Editoriaux - Santé - Société - 13 juin 2019

Il y a plus urgent que les trottinettes !

Il aura donc fallu le premier mort pour que cet épineux dossier soit enfin pris en charge…

C’est effectivement primordial, car si les accidents de trottinettes venaient à se multiplier, l’encombrement des services d’urgences n’en serait que pire.

Et quand on constate de visu l’état de délabrement des services d’urgences, point n’est besoin d’en rajouter en raison d’une cause aussi « futile » et dérisoire que celle des accidents de trottinette.

Jeudi dernier, au petit matin, j’ai rapidement perdu la vue de l’œil droit pour une raison inconnue. J’ai fait mes 110 kilomètres de trajet en voiture pour aller bosser en fermant un œil. J’ai assuré tant bien que mal l’animation de ma journée de formation et me suis dépêché de rentrer avant la fermeture de la pharmacie de mon village pour prendre conseil du pharmacien, le médecin ayant fermé son cabinet à cette heure.

Je dois avouer ne pas avoir scrupuleusement respecté les limitations de vitesse.
Arrivé à la pharmacie, je décris mes symptômes et le praticien d’officine me déclare tout de go « Cela peut être très grave, foncez aux urgences ophtalmiques ». Mais où donc, lui rétorquai-je dans un état de panique que l’on peut imaginer ? Rouen, me répond-il. Me voyant mal me retaper les effroyables embouteillages de cette ville à cette heure et les attentes à l’hôpital, je lui demande s’il n’y a pas plus près. Gentiment, il se renseigne et me dis que l’hôpital d’Évreux prend en charge les urgences ophtalmiques. Au moins, il aura appris quelque chose…

Ouf, je suis soulagé et me voilà reparti à Evreux, il est 19 heures.

Le nouvel hôpital est en périphérie, facile d’accès et « on peut se garer ».

Je prends la file d’attente des urgences (vous savez, ce labyrinthe avec limite de confidentialité), heureusement pas très longue à cette heure. Derrière moi, une jeune fille complètement affolée soutient sa mère pliée en deux qui hurle sa douleur. Je donne mon tour à la jeune fille qui me remercie. Après tout, un œil, c’est moins pénible que le spectacle de la souffrance…

Je dois convenir avoir été pris en charge très rapidement puisque je ne suis resté qu’un peu plus de trois heures. La charmante jeune doctoresse qui m’a ausculté m’a donné une ordonnance et demandé de contacter le service d’ophtalmologie pour avoir un rendez-vous si l’amélioration ne se produisait pas pendant le weekend.

Je la remercie chaleureusement en notant son état d’évidente extrême fatigue. Si, finalement, mon œil se guérit tout seul, ce qui est loin d’être le cas pour l’heure, j’aurai presque honte d’avoir dérangé des gens si remarquables pour une vétille.

Quand je retraverse le hall d’attente des urgences vers 10 h 30, il est totalement encombré. Principalement de familles portant un enfant qui hurle…

Où aller, quand il n’y a rien d’autre que les urgences ?

Et pendant ce temps, les bobos se cassent la gueule en trottinette et vont aller encombrer les urgences…

Nous, les bouseux de « France périphérique », on ne fait pas de trottinette ; enfin, pas encore.

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