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Avec Les Chiens de paille, de Sam Peckinpah (1971), c’est quasiment un cinématographique nouveau qui voit le jour : le film d’autodéfense, et ce, dans un cadre rural pour changer des traditionnels milieux urbains. Cela aura pour nom la « hicksploitation », vocable qu’on pourrait traduire par « film de ploucs ». Dans ces Chiens de paille – titre énigmatique dont on n’a jamais su le comment du pourquoi –, Dustin Hoffman, professeur raffiné, est ainsi obligé de puiser dans la part de sauvagerie sommeillant en chacun de nous pour exterminer une bande de ploucs martyrisant son épouse et sa maisonnée. Un an plus tard, avec le Délivrance de John Boorman, ce sont ces mêmes ploucs qui massacrent, plus par plaisir que nécessité, des touristes venus goûter aux joies de la nature.

Dans Sunday in the Country, le film qui nous occupe, le cinéaste John Trent affine le « message », faisant du plouc un héros à part presque entière. Résumons. Un trio de gangsters, deux papys et un jeune plus ou moins dégénéré qui n’a pu s’empêcher de faire couler le sang lors d’un hold-up, est obligé de fuir en voiture en rase campagne. Deux morts plus loin, les trois lascars trouvent refuge dans une ferme égarée au milieu de nulle part, où vivent un paysan bougon et sa petite-fille venue passer les avec lui. Là, les ennuis commencent ; mais pas forcément pour qui l’on croit.

Il est rare de voir de grands espaces si bien mis en scène : c’est filmé au Canada, mais on se croirait dans un tableau d’Edward Hopper, aux USA ; le tout sur fond de musique country. Autant dire que, point de vue décor, c’est parfaitement planté : il ne manque pas un bouton à la salopette du héros, et encore moins de cartouches dans son fusil. Si l’intrigue démarre vite, le cinéaste prend son temps pour camper ses personnages et leurs psychologies respectives. La prime revient, évidemment, au « héros », interprété par le toujours magistral Ernest Borgnine, éternel second couteau d’Hollywood, aux épaules massives, au sourire d’enfant, mais au regard pouvant se révéler plus qu’inquiétant.

Le vocable de héros est donc à mettre entre guillemets. Certes, l’homme est un veuf pieux, certes, il est un grand-père modèle, certes, il incarne une sorte d’ mythique et mythifiée ; un peu comme dans « Un portrait de Norman Rockwell », très belle chanson d’un Claude Moine plus connu sous le nom d’Eddy Mitchell. Mais il n’est pas besoin d’aller gratter bien profond pour mettre au jour sa part d’ombre, si l’on peut dire.

Des trois assassins et du justicier, qui sont les plus sauvages ? Là est toute la question.

En révéler plus serait coupable. Comme toujours, les artisans d’Artus ont fait du beau et noble travail, le film, en DVD et en Blu-ray, étant accompagné d’un essai passionnant sur cette hicksploitation plus haut évoquée. Un film à découvrir ou redécouvrir, mais surtout à ne pas manquer.

PS : on notera encore que dans cette collection intitulée « Rednecks », Artus a déjà édité deux films à peu près inédits en nos contrées, Les Marais de la haine et La Vengeance de la femme au serpent, tous deux signés du couple, formé à la ville comme à l’écran, Ferd et Beverly Sebastian. Si la hicksploitation est au rendez-vous, le tout se délocalise, ces deux films ayant été tournés dans les bayous de Louisiane. L’occasion, également, d’inverser les données du genre, s’agissant là de deux histoires de vengeance de femmes violées qui décanilleront leurs tourmenteurs de manière plus que virile. devrait adorer.

7 mars 2020

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