Éric Drouet assassine le mouvement des gilets jaunes

Pour ceux qui doutaient encore de la présence, au sein du mouvement des gilets jaunes, d’individus radicalisés et violents, la dernière déclaration d’Éric Drouet vient d’apporter les éclaircissements nécessaires. En effet, en annonçant, au nom de son mouvement, son soutien aux familles des deux jeunes qui se sont tués à Grenoble alors qu’ils fuyaient la police, et en appelant “les gens des cités” à rejoindre les manifestations prévues pour le 16 mars prochain à l’occasion de l’acte XVII, le transporteur de Melun a clairement franchi une limite que beaucoup de ses partisans ne suivront pas. Cette prise de position qui, d’une part, dément clairement le sens du message délivré par les gilets jaunes depuis novembre 2018 et qui, d’autre part, finit de jeter le trouble sur les motivations d’une partie de ses participants, arrive également au plus mauvais moment.

Il est, en effet, incontestable qu’un certain nombre de manifestants, présents depuis le début de la contestation sur les ronds-points de France et dans les cortèges du samedi, prennent peu à peu leurs distances avec cette mobilisation populaire sans précédent. Les raisons de ce désengouement sont nombreuses. Mais parmi celles-ci, certaines sont régulièrement mises en avant par les gilets jaunes. En premier lieu, l’effet d’usure. De fait, les jours passés à manifester, et les pertes financières que cela a pu générer pour les participants aux divers rassemblements, n’ont en aucun cas été compensés par les maigres avancées obtenues du gouvernement. Deuxièmement, les dérives observées dans les revendications qui, au départ, visaient essentiellement l’amélioration du pouvoir d’achat et la fin des impôts et des taxes à outrance ont fini par écarter les plus déterminés et les plus pacifiques. Troisièmement, les dissensions survenues à la « tête » du mouvement, où l’on a vu des meneurs, il est vrai souvent autoproclamés et fabriqués de toutes pièces par les médias, vouloir se fourvoyer avec le pouvoir, ont considérablement brouillé les cartes. Enfin, la dérive violente et avérée des actions menées sur le terrain, les nombreux dégâts occasionnés mais surtout les centaines de blessés, parfois graves, relevés chaque semaine ont dissuadé des gilets jaunes parmi les plus engagés de poursuivre un mouvement dont l’issue devient de plus en plus incertaine.

Cette réalité ne signifie cependant pas que « l’esprit gilet jaune » ait disparu. Il est même incontestable que celui-ci demeure et que le sursaut citoyen provoqué par ce vaste élan populaire marquera notre pays pour de nombreuses années encore.

Il n’en demeure pas moins que la prise de position d’Éric Drouet est de nature à porter un réel coup d’arrêt au mouvement. D’abord, parce qu’elle ne peut que le diviser davantage. Il est, en effet, évident que l’appel lancé aux “gens des cités” à rejoindre les gilets jaunes lors des manifestations du samedi écartera toutes celles et tous ceux qui voyaient dans ces rassemblements l’expression de revendications pacifiques. Ensuite, parce que, ce faisant, Drouet ne fait qu’acter la volonté de récupération par une idéologie d’ultragauche du mouvement, avec tous les excès déjà observés. Enfin, parce que cette prise de position devient clairement un appel à l’insurrection, ce qui n’a jamais été dans l’ADN des gilets jaunes. Cet appel “aux banlieues”, qui vient au moment où de nombreuses instances internationales somment la France de faire toute la lumière sur les violences observées lors des manifestations, ne peut, in fine, que les justifier. Là encore, à chacun de se demander « à qui profite le crime ».

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