Editoriaux - Religion - 17 janvier 2019

Et pendant ce temps-là, les chrétiens sont toujours plus persécutés à travers le monde…

Il est de tristes décomptes. Le nombre des victimes d’un raz-de-marée, d’une épidémie ou d’un tremblement de terre, des morts gisant sur un champ de bataille, des personnes qui ne mangent pas à leur faim, n’accèdent pas à l’eau potable, sont sans domicile fixe. Et ils y a ceux qui meurent en raison de la foi chrétienne qu’ils professent.

On n’améliore que ce qu’on mesure. L’ONG protestante Portes ouvertes publie, chaque année, le nombre des tués et le douteux palmarès des pays où l’on persécute le plus les chrétiens. En 2018, 4.305 chrétiens ont été tués en raison de leur foi. Ils n’étaient « que » 3.066 en 2016 – la progression est de 40 %. Pour mémoire, les attentats du 11 septembre 2001 ont fait 2.977 tués. Près de 9 décès sur 10 étaient recensés au Nigeria. 245 millions de chrétiens, soit un sur neuf, sont persécutés, ou 3,6 fois la population de notre pays. Les pays où l’on persécute le plus les chrétiens sont la Corée du Nord, l’Afghanistan, la Somalie, la Libye et le Pakistan. C’est dramatique.

Les médias rendent-ils compte correctement de cette situation ? Certes, ils vont mentionner les attentats en Égypte dont les coptes sont victimes, ils parleront un peu d’Asia Bibi, des espoirs qu’a suscités la décision de la Cour suprême du Pakistan, vite douchés par l’intransigeance de la rue. Mais le traitement médiatique censure bien des drames. Un exemple ? Quel journal ayant pignon sur rue, hormis La Croix, a relayé sur son site l’enlèvement de deux prêtres catholiques dans la nuit de Noël dernier ?

Chut, on tue ! Ce slogan avait été inventé en 2014 comme un hashtag sur Twitter par un ami à propos du génocide des chrétiens d’Orient et des Yézidis. Il met en évidence l’indifférence générale qui entoure ces populations, où les hommes sont réduits à l’état de variable d’ajustement des grand enjeux géopolitiques et stratégiques : notre approvisionnement en pétrole, nos exportations d’armement, les investissements en pétrodollars dans notre tissu économique moribond, les ambitions antagonistes de la néo-guerre froide en cours. Autant occulter des sujets qui pourraient fâcher.

Il n’est pas plus acceptable, moralement, de voir un chrétien nigérian se faire trucider par un musulman de Boko Haram que de savoir des chiites massacrés par des sunnites ou des musulmans estourbis par des hindous. Au regard de Dieu comme au regard des hommes de bonne volonté, tous ces actes sont d’une barbarie inacceptable. Le plus compliqué, le plus troublant quand ces horreurs nous éclatent à la figure, c’est de se souvenir que Dieu aime autant les bourreaux que les victimes : Son Fils a donné Sa vie pour les fautes de chacun d’eux.

Regardons le monde tel qu’il est et songeons à ce que nous pouvons faire personnellement pour le changer en mieux. Les chrétiens appellent ça une conversion, et nous en avons rudement et collectivement besoin. Quitte à prendre des risques.

Bien sûr, pour nous consoler, il y a le discours sur la Montagne et la dernière des Béatitudes en Matthieu chapitre 5 versets 11-12 :

“Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi.
Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers.”

À lire aussi

Regarder une vidéo en ligne : un geste pas très écolo !

Si l’Internet peut, dans une certaine mesure, passer pour un bien commun, il l’est beaucou…