La France aime donner des leçons au monde, c’est même l’un des rares domaines où elle excelle. Pensez, elle a inventé les droits de l’homme et brandit toujours sa Révolution en étendard. Il convient plutôt de dire « ses » révolutions, d’ailleurs, celle de Mai 68 n’étant pas la moins revendiquée par nos progressistes, à l’origine de tant de bouleversements sur le plan sociétal.

Alors que les révolutionnaires de 1789 voulaient pendre les aristocrates à la lanterne, ceux de 68 réclamaient plus prosaïquement de « jouir sans entraves ». L’interdiction d’interdire a d’abord été sexuelle et l’on feint de découvrir aujourd’hui, horrifié, que de très nombreux enfants et d’adolescents ont servi de défouloir à des pulsions bridées.

Jouissance et jeunesse éternelles, voilà les maîtres mots qui ont fait sombrer nos sociétés dans un individualisme suicidaire, nourri de consommation à outrance. On a, pour cela, gommé la mort et planqué la dérangeante vieillesse qui y conduit sous les oripeaux de l’Homo festivus et les flonflons. Oui, mais voilà, les baby-boomers, les révolutionnaires hier chevelus devenus chauves, ceux qui conspuaient les élections-pièges-à-cons pour mieux s’offrir une destinée sous les lambris de la République, tous ceux-là ont vieilli. Frappés de la commune malédiction, les voilà, malgré leurs liftings et autres teintures au cirage, en route eux aussi pour l’EHPAD. Alors…

Alors il faut que l’EHPAD leur ressemble, sinon « pourquoi aurions-nous fait tout cela », comme disait Monique Lang. L’EHPAD doit être au goût et, plus encore, aux modes du jour. Il doit être… je vous laisse deviner… LGBT et QI+ si affinités, bien sûr.

Sous prétexte que les anciens ont, eux aussi, une vie affective, amoureuse et même sexuelle ; sous prétexte que la chose serait taboue ; sous prétexte que les gays d’hier y seraient discriminés, Francis Carrier, un militant historique de la cause homosexuelle, vient de lancer le label « Grey Pride ». Sans nuances de grey, pour le coup. La chose s’est faite en grande pompe à la mairie du IIIe arrondissement de Paris, avec le maire adjoint chargé des personnes âgées, Mme Véronique Levieux (sic).

« La sexualité des vieux est regardée comme anecdotique, comme une activité de macramé, et non pas comme l’expression de l’autonomie de la personne. Il y a peu d’actes », dit M. Carrier. « Quant aux professionnels, ils sont encore très loin. Ils en sont encore à des questions de maltraitance physique. On a encore beaucoup à faire. » Donc, on va s’en occuper. Sérieusement.

On trouve sur agevillage.com, « le site d’info des seniors et des aidants », une idée de ce que sera l’EHPAD de demain. C’est Marick Fèvre, auteur d’Amours de vieillesse, un ouvrage sur « la sexualité en EHPAD », qui partage l’objet de ses réflexions :

« La moyenne d’âge, aujourd’hui, en EHPAD, est située entre 83 et 84 ans, dit-il. La génération actuelle des résidents a connu sa jeunesse sexuelle avant Mai 68, ce qui influe sur leur vie sexuelle d’aujourd’hui. » Comprenons que ces gens-là sont, sur ce plan là aussi, de vieux réacs qui ne connaissent rien aux choses de la vie. Mais les choses vont changer car « les baby-boomers qui vont arriver dans les prochaines années n’auront pas eu la même éducation ».

Quand les Lang et autre Cohn-Bendit vont arriver avec leurs déambulateurs, ça va swinguer ! « Il faut s’y préparer », dit Marick Fèvre, « il faut aussi se faire à l’idée que les questions autour des infections sexuellement transmissibles, de l’utilisation de sextoys et de l’homosexualité vont davantage se poser avec les années. »

Alors, pour savoir où finir ses vieux jours dans la joie, l’allégresse et la luxure, on aura dorénavant les EHPAD labellisés Grey Pride. Avec le masque et le passe sanitaire et, bien sûr, dans le respect des gestes barrières.

 

 

24 novembre 2021

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