Si le confinement a obligé nombre d’artistes à enregistrer cloîtrés chez eux, Van Morrison, l’Irlandais cabochard qu’on sait, a, lui, préféré mettre en ligne trois chansons dénonçant ce même confinement : « Born to Be Free », « As I Walk Out » et « No More Lockdown ». Titres plus explicites, on ne fait pas. Et comme jamais trois sans quatre, voilà désormais « Stand And Deliver », à sa demande interprétée par , brûlot musical qui commence à défrayer la chronique.

On notera que le légendaire guitariste est, pour le moment, la seule star d’envergure à avoir dénoncé la mise en cage du peuple en général et des musiciens en particulier, avant donc d’apporter son soutien à Van Morrison. Il est vrai que ce ne serait pas la première fois que celui qu’on surnommait « God Slowhand », dans les années soixante, ruerait dans les brancards, au risque de s’attirer les foudres médiatiques. La preuve, ce film, White Riot, sorti avant le confinement, qui vient nous rappeler qu’en Angleterre, le mouvement Rock Against Racism fut précisément créé en 1976 contre ledit Clapton Eric. Son crime ? Avoir dénoncé l’ de masse durant un concert donné à Birmingham.

Ce soir-là, le roi de la six-cordes avait plus donné dans la rudesse gauloise que l’understatement à l’anglaise, assurant en substance que si on voulait éviter que l’Angleterre ne devienne « une colonie noire », il fallait d’urgence voter pour Enoch Powell, alors pressenti pour devenir Premier ministre conservateur et dont les propos sur l’immigration n’avaient rien à envier, en vigueur et lucidité, à ceux d’un certain Jean-Marie Le Pen. Et de conclure sa causerie par un vibrant : « Keep Great Britain White ! » Quelques jours plus tard, il devait s’excuser, mettant tout cela sur le dos d’un séjour au pub un peu trop arrosé ; regrettant ainsi plus la forme que le fond.

D’ailleurs, deux ans plus tard, en 1978, il remet sa tournée, face à Chris Welch, journaliste au Melody Maker : « Je crois qu’Enoch Powell veut que nous arrêtions d’être injustes envers les immigrés, parce que l’immigration est un sujet que nous ne pouvons plus contrôler. Le gouvernement trompe les étrangers en leur présentant un leurre de Terre promise, où il n’y pas de travail pour eux. Le racisme commence lorsque les Blancs voient les immigrants trouver du boulot alors qu’eux n’en ont pas. Si j’ai dit ça à propos d’Enoch Powell, c’est parce que je me suis rendu compte qu’il était le seul à dire la vérité dans l’intérêt du pays. » Si l’on en croit Chris Welch, qui devint plus tard son biographe, Eric Clapton avait encore beaucoup bu lors de cet entretien. In Vino veritas, prétendaient jadis nos amis romains.

Plus de quarante ans plus tard, et pourtant devenu sobre, notre homme ne paraît toujours pas s’être calmé, n’hésitant pas à faire sienne la harangue de son vieil ami Van Morrison. Morceaux choisis : « Nous les avons laissés nous faire peur. Voulez-vous vivre en hommes libres ou voulez-vous être des esclaves ? Voulez-vous porter ces chaînes jusque dans vos cercueils ? […] Je ne veux être ni un pauvre ni un prince. Je veux juste faire mon boulot. C’est-à-dire jouer du blues pour mes amis. Appartenons-nous à une nation souveraine ou à un État policier ? »

Dans le textes dérangeants, voilà qui a tout de même une autre gueule qu’un Bilal Hassani ou une Aya Nakamura. Alors, au risque de nous faire du mal en disant du bien des Anglais, ne boudons pas non plus les élans du cœur. Joyeux Noël à nos amis Van et Eric !

L’année dernière, Eric Clapton fêtait Noël à sa manière avec ce White Christmas. La même chanson, interprétée par Eddy Mitchell, avec un Johnny Hallyday rieur dans l’assistance. David Bowie, lui aussi pourchassé par l’extrême gauche de l’époque pour crypto-fascisme, passait Noël avec l’immense Bing Crosby. Et Van Morrison au naturel, ambiance jazz enfumé.

 

 

 

 

 

 

25 décembre 2020

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