Délinquance, trafic… Face à la montée de la criminalité, Marseille se claquemure

Le portillon soudé et les voies privées remplacent l'État défaillant dans sa mission de protection des citoyens.
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Rue de la Pépinière, Les Chutes-Lavie, Marseille IVe arrondissement. Là, au milieu d’un quartier de 8.000 habitants, se trouve la Cité jardin, une résidence ouvrière construite entre 1928 et 1930. Sur le fronton du porche qui mène aux différentes habitations, l’inscription « Office public d’habitations bon marché de la ville de Marseille, Cité jardin des Chutes-Lavie ». Aujourd’hui, ce parc social historique de la ville appartient à la fois à des propriétaires et au bailleur Provence Métropole Logement (PML), qui dispose de 52 % des parts de la Cité jardin. Ensemble, ils ont décidé de clore la résidence.

Deux des trois entrées sont désormais équipées de portails d’accès restant fermés. Dans les colonnes de La Provence, Lucien Fayolle, l’un des copropriétaires, explique pourquoi : « Trop de stationnements anarchiques, trop d’incivilités, trop d’insécurité. » Les propriétaires ont fait le choix de la fermeture pour préserver leur « tranquillité ».

Difficile de les accabler, dans une ville gangrenée par le narcotrafic et l’insécurité. Impossible de les blâmer, dans ce quartier particulièrement touché par le grand banditisme. Et pourtant… Cette décision a suscité l’indignation du voisinage et de la municipalité. De l’autre côté de la clôture, les riverains se plaignent. Le portail les prive d’un accès rapide au centre du quartier et les contraint à effectuer un gros détour pour se rendre au centre d’animation municipal, à la crèche ou encore à la poste.

Le portail de la discorde

Le 14 octobre dernier, une manifestation a eu lieu pour dénoncer cette privatisation. Une pétition a également été lancée. Elle a recueilli un peu plus de 500 signatures. En conséquence, la présidente de Provence Métropole Logement, Solange Biaggi, recevra une délégation de riverains le mercredi 5 novembre pour entendre leurs revendications.

La conseillère municipale d’opposition (LR) qui a pris la tête de l’organisme de logement, il y a une quinzaine de jours, commence sa mission avec une affaire complexe. À quelques mois des municipales, ce soutien de Martine Vassal sera évidemment attendu au tournant par le maire de secteur Didier Jau (EELV) et par la mairie centrale - de gauche. La politique n’est pourtant pas le cœur de cette histoire de portail qui, en apparence, pourrait sembler futile. En effet, si la clôture de la résidence des Chutes-Lavie fait autant parler, c’est bien parce qu’elle est symptomatique de la fracture marseillaise. Pas seulement une fracture sociale entre ceux qui ont les moyens de se murer et ceux qui ne les ont pas et subissent l'insécurité, mais un mal bien plus profond, celui qui invite les riverains à se barricader.

Ce portail qui se ferme au nez et à la barbe des habitants de la rue Pépinière n’est rien d’autre, pour les habitants de la Cité jardin, qu’un moyen de se protéger du mal qui rôde, des cambriolages, des braquages, du trafic de stupéfiants, de la violence… Bruno Gilles, maire du secteur pendant 22 ans et actuel conseiller d'opposition, le confirme à BV : « Si la cité s’est fermée petit à petit, c'est parce qu’il y a des problèmes de sécurité et des actes de délinquance. » Les maux sont tels que l’autre, celui qui ne peut plus traverser, passe au second plan. Certains crieront à l’égoïsme et pointeront du doigt ceux qui œuvrent pour leur propre sécurité.

La ville du désordre

Ceux-là ne veulent pas voir le fond du problème. Ils ne veulent pas comprendre que le portillon désormais soudé remplace l'État défaillant dans sa mission de protection des citoyens. Ils ne veulent pas comprendre qu'en ne garantissant pas la sécurité des citoyens, « on monte une population contre l’autre », « on favorise l’individualisme ».

L’exemple de la Cité jardin n’en est qu’un parmi tant d’autres. Dans toute la ville, pour les mêmes raisons que dans ce quartier populaire, les groupements d’habitations se sont progressivement repliés sur eux-mêmes. Des barrières ont été installées çà et là, des gardiens ont été embauchés pour contrôler les entrées et les sorties… Partout, des rues sont devenues des voies privées et, désormais, plus d’un tiers des logements de la cité phocéenne se trouvent derrière un portail, comme dans les villes les plus dangereuses du monde : Johannesburg, Rio de Janeiro, São Paulo, Antananarivo…

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Rappelez-vous le honteux tour de passe-passe de Mme Rubirola écologiste déclarée,démissionnant ,une fois élue ,en faveur d Monsieur Payan,que les marseillais n’avaient pas choisi,dans la tradition de la gauche pensante et agissante..
    On a les mairies qu’on mérite

  2. Finira t’on avec des « Vigilantes » comme au bon vieux temps (?) de l’Ouest ? Ou comme je l’ai vu il n’y a qu’un demi-siècle à Bogota = 2 gaillards la main sur leur revolver à l’entrée de chaque boutique un peu au dessus de la moyenne…

  3. Désolant. Mais l’Etat préfère consacrer l’argent de Nicolas à la redistribution plutôt qu’à ses missions régaliennes…

  4. Il ne sert à rien de se claquemurer , d’installer pléthore de serrures , digicodes ,caméras ….etc ,votre propriété peut être squattée sans vergogne avec l’accord tacite de l’état , voir même avec sa complicité , pire vous risquez d’être embastillé si vous avez la moindre velléité d’essayer de défendre vos droits , les squatteurs de tous poils ont encore de beaux jours devant eux …..à moins que !?

  5. En France on est maintenant en insécurité partout. Il n’y a plus que les prisonniers à être en sécurité dans leurs prisons.

  6. Whaouuuu! ça c’est de la clôture! Il n’y a pas si longtemps que les propriétés à la campagne étaient construites en carré autour d’un jardin/patio, comme les monastères, avec aucune fenêtre vers l’extérieur clôturées par un porche sérieux et une porte en chêne inattaquable. Après il y a le château fort. Pour les petites gens, il y a la ferronnerie/barreaux, celle qui masque tous les balcons des appartements chinois jusqu’au second étage pour éviter les monte en l’air. En Afrique du Sud, les résidences fermées sont très prisées depuis… Une nouvelle vie commence pour les Français. On ne reviendra pas en arrière..

  7. Si Macron était un Chef d’Etat normal, c’est à dire AUTORITAIRE avec le sens du devoir et des responsabilités, c’est toute la France que le gouvernement devrait « claquemurer » pour protéger le peuple en fermant les frontières à ces « Chevaux de Troie » et en renvoyant à « Cesar TEBBOUNE » ce qui lui appartient, c’est à dire les millions de ressortissants qui peuplent notre pays, que ça lui plaise ou non et sans oublier ce qui surpeuple les prisons et les établissements psychiatriques. Non seulement l’insécurité serait très vite résolue mais l’Etat réaliserait de colossales économies.

  8. Rien d’étonnant, la France est gangrenée par l’insécurité et oubliée par les « zélites » qui elles, sont très bien protégées. Alors, puisque l’ordre public est occupé ailleurs, les gens vont se barricader, murs, grilles, herses, barbelés, gardiens, aillant vécu quelques temps en divers pays d’Afrique, je ne trouve pas ça bizarre, c’est dans l’ordre des choses. Pauvre France.

  9. Il y a eu le temps des colonies, puis on a quitté l’Indochine, l’Algérie et un grand nombre de pays africains, pour nous replier sur le territoire national. Il semble dorénavant que des étrangers, que nous avons bêtement importé en masse, pensent qu’ils sont chez eux chez nous et qu’il faut qu’on parte. Où pourra-t-on se replier “en bon ordre sur des positions bien préparées à l’avance” ? Nulle part. Et comme souvent, on attend un Charles de Gaulle et on ne voit venir que des Pierre Laval.

  10. Il n’y a pas que Marseille, dans bien les départements, villes et banlieues, les résidences se sont bunkerisées les unes après les autres. Sas multiples, digicodes, interphones, passes magnétiques, vidéosurveillance, grilles, herses, barreaux,… On se croirait au moyen-âge tant les fortifications sont redevenues à la mode. Comme l’état ne protège plus nos frontières, c’est aux particuliers de protéger leur domicile et leurs biens. Les frontières sont désormais incarnées par la porte d’entrée de votre demeure et les murs extérieurs de votre maison ou de votre copropriété.

  11. J’ ai découvert cette fermeture de quartiers de Marseille il y a 15 ans déjà ! C’est ce qui nous attend partout en France si la sécurité n’est pas restaurée

  12. « Celui qui ne peut plus traverser » est bien souvent le même que le délinquant dont essaient de se protéger les résidents… Mais à Marseille la partie est perdue depuis bien longtemps. Cela fait plus de 40 ans que les immigrés venus d’Afrique ont peu à peu remplacé les Marseillais dans ces débuts de la Banlieue Nord. La ligne qui sépare les zones sinistrées progresse du Nord vers le Sud avec la constance d’un rouleau compresseur lancé à petite mais inexorable vitesse… La Canebière a été totalement engloutie ces dix dernières années et la limite est maintenant au niveau de la préfecture et mi-chemin de la rue de Rome. Et pendant ce temps-là le maire va se pavaner à Alger tandis que Macron déclare que Marseille est sa « ville de coeur » et lui alloue des centaines de millions de subventions à gaspiller dans ce Tonneau des Danaïdes… Mais la partie est perdue pour les Français à Marseille. La prochaine élection montrera l’échec d’un dernier sursaut du RN, la gauche alliée de l’immigration gardera certainement le pouvoir municipal, et sans même l’aide du covid cette fois-ci… Il faudra alors partir ! Vite !

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