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Le cinéaste Orson Welles, non sans ironie, assurait que les deux seules inventions suisses étaient la et le coucou. On pourrait, bien sûr, y ajouter le Festival de jazz de Montreux et… Guillaume Tell. En effet, le héros helvétique par excellence ne serait rien d’autre qu’une forgerie. Mais quand la légende est plus belle que la réalité, la première vaut toujours mieux que la seconde.

Guillaume Tell, c’est aussi un film , réalisé en 1961 par Dickoff, le premier à y avoir été tourné en scope et en couleurs, et aujourd’hui réédité par Artus Films, dans sa collection « et légendes d’Europe ». C’est magnifiquement filmé et jamais les paysages suisses n’ont été aussi beaux. Naturaliste avant l’heure, la part belle y est encore faite aux animaux des montagnes, aux paysans, ici dépeints dans leur labeur quotidien. Il s’agit encore d’un film populiste qui nous montre la trahison des élites locales contre le puissant Saint-Empire germanique, l’oligarchie d’alors, l’ des gens de peu et de leurs nobliaux. Le XIIIe siècle ? C’était hier.

Trois cents ans plus tard, lit-on dans le très érudit essai, livré avec le film en DVD et Blu-ray, signé de David L’Épée, journaliste à Éléments, nous apprenons que celui qui doutait alors de l’existence de cette figure fondatrice de la Confédération suisse « passait non seulement pour incrédule, mais opiniâtre et bâtard de la liberté helvétique. » En France, ce sera , décidément sceptique en tous domaines, qui émettra quelques doutes sur la véracité de son existence.

Plus tard, apprend-on encore, la question consiste à savoir si Guillaume Tell était un conservateur ou un révolutionnaire. Sous le Troisième Reich, le voilà germanisé et nazifié, tandis qu’il est interdit en car… trop allemand. Lors de sa sortie, c’est un fiasco en Suisse, mais un triomphe en URSS. Les Soviétiques veulent acheter le film, mais son producteur refuse, par conviction anticommuniste. Bref, tout le monde se dispute Guillaume Tell.

Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, nos voisins helvètes persistent à cultiver leurs particularismes, ne sont ni dans l’Europe et encore moins dans la zone euro. Ils sont suisses, tout simplement, ces braves gens et ces gens braves. Comme Guillaume Tell, d’ailleurs, qui, s’il n’a pas véritablement existé, demeure toujours présent dans les mémoires et dans les cœurs.

Une pépite oubliée du septième art, à voir en famille.

PS : pour nos lecteurs parisiens qui voudraient en savoir plus, David L’Épée et votre serviteur tiennent une conférence consacrée au populaire européen, mercredi 15 mai, à La Nouvelle Librairie, 11, rue de Médicis, à partir de 18 heures.

13 mai 2019

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