Editoriaux - Société - 7 mars 2019

De Desperate Housewife à pétroleuse et, pour finir, femme voilée : Barbie® a 60 ans

Quand apparut Barbie®, ce fut une révolution dans les chaumières… Enfin, plutôt sur les parquets cirés, parce que la blonde peroxydée n’était pas à la portée de toutes les bourses.

Moi-même, je le confesse, je bavais d’envie devant la créature aux formes avantageuses que la fille du marchand d’électro-ménager nous promenait sous le nez. Son papa était allé à un congrès des représentants Arthur Martin®, en avait rapporté la femme de nos rêves. Moi, je rêvais surtout de lui crêper le chignon, au sens propre du terme.

Taille de fine guêpe, jambes sans fin, seins à angle droit comme ceux de la voisine sanglée dans son “combiné” à baleines… C’était les années 60, celles du formica et du ciné, de Jackie Kennedy, son bibi, les missiles de Cuba et feu son mari que le monde lui enviait. Barbie®, donc : un genre de Marilyn Monroe à qui l’on aurait raboté les hanches et allongé les cheveux. L’archétype de la femme fatale version US.

Je n’ai jamais eu de Barbie®. Les cadeaux, chez nous, étaient du genre utile. Et puis, quelque chose me dit que notre sainte mère n’aimait pas trop ses airs de pétasse. Pas vraiment « une fille bien », si vous voyez ce que je veux dire. Sauf que les filles bien, ça ne fait pas trop rêver…

J’ai eu plus tard, vers la fin des années 70, des amies qui n’aimaient pas, non plus, Barbie® et refusaient d’offrir ce symbole d’un monde honni à leur fille. Mai 68 était passé par là et l’image de Desperate Housewife choucroutée et fashion victim avant même que l’expression ne soit inventée leur était insupportable. Mais les petites filles continuaient de rêver de la blondasse à gros seins et de son chéri, un dénommé Ken®, apparu sur le marché dans un joli costume de commandant de bord. Trente Glorieuses obligent. Et, là encore, ça fait plus rêver que chômeur en gilet jaune…

Comme Arielle Dombasle qui, à 65 ans, continue de ressembler à une première communiante, Barbie® n’a pas pris une ride. En revanche, et contrairement à la dame BHL, elle a pris de l’embonpoint. Au fil des décennies, elle a évolué, s’est adaptée à l’époque, nous dit-on. Ses mensurations sont, paraît-il, plus réalistes, et depuis janvier 2017, la marque propose trois nouvelles poupées, en plus de la traditionnelle : une plus grande, une plus petite et une plus ronde. Plus mate ou plus bronzée, elle arbore maintenant onze couleurs de peau différentes, vingt-trois couleurs et dix-huit coupes de cheveux, exerce plus de deux cents métiers et se vend à travers le monde à 58 millions d’exemplaires chaque année.

Désormais, Barbie® ambitionne de “devenir un symbole féministe et un exemple pour les petites filles”, dit la firme Mattel®. Raison pour laquelle, je l’imagine, est apparue sur le marché, en novembre 2017, une Barbie® voilée. En fait, il s’agit de la réplique de l’escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad, devenue, en 2016, la première athlète américaine voilée aux Jeux olympiques. Personnellement, j’ai peine à voir dans le hijab un symbole d’émancipation, mais le fabricant l’assure, cela permet enfin “à toutes les petites filles de se sentir représentées”.

Alors, puisque telle est la philosophie de la maison, j’estime qu’il faut aller plus loin. En effet, Barbie® est, jusqu’ici, honteusement genrée et ostensiblement hétérosexuelle. Peut-être faudrait-il, alors, que les ligues LGBT mettent un peu leur nez dans cette représentation farouchement discriminante, non ?

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