Economie - Editoriaux - Société - 28 novembre 2018

La vieillesse, âge de toutes les inégalités ?

Au 1er janvier 2018, la France comptait 16.874 personnes de 100 ans ou plus (dont 13.945 femmes !), 796.407 dans la tranche entre 90 et 100 ans et 3.191.035 âgées de 80 à 90 ans. Soit près de 4,5 millions de personnes susceptibles d’entrer dans la dépendance, voire la grande dépendance, et donc de recourir à un placement en maison de retraite.

Or, si l’on en croit le rapport publiée ce mardi par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la Santé, le souci de la prise en charge de leurs dernières années de vie est un grand sujet d’angoisse pour une majorité de Français.

Avec des études toujours plus longues, une entrée sur le marché du travail (quand elle se fait…) toujours plus tardive, une retraite que “la socialie” a ramenée à 60 ans quand l’espérance de vie grimpait en flèche et un chômage endémique, nous n’allons pas, quoi qu’on en dise, vers une vieillesse radieuse. Plutôt vers un âge où les inégalités seront presque plus criantes encore.

Selon cette étude de la DREES, le prix moyen d’un séjour en maison de retraite, fortement variable selon les établissements et leur situation géographique, est de “2.420 euros en moyenne dans le privé lucratif à 1.730 euros dans les établissements publics non hospitaliers”.

Les aides publiques (État, département, Sécurité sociale…) couvrent une part du séjour, mais “le reste à charge d’un séjour en maison de retraite est supérieur ou égal à 1.850 euros par mois pour la moitié des pensionnaires, alors que la pension médiane n’est que de 1.500 euros”. Le reste à charge – essentiellement les frais d’hébergement – s’entend donc après le versement des allocations diverses et la contribution des “obligés alimentaires” (les enfants).

Beaucoup de gens l’ignorent en effet, ou balaient cela d’un revers de main, mais on peut se retrouver contraint de devoir amputer son budget familial pour contribuer à la pension d’un ascendant et cela peut être lourd, sachant que la durée moyenne du séjour jusqu’au décès est de trois ans et quatre mois.

On est là dans le concret, bien loin des fumisteries radieuses du transhumanisme, et c’est une question qu’il faut affronter avec lucidité.

Selon l’étude de la DREES, 27 % des pensionnaires en maison de retraite piochent dans leur épargne, 11 % mettent à contribution leur entourage et 16 % estiment qu’ils vont devoir le faire prochainement. Enfin, 5 % sont contraints de vendre une partie de leur patrimoine.

Aujourd’hui, la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie coûte trente milliards d’euros par an à la collectivité, soit 1,4 point de PIB. Compte tenu du vieillissement de la population, on l’estime à 2,78 points de PIB en 2060 (chiffres du ministère de la Santé). Il devient donc urgent de trouver de nouvelles solutions de financement. C’est l’objectif de la « Concertation grand âge et autonomie » qui a été lancée à l’automne et devrait déboucher sur un projet de loi en 2019.

Le mot, je le sais bien, est imprononçable par les temps qui courent : responsabilisation. Dans un temps où le pays est au bord de la faillite et une partie de ses citoyens également, il va falloir – comme la Grèce ? Comme l’Espagne ? – sortir des chimères de “la répartition” par l’État et repenser les solidarités familiales. Malheureusement, en ce domaine aussi, les inégalités se creusent…

Première urgence : aligner enfin les différents régimes de retraite. Et bonne chance à celui qui s’y colle…

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