrong le savait déjà…
D’où cette musique, le zydeco, qui signifie « haricots », le traditionnel plat des pauvres, une fois passé à la moulinette créole ; la vraie, et pas celle de Jean-Luc Mélenchon. D’où, encore, ce titre des Rolling Stones, Zydeco sont pas salés, plus haut évoqué. En effet, c’est de ce bayou que naîtra plus tard le blues, puis le jazz, genres musicaux aux racines éminemment françaises, l’immense Louis Armstrong n’hésitant pas à confirmer que c’est dans ce méli-mélo culturel, linguistique et musical qu’il a puisé toute son inspiration. Après, les patronymes parlent d’eux-mêmes. Sidney Bechet, clarinettiste de génie, détestait qu’on l’appelle « Bechette », affirmant qu’il fallait prononcer « Bechet », en honneur de ses origines françaises. Pareil pour Fats Domino, autre virtuose du clavier, pas peu fier de se prénommer Antoine-Dominique et d’afficher un catholicisme militant en pleine jungle protestante.
Mais revenons-en à ce foutu zydeco, dont le roi incontesté n’est autre que Clifton Chenier, autre patronyme plus que bien de chez nous. Fils de métayers né en Louisiane, près de la ville de Lafayette, le 25 juin 1925, il tombe rapidement amoureux de l’accordéon, ce piano à bretelles symbole plus qu’emblématique de l’âme française. Il chante indifféremment en anglais et en français, quoi que prenant d’indéniables libertés avec les langues de Shakespeare et de Molière. Peu importe, tant sa musique est empreinte de bonne humeur et de joie de vivre, avec une mention toute spéciale pour Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer.
Adepte des allers et retours linguistiques, Clifton Chenier signe aussi Laisse les bons temps rouler, adaptation du classique Let the Good Times Roll, immortalisé par des artistes tels que Louis Jordan et B.B. King.
Ils n’étaient pas français, mais chérissaient la France…
En une époque dans laquelle les cuistres - Emmanuel Macron le premier - nous parlent de « Choose France » tandis que d’autres crétins nous abreuvent de « board », de « benchmark » et autres termes barbares faisandés à la sauce « globish », notre homme, lui au moins, préférait adapter les standards anglo-saxons dans la langue de Jacques Cartier, découvreur français du Canada, terme issu de la langue locale, « kanata » signifiant « village », chez ces Iroquois n’ayant jamais rien demandé à personne, que ce soit aux adeptes du gigot à la menthe ou du fromage qui sent fort sous les bras.
Le défunt cinéaste Alain Corneau, grand amateur de jazz – il n’était pas mauvais à la batterie et manqua de peu d’en faire son métier –, se souvient de Clifton Chenier quand, en 1974, il réalise son premier film, France société anonyme. C’est donc à lui qu’il confie le soin de mettre en musique cette inquiétante uchronie dans laquelle est dépeint un monde régi par les multinationales de la drogue. Le tout est porté par un Michel Bouquet impérial et dénonce, par anticipation, le monde à venir : rebelles gauchistes en peau de lapin, manipulés par le « système », masses laborieuses avachies et autres menus plaisirs faisant l’ordinaire de notre monde contemporain.
Ce fut la première fois où Clifton Chenier, pourtant abonné à la poilade, signa une musique triste ; ce qui ne lui ressemblait pourtant pas. Une bonne humeur que lui redonnent, aujourd’hui, les Rolling Stones. Qu’ils en soient ici remerciés, tout en notant que le fils du grand homme, C.J. Chenier, continue de porter le flambeau musical de cette France du lointain, la Louisiane de nos rois portant si bien son nom.
PS : et une petite dernière, pour la route, ce Choo Choo Ch’Boogie, porté par un accordéon qu’Aimable, André Verchuren et Tony Ripoll n’auraient probablement pas renié.
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14 commentaires
Cela m’étonne à peine que les Stones se soient intéressés à ce secteur en partie francophone qu’est la Louisiane et la Nouvelle Orleans à laquelle les Stones font référence dans « Honky Tonk Woman » .
Je pense aussi que le disque « exile on main street » a aussi une connotation « New Orleans » peut être parce qu’il a été conçu en France ? Je crois que le pianiste Dr John a participé en marge de l’album lors de l’enregistrement à L.A.
Le delta du Mississipi et le fleuve du même nom sont aux racines du blues et les Stones avec leurs petits copains britanniques du blues boom ont participé activement à sa renaissance .
Par contre je ne savais pas que Fats Domino s’appelait en réalité Antoine Dominique un nom bien de chez nous, dans ma tête il faisait tellement américains de base !
Et Clifton Chenier et son « tu peux cogner mais pas rentrer » , c’est bien vu , on devrait se l’appliquer pour ce qui est de la France !
J’ai un cd de 1997 : « Les haricots sont pas salés », Cinq planètes/Asterios productions, CP01 934. Le livret précise qu’il vaut mieux écrire « cadien » qu’acadien, que « cajun » doit se prononcer cadjin, et qu’il faut préférer « zarico » à zydeco. A part cela c’est rigolo, à petite dose !
Bravo Jean-Émile, un régal.
Cette musique n’ est pas orchestrée par Mr Mélenchon, mais son ton créole lui convient probablement très bien quand même. Il ne serait peut être pas contre avoir un sous titrage en créole de ces vidéos, pour mieux comprendre les paroles, en attendant que le niveau scolaire en créole remonte.
On n’oubliera pas Bill Deraime, évidemment
Bonjour,
Il existe un Blues français en France et il est Camarguais !
On devrait déjà reconnaître ce que l’on a ici, le groupe Daniel Blanc And Co se donne pour cela !
Bluesman blanc et français !
Et dire que la Louisiane, un tiers des États-Unis, était française ; Napoléon l’a vendue pour presque rien aux américains, l’équivalent à l’époque d’un dollar l’hectare. Il manque d’ailleurs des signatures à cette vente. Les Louisianais pourraient demander le rattachement à la France s’ils le désiraient. Enfin quand la France redeviendra vraiment la France…
Il va falloir être patient, car pour l’instant le système est pourri jusqu’à la moelle.
Le traître est entrain de distribuer les terres d’outre-mer comme la nouvelle-
caledonie
Ben c’est pas vraiment pour demain…
La France redeviendra la France ???
Comme Rome reviendra Rome, ou la Gaule gauloise?
A moins de manipulations génétiques , la créolisation me paraît irréversible et les dinosaures devront se contenter de vivre au musée.
ah bon, vous avez déjà baissé les bras ? De mon point de vue RIEN n’est irréversible sauf la mort !
Partant de ce principe, je ne suis pas au bord de la capitulation et pour les années qui me restent à vivre je le ferais » à la française » dans tout les sens du terme ! En fait c’est grâce à des gens comme vous que les envahisseurs ce comportent en pays conquis ! Désolée mais je ne suis pas le seul os qu’ils vont trouvé sur leur route !
Je pense qu’au fond la France est toujours restée la gaule et nous portons en nous cet esprit frondeur propres aux tribus celtes et autres qui ont mis leusr querelles en sourdine pour s’attaquer à l’ennemi commun . En tout cas c’était bien essayé même si ils se sont heurtés aux légions romaines qui étaient les meilleures armées à l’époque . Mais l’esprit est là , et ils ont toujours éte méfiants envers les sang bleus de l’aristocratie que sont les descendant des goths et autres germains francs et ils sauront se réunir de nouveau .
Cela va être un peu difficile puisque Trump veut au contraire récupérer le Canada , ce n’est pas pour nous rendre la Louisiane .