Voilà maintenant plusieurs mois que nous sommes enfermés dans une crise mondiale sanitaire, déclarée pandémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé. Cette situation a amené à un bouleversement complet des relations internationales et des flux d’échanges entre les États. En effet, on remarque que les fermetures strictes des frontières entraînent une réduction des interactions sociales et commerciales, et un mélange de repli sur soi-même afin de régler la situation interne à chaque pays en priorité et de coopération afin d’améliorer la situation mondiale. Mais alors, est-ce que la crise du coronavirus va finalement déboucher sur plus de coopération internationale ou un repli sur l’État-nation ? Il semblerait, aujourd’hui, que les organisations internationales soient débordées, ne savent pas comment agir, et que les États ont pris le dessus sur la politique à mener.

L’acteur international le plus central, de la part duquel on attend le plus lors d’une crise sanitaire, est l’Organisation mondiale de la santé. C’est cet organe-là qui a déclaré l’état de pandémie mondiale, le 11 mars, et qui aujourd’hui met en place les différentes règles, normes en santé partout dans le monde, et qui recueille les informations et données sanitaires. Ce point-là est très important dans ce cadre-là où l’information provient de la Chine, un État qui n’est pas toujours transparent. En ce sens, les chiffres délivrés par Pékin sont soupçonnés d’être largement sous-évalués par rapport au nombre total de morts et au nombre d’infectés, et certaines des données cruciales n’ont pas été rapidement dévoilées. Ainsi, le comportement même de l’organisme devient biaisé en faveur d’un acteur, mais également en défaveur d’autres, et se retrouve au centre d’une guerre froide entre la Chine et les États-Unis. Le point d’orgue des tensions s’est vu lorsque les États-Unis, au lieu de s’en prendre à la Chine directement, ont décidé de cesser leur contribution à l’ alors qu’ils sont les plus gros contributeurs du budget de l’organisation. Cet acte souligne « la nécessité de revoir l’Organisation mondiale de la santé », selon Le Figaro. Cette situation-là – une opposition entre la puissance hégémonique d’un monde unipolaire et la montée d’un pays en développement qui concurrence cette répartition des pouvoirs, et tend à faire basculer ce schéma vers un monde bipolaire ou multipolaire – dure depuis déjà plusieurs années. L’OMS a alors perdu de son importance face à une crise sanitaire.

On voit ce phénomène également pour d’autres organisations. On sent ainsi monter une forte critique de l’. Puisque l’ n’a pas su apporter les solutions face à cette crise, ce sont les États eux-mêmes qui, souverainement, ont pris conscience de leur propre sécurité individuellement. Certains pays, les plus touchés, dont l’Italie et l’Espagne, se sont sentis abandonnés par l’. Paradoxalement, c’est dans ce premier pays où la population était, au départ, l’une des plus favorables à l’idée européenne qu’aujourd’hui, 75 % de la population déclare ne plus rien attendre de l’. Cette vision se couple également aux idéaux altermondialistes et de décroissance.

La coopération durant cette période de crise semble plutôt bilatérale, géographique et humanitaire qu’internationale et libérale comme nous la connaissons en majorité aujourd’hui. La gestion de la situation par les organisations internationales aujourd’hui laisse à penser que, dans un futur proche, il va exister une méfiance envers d’autres acteurs et les institutions internationales, conduisant les États à faire valoir leur souveraineté nationale en premier. Cependant, il ne sera pas possible de quitter du jour au lendemain toutes ces organisations, mais certaines seront peut-être remaniées sur un autre modèle. Les États-Unis parlent, notamment, de mettre sur pied une alternative à l’OMS qui n’a pas été, dans cette crise, utile ni transparente.

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